Après le soulagement, l’heure est à la reconstruction. CFDT-Journalistes y prendra toute sa part

Le soulagement est à la mesure de la frayeur que nous avons vécue. 

L’extrême-droite ne gouvernera pas la France. Pas maintenant, en tout cas. Et nous l’espérons : jamais. 

Dans un sursaut dont la force était inattendue, les Français ont très clairement refusé un projet de société raciste, inégalitaire, ennemi des femmes, des travailleurs, de la planète. 

Le barrage n’est pas en soi un programme de gouvernement, et il n’y a pas de quoi se réjouir qu’il ait encore une fois fallu en passer par là pour défendre les valeurs de notre République, et que de nombreux électeurs n’aient pas pu voter selon leur cœur. 

Durant les élections européennes et législatives, la CFDT toute entière n’a pas ménagé ses efforts pour déconstruire l’argumentaire de l’extrême-droite. Par des communiqués, en interviews, sur le terrain, grâce à la mobilisation de ses militants, elle a assumé sa juste place : un syndicat ayant une vision politique, au sens noble, une vision de notre société. 

CFDT-Journalistes et le réseau des sections CDFT en entreprises de presse, ont pris leur part de ce combat : oui, l’extrême-droite est une menace pour la liberté de la presse, oui les journalistes et les médias ont un rôle immense pour contrer ses idées. 

Une indispensable auto-critique des journalistes et des médias

Or une partie de notre paysage médiatique, de nos éditeurs, porte une grave responsabilité en la matière. En se transformant en agents de propagande, en réduisant le débat à certaines thématiques, en grossissant les polémiques au détriment des sujets de fond, ils ont contribué à faire monter les thèses d’extrême-droite.


La profession doit impérativement ouvrir la page de l’autocritique. Ce n’est pas agréable, cela demandera un effort, mais c’est notre responsabilité. Nous disons bien « notre » car il serait trop facile de désigner des coupables et des héros.

Durant cette campagne, de nombreux journalistes ont remarquablement exercé leur rôle démocratique (vérifications, débat contradictoire, plongées en région etc). Nous le savons aussi, même dans les médias les plus problématiques, il demeure des foyers de résistance, et nous pensons à eux.

CFDT-journalistes souhaite encourager et accompagner ce chantier, qui est vaste, car dépassant largement celui du traitement de la politique. 

Mais nous avons besoin du soutien des dirigeants de nos médias : ils et elles doivent résolument recentrer la mission de leurs entreprises vers la qualité de l’information. C’est non seulement ce que nous voulons, mais ce qu’attendent les citoyens. 

Pour cela, il faut cesser les suppressions de postes injustifiées, cesser de demander aux journalistes de tout faire en même temps, cesser la précarisation, et en revanche augmenter les salaires, réhabiliter le dialogue social… 

Appel aux nouveaux élus à l’Assemblée nationale

Nous avons aussi besoin du régulateur et du législateur. Nous nous adressons donc aux nouveaux membres de l’Assemblée nationale. Surtout, N’OUBLIEZ PAS L’INFORMATION !

Les Etats généraux de l’Information, dont les conclusions sont attendues, peuvent être une base de votre travail. 

Et nous, CFDT-Journalistes, avons notre idée sur la question. 

Vous pouvez, notamment : 

  • annuler la réforme de l’audiovisuel public. 
  • conditionner ses contrats d’objectifs et de moyens à une réduction de la précarité en son sein
  • flécher un budget vers le contrôle des pratiques frauduleuses de la part de nos employeurs
  • conditionner les aides à la presse et faire entrer les représentants des salariés à la CPPAP
  • soutenir davantage la presse indépendante
  • rendre des moyens d’action aux représentants des salariés
  • réformer l’ARCOM, pour empêcher le détournement de certaines fréquences notamment 
  • instaurer un droit d’agrément dans les rédactions
  • renforcer la protection des sources
  • lutter contre les procédures bâillon
  • accorder un statut et une vraie protection sociale aux correspondants à l’étranger
  • investir massivement dans l’éducation aux médias, et y donner une place prépondérante au travail journalistique

Parlementaires, éditeurs, journalistes, nous avons moins de trois ans, avant l’échéance de l’élection présidentielle de 2027, pour replacer l’information comme pilier de la démocratie, au service des citoyens. Le temps est compté. CFDT-Journalistes y prendra toute sa part.

Paris, le 8 juillet 2024

Contact journalistes@f3c.cfdt.fr

Lire aussi :

  • Nos publications contre la montée de l’extrême-droite : 
  • Nos contributions aux États généraux de l’Information : 
  • Le communiqué post second tour de la confédération CFDT

https://www.cfdt.fr/portail/presse/communiques-de-presse/elections-legislatives-un-sursaut-republicain-salvateur-la-cfdt-reste-mobilisee-srv2_1365512

Les actualités

  • Premiers secours en santé mentale : on peut se former !

    Le savez-vous ? La santé mentale est une préoccupation universelle qui touche aussi bien les particuliers, les salariés d’entreprises, les professionnels de santé, les bénévoles d’associations ou les retraités. La formation aux Premiers secours en santé mentale apporte des connaissances sur la santé mentale, réduit les comportements stigmatisants, augmente la confiance en sa propre capacité à…

  • Santé mentale : les numéros utiles

    Le 3114, numéro national de prévention du suicide. Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, ou si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114. Il est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement, dans toute la France. SOS Amitié pour les personnes de tout âge…

  • Santé mentale des journalistes : Libérer la parole #4 – Le témoignage de Guillaume, bipolaire

    Troubles bipolaires : « C’est un combat permanent » Guillaume Bouvy, 36 ans, a appris à exercer comme journaliste en composant avec son trouble bipolaire. Non sans difficultés, et avec le constat amer d’un monde du travail, dans notre secteur, encore très loin de s’adapter aux maladies psychiatriques. « J’ai été diagnostiqué bipolaire en 2008. J’en ai marre de…

  • Santé mentale des journalistes : Libérer la parole #3 – Le témoignage de Pierre, victime de trouble de stress post-traumatique

    « J’aurais préféré me casser une jambe ou avoir un accident » Pierre*, 52 ans, est photographe pour un média national. Il y une vingtaine d’années, il a couvert une suite d’événements tragiques, qui ont entraîné un trouble de stress post-traumatique (TSPT).  Le parcours de Pierre débute au sein de l’armée, à la fin des années 1990.…

  • Santé mentale des journalistes : Libérer la parole #2 – Le témoignage de Marie-Paule sur la dépression

    « Vivre une dépression seul, c’est l’échec assuré ! » Marie-Paule* a traversé une dépression provoquée par le harcèlement subi dans le cadre du travail. Elle a réussi à surmonter cette épreuve grâce à ses proches, et au syndicat, où elle se sent reconnue. « Cela a commencé il y a dix ans. Cela faisait…