Grande commande photo : CFDT Journalistes interpelle le ministère de la Culture et la BNF

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Par courrier, CFDT-Journalistes a interpellé le ministère de la Culture et la BNF sur le deuxième volet de la Grande commande photo.

En pleine crise sanitaire, le 27 août 2020, alors que de nombreux médias la subissaient de plein fouet, la ministre de la Culture d’alors, Roselyne Bachelot, et le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, annonçaient un vaste un plan de soutien à la filière presse de 377 M€ sur les deux années suivantes.

Parmi les mesures figurait un fonds de lutte contre la précarité, doté de 18 M€ par année, afin d’accompagner les acteurs les plus fragiles de la profession (pigistes, photojournalistes, dessinateurs de presse…).

Notre organisation syndicale a fait partie de celles consultées sur plusieurs dispositifs, dont la grande commande photo d’État, visant à aider les photojournalistes à traverser la crise. 

A l’automne 2021 deux appels à projet ont été confiés à la BnF : 200 lauréats bénéficiant d’un financement d’un montant de 22 000 € TTC chacun afin de mener à bien leur projet et de produire des photographies inédites.

Il s’agissait de formidables opportunités pour la profession. Même si les critères étaient beaucoup plus souples que ceux que nous avions préconisés, notamment sur les justificatifs de collaborations presse existantes (nous avions à cœur de ne pas diluer cette importante somme auprès d’acteurs concernés de manière moins centrale et de cibler ceux désirant obtenir ou consolider le statut de journaliste professionnel).

Il n’en est pas moins vrai que d’après les intentions initiales de ce volet soutien aux photojournalistes précaires, on devrait pouvoir mesurer l’atteinte de son objectif à la sélection effective de photojournalistes : des photographes travaillant effectivement pour la presse, et pas juste de manière marginale : dont le cœur de l’activité est la presse.

Les deux listes de lauréats comportent de nombreux photojournalistes répondant à ces critères et nous nous réjouissons qu’ils bénéficient de ce coup de pouce, doublé d’une belle reconnaissance.

Pourtant, d’autres choix nous semblent ne pas répondre aux prérequis ni à l’esprit initial de cette commande d’État. 

–       Une partie des photographes sélectionnés ne travaille visiblement pas avec la presse, ou de manière très rare et aléatoire. Ces photographes, dont le travail ne manque certainement pas de qualité, n’ont pas fait le choix professionnel de la presse, et leur économie ne repose pas sur elle.

–       Certains photographes sont aussi depuis longtemps en retraite, alors que ce projet visait à soutenir des photojournalistes en activité.

–       Certains sujets ne sont en rien inédits, ce qui était pourtant demandé : certains lauréats ont proposé des sujets se situant dans la continuité directe de sujets qu’ils ont déjà auparavant réalisés, publiés, exposés et parfois édités en livre depuis déjà des années.

–       Certains sujets semblent très éloignés du thème central : Regards sur un pays traversé par la crise sanitaire.

Par voie de conséquence de nombreux photojournalistes répondant aux critères n’ont eux pas été retenus. C’est évidemment la règle du jeu, même si l’amertume est compréhensible : de telles occasions, dédiées à eux, rien qu’à eux, ne se présentent que très rarement dans une vie. Pour ne pas dire jamais. Il serait dommage qu’un certain entre-soi ait pu jouer dans certains arbitrages.

Il nous semble nécessaire de procéder à un bilan transparent de cette grande commande photo.

La CFDT-Journalistes demande donc au ministère de la Culture et à la BnF de la recevoir prochainement afin de nous permettre de comprendre quels furent vos arbitrages, ainsi que l’accès aux dossiers de candidatures, le financement étant public. Par ailleurs nous demandons que les organisations syndicales de journalistes et les organisations de photojournalistes qui le souhaitent puissent avoir une place au sein du groupe de suivi des projets sélectionnés et de leurs déclinaisons en exposition notamment. S’il est admis que l’objectif est bel est bien de soutenir la profession, et donc son insertion dans un modèle économique de la presse, et pas juste de collections, aussi prestigieuses soient-elles.

3 réflexions sur « Grande commande photo : CFDT Journalistes interpelle le ministère de la Culture et la BNF »

  1. Très bonne initiative, en espérant que vous serait entendu et que nous obtiendrons des réponses à ces questions.
    Merci de votre action
    Pierre Ciot

  2. Tout est dit dans votre papier. C’est clair, modéré et très juste- Un grand bravo pour votre initiative. Avec une presse moribonde dont les administrateurs nous coupent toujours un peu plus les frais et le prix des commandes, combien de photographes sont partis en Ukraine sans garantie ? sans doute les 3/4. Il y va de notre engagement à témoigner : Un jour que je passais dans le quartier du Hezbollah détruit après un bombardement israélien à Beyrouth, deux vieux ont rigolé en me voyant passer harnaché de mes appareils photo en disant  » Tiens, voilà la Démocratie qui passe !  » – La pluralité de l’information, c’est aussi cela, se battre au quotidien contre fake-news et Communication. Pas des commandes « one shot » sur de l’à peu près par une BNF qui (pour l’instant) à servi à R. Bachelot à se gargariser avec « Sa grande commande » lors de son discours de départ du ministère.
    On demande depuis des dizaines d’années un système du genre « Avance sur recettes CNC » pour les reportages photo qui demandent des investissements longs et couteux. En premiers lieux pour l’international bien-sûr. En co-finançant des reportages après acceptation d’un synopsis par un média, le ministère ferait avancer et notre cause et la pluralité de la Presse. Merci

  3. Bonjour,
    Je soutiens totalement cette démarche . J’ai présenté moi même un projet qui correspondait à tous les critères d’un portrait de la France post covid.
    Je suis photojournaliste tour à tour staff Gamma, collaborateur de Geo, National Geographic, le monde M …
    Je suis en accord avec vos arguments que j’avais moi même relevé . C’était une magnifique occasion de réaliser un document extraordinaire sur la France.
    Une personne de la BNF responsable des dossiers m’a expliqué au téléphone que le thème annoncé par la bourse n’avait pas d’importance , qu’il s’agissait simplement d’une compensation pour les photojournalistes dont l’activité est en souffrance. Elle a employé le terme de “prétexte”. Cette situation est choquante car il s’agit du ministère de la culture. Je vous confirme que les bourses ont été pour la plupart distribuées parmi les proches d’une partie des membres du jury ou du domaine précis qu’ils défendent. Les thèmes des sujets proposés n’avaient visiblement pas la moindre importance.
    Merci de votre démarche qui je l’espère aboutira.
    Bien cordialement
    Yves Gellie

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