Projet de PSE à Virgin radio et RFM : la contribution CFDT à l’étude d’impact de l’ARCOM

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En octobre 2021, la direction de Virgin Radio et RFM (groupe Lagardère) annonçait projeter un PSE portant sur la fermeture de 30 de ses 71 stations en régions (26 Virgin Radio et 4 RFM), entrainant la suppression de 34 postes dont 32 de journalistes. Les élus CFDT se sont immédiatement mobilisés et actionné de nombreux leviers pour s’opposer à ce projet. 

« L’accord initial conclu entre le CSA (qui donne des fréquences) et le groupe Lagardère prévoyait que ces radios devaient programmer des informations de proximité. Ce qui serait moins le cas avec cette contraction des postes et des sites« , rappelle Laurent Lemaire, le délégué syndical CFDT.

Pour rappel, les sociétés Virgin Radio Régions et RFM Régions, contrôlées par le groupe Lagardère Active Broadcast (LAB), titulaires d’autorisations d’émettre en catégorie C pour l’exploitation de la plupart des services locaux affiliés à Virgin Radio et RFM, ont saisi l’Arcom (successeur de cette instance de régulation après sa fusion avec l’Hadopi) de demandes visant à procéder à une réorganisation de leurs implantations territoriales.

« Eu égard à la possibilité qu’un agrément de l’Autorité puisse modifier de façon importante les marchés en cause, l’Arcom a décidé, le 13 avril 2022, de publier une étude d’impact qui vise, dans le cadre de l’instruction des demandes formulées, à mesurer l’impact potentiel des différentes réorganisations territoriales envisagées au regard des critères de la loi du 30 septembre 1986.« , indique l’Arcom.

L’Arcom a remis fin avril son étude d’impact.

Lire l’étude d’impact de l’ARCOM

Jusqu’au 16 mai les « tiers intéressés » pouvaient déposer des contributions sur une adresse mail dédiée.

La CFDT-Journalistes, le SNME-CFDT (Syndicat national des médias et de l’écrit) et la F3C-CFT (Fédération communication conseil culture) ont envoyé leur contribution et la publient ci-après. 

Contribution CFDT-Journalistes, SNME-CFDT et F3C-CFDT

 Le 13 mai 2022

Jeudi 07 octobre 2021, la Direction de Virgin Radio et de RFM, appartenant au groupe Lagardère, a annoncé un projet de Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) portant sur la fermeture de 30 de ses 71 stations en régions (26 Virgin Radio et 4 RFM). En l’état ce PSE provoquerait la suppression de 34 postes : 30 journalistes et 4 animateurs.

 

Un projet en contradiction avec la jurisprudence et l’esprit de la loi.

 

Le groupe Lagardère souhaite conserver l’usage des fréquences allouées par l’Etat, mais uniquement pour y diffuser un programme régional, sans interventions locales, si ce n’est publicitaires. Ce nouveau plan de restructuration, le troisième en dix ans pour ces deux radios, nous semble contrevenir à la décision de la 8ème chambre de la Cour Administrative d’Appel de Paris, en date du 5 avril (référence 17PA00658) et du 24 mai 2018 (référence 16PA01757). Pour des demandes quasi-similaires, concernant parfois les mêmes stations, l’opérateur Lagardère s’était vu opposer une fin de non- recevoir, par le CSA puis la CAA, avant d’être débouté par le Conseil d’Etat.

 

Par ailleurs, ce projet s’il venait à se concrétiser remettrait en cause la philosophie du décret du 09 novembre de 1994 qui permet la commercialisation locale en contrepartie de la production de programmes d’intérêts locaux. Comme il est rappelé par l’ARCOM dans son étude d’impact (pages 53-54) : « … on relèvera que, contrairement à la plupart des radios concurrentes sur les différents marchés publicitaires locaux, les stations locales de Virgin Radio et RFM continueraient de percevoir des recettes issues de la diffusion de messages publicitaires locaux sans pour autant supporter les coûts liés à la production d’un programme dédié exclusivement à la zone (cf. infra). Une telle pratique n’est toutefois pas contraire, par principe, aux dispositions du décret du 9 novembre 1994 définissant les obligations relatives à l’accès à la publicité locale (cf. partie II.1.c.). Il n’en demeure pas moins que l’économie générale du décret consiste à subordonner la capacité à commercialiser des espaces publicitaires locaux à l’existence de contreparties en termes de contenu (diffuser un programme d’intérêt local) et de moyens (produit localement par des équipes du service de radio) dont il serait dommageable au pluralisme qu’ils ne comprennent pas d’information spécifique. »

 

Un projet qui épargne les véritables responsables.

 

Pour justifier son projet, la Direction des deux radios évoque une baisse globale de l’écoute des radios, spécifiquement des radios musicales concurrencées par les plateformes de streaming.

Il est vrai que l’audience globale de la radio tend à baisser depuis plusieurs années. Mais si tous les groupes sont concernés, ils ne le sont pas tous dans les mêmes proportions. Pour le groupe Lagardère, cette tendance baissière de l’audience radiophonique s’inscrit dans un contexte d’activités médiatiques déjà très dégradées. Quel autre groupe a, en l’espace de vingt ans, perdu un milliard d’euros dans une filiale « Sports », vendu sa participation à CANAL +, cédé ses chaines de télévision, bradé la quasi-totalité de ses titres de presse et se retrouve aujourd’hui sur le point d’être absorbé par l’un de ses concurrents ?

 

Pour évoquer spécifiquement l’activité radiophonique, au tournant des années 2010, Europe 1, France Inter et RTL, faisaient pratiquement jeu égal dans les sondages. Douze ans plus tard, l’audience de la première s’est effondrée de plus de 50 %, quand les deux autres ont conservé leur position de leader. Qui faut-il incriminer cette fois ? Twitter ? Médiapart ? Le Figaro.fr ?

Les autres opérateurs, et notamment le groupe NRJ, ne semblent pas connaitre les mêmes difficultés avec leurs radios musicales : pas de demandes récurrentes de fermetures de stations locales, positionnement offensif sur le DAB+, développement de produits numériques pour permettre une commercialisation dynamique sur les supports digitaux. Là encore, RFM et Virgin Radio se retrouvent avant tout victimes de la gouvernance erratique de leur propriétaire, accumulant les erreurs stratégiques (abandon du nom Europe 2 pour Virgin Radio, commercialisation catastrophique des deux radios musicales en région par Lagardère Métropole jusqu’à la liquidation de cette régie interne) et les changements incessants de dirigeants. Les plateformes de streaming ne sont pour rien dans l’appauvrissement des moyens humains et techniques de Virgin Radio et d’RFM décidé par le groupe Lagardère qui n’envisage ces deux radios que comme des contributrices aux dividendes versés à ses actionnaires et pas comme des entreprises à développer.

 

Un projet dangereux pour l’information de proximité.        

 

Nous voyons dans cette volonté de repli, une nouvelle erreur stratégique : dans un contexte de plus en plus mondialisé, la proximité ne doit pas être perçue comme une entrave mais au contraire comme un formidable facteur de développement. Journalistes et animateurs locaux sont des acteurs de développement des territoires. Or les organes d’information ne sont pas si abondants en région, qu’il faille encore vouloir en réduire le nombre. Les crises météorologiques de plus en plus fréquentes soulignent régulièrement l’importance des radios de proximité : elles sont les premières à réagir en cas d’alerte grave et souvent les dernières à pouvoir matériellement informer les citoyens quand les autres médias sont tributaires de l’état des réseaux électriques ou de délais d’impression : sur piles, sur batteries, dans une voiture, les radios continuent de relayer de façon quasi-instantanée, et contrairement à internet sans risquer de les déformer, les messages des autorités.

 

Hors de ces périodes de crise, ces stations locales ont d’autres arguments à faire valoir : elles sont un relais essentiel des activités d’une ville ou d’une agglomération : pourquoi se battre pour développer des savoirs faire, dès lors que l’on décide de se priver des acteurs qui œuvrent en faveur du « faire savoir » ? Associations, élus locaux, administrations, artistes ou commerçants trouvent au quotidien sur ces antennes des interlocuteurs pour traiter leurs actualités. Qu’en sera-t-il demain ?

Dans un univers où l’on s’inquiète à juste titre des approximations, voire des contre-vérités, véhiculées par certains réseaux ou relais médiatiques, n’est-il pas dangereux d’éloigner les journalistes des territoires qu’ils sont censés couvrir ? A moins, bien sûr, d’entériner le pillage en règle des sites web de la PQR.

 

Dans ses lettres de demande envoyées au CSA, la Direction des deux radios évoque, dans chaque zone où des postes seraient supprimés, l’instauration d’une information « locale régionalisée ». Une promesse innovante sans doute, ambitieuse c’est certain, mais surtout impossible à honorer dans les conditions définies par le PSE ! Auditionnés par le CSE central, les rédacteurs en chef des deux radios, les plus qualifiés pour s’exprimer pertinemment sur le sujet, se sont exprimés sans ambiguïté. Celui d’RFM a qualifié le projet de « cote mal taillée » et évoqué « une dégradation du service proposé actuellement ». Son homologue de Virgin Radio, a quant à elle levé toute ambiguïté : « C’est le flash de Brest qui sera diffusé à Quimper, Lorient, Vannes et Morlaix ». On ne peut mieux résumer le futur de l’information locale sur ces deux radios. D’autant que dans les livres 1 et 2 du projet de PSE, remis aux élus du CSE Central, la Direction explique que, dans chacune des zones concernées, le journaliste restant en poste assurerait ces flashs « sans évolution de sa charge de travail ». Là encore, pour poursuivre avec l’exemple breton, comment le journaliste de Virgin Radio Brest pourra-t-il recueillir, sélectionner, contextualiser et enfin hiérarchiser les informations émanant de cinq agglomérations « sans évolution de sa charge de travail » ? Cette évolution du programme d’intérêt local, si elle était validée, loin d’être un remède, représenterait une nouvelle menace pour l’audience et donc la viabilité de ces stations locales. En effet, les auditeurs seraient non seulement privés d’informations véritablement locales, mais ils devraient écouter celles concernant une autre ville parfois de leur région, parfois d’une autre région. Fort d’une telle stratégie, on peut sans se tromper prédire que dans deux ans, le groupe Lagardère reviendra vers l’Arcom pour demander de nouveaux aménagements de ses conventions.

 

Un projet qui travestit la réalité économique.

 

Sur le plan économique, la pseudo fragilité financière des sociétés des régions Virgin Radio et RFM est uniquement due au fait que le chiffre d’affaires de la publicité nationale, qui représente 90 % des revenus des deux radios, est concentré sur les sociétés « têtes de réseaux ». Les sociétés des régions supportent l’intégralité des coûts de diffusion des programmes d’une journée. En revanche, elles ne reçoivent aucun pourcentage du chiffre d’affaires de la publicité nationale. Leurs déficits sont donc structurels et non conjoncturels. Ils correspondent à une présentation factice de la situation économique de ces deux radios. De ce point de vue, le CSA précédemment, l’ARCOM aujourd’hui, ont toujours reconnu pour les radios de catégorie C « l’adossement » des sociétés des régions à leurs têtes de réseaux parisiennes. Sinon, cela reviendrait à expliquer qu’une autorité de régulation, le CSA, a confié en toute connaissance de cause la gestion de fréquences locales à des sociétés déficitaires, puisque le « déficit » de ses sociétés est organisé depuis de nombreuses années.

 

Par ailleurs, il semble important de rappeler qu’en 2020, malgré un environnement économique mondial dégradé par la crise sanitaire, Virgin Radio et RFM sont parvenues à faire remonter au groupe Lagardère 3,5 millions d’euros de dividendes. Les années précédentes, l’apport s’appréciait plutôt aux alentours de 5 millions d’euros. Dans ses échanges avec les élus du CSE central, la Direction des deux radios a indiqué que les licenciements des 34 salariés permettraient d’économiser environ 1,5 million d’euros. Si l’on additionne la performance 2020 et le bénéfice du PSE, on retrouve donc le montant habituel de contribution des deux radios musicales au groupe Lagardère. La motivation de ce PSE n’est donc pas de répondre à une problématique d’entreprise mais uniquement de maintenir les dividendes des actionnaires du groupe. Par ailleurs, comme il est bien stipulé dans l’étude d’impact de l’ARCOM, ces deux radios dépendent d’une société mère, Lagardère Active Broadcast, basée à Monaco, dont la trésorerie nette affichait, en 2019, 571 millions d’euros et en 2020, 622 millions d’euros !

 

Un projet à repousser.

 

Si l’ARCOM validait tout ou partie des demandes du groupe Lagardère, cela reviendrait à remettre en cause l’existence même de la Catégorie C. Comment imaginer que les autres groupes radiophoniques maintiendraient des postes de journalistes, voire d’animateurs, si l’on permettait à l’un des opérateurs de commercialiser sans remplir les obligations qu’il a lui-même acceptées par convention ? Le risque de contagion est grand. Dans ce domaine, comme dans d’autres, l’instauration de gestes barrières s’impose.

 

 

Le SNME-CFDT, la F3C-CFDT et la CFDT-Journalistes estiment que le projet de PSE est à la fois injustifié d’un point de vue comptable, ne respecte pas la loi et constituerait un précédent susceptible d’entrainer des dommages irréversibles au sein du paysage radiophonique. Ce ne sont pas seulement des emplois qu’il faut sauver, mais un modèle dont la France peut s’enorgueillir.

 

Télécharger la contribution CFDT

 

Revoir la vidéo réalisée en octobre 2021 : 

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