« Le covoiturage a un impact sur la qualité de vie au travail »

Négocier un accord de mobilités durables en entreprise, pas si simple ? Eric Carbonnier, délégué syndical CFDT chez Orange, a participé à la négociation sur les mobilités durables au sein de l’entreprise, avec succès en 2021, mais sans parvenir à un accord en 2025. Il tire les leçons de ces deux expériences.

Qu’est-ce qu’un accord de mobilités durables en entreprise et comment l’avez-vous adopté chez Orange en 2021 ? 

C’est un accord qui est issu de la loi d’orientation des mobilités, dite loi LOM, votée en 2019, pour laquelle la CFDT avait œuvré, notamment au niveau de la confédération. Le principe est d’inciter les salariés à utiliser des moyens de transport alternatifs à la voiture individuelle (vélo, trottinette, covoiturage…). L’employeur leur verse une aide via un forfait mobilité durable (FMD), exonéré de cotisations sociales. L’Etat avait fixé le montant à 400 euros par an et par salarié. Depuis, le montant a évolué.

En 2021, avec les syndicats FO et Sud, nous avons signé un accord basé sur un forfait de 3 euros par jour pour s’assurer que le montant de 400 euros soit atteint. Les délégués syndicaux (DS) CFDT ont animé de nombreuses présentations sur site et par Teams pour expliquer pourquoi la CFDT avait signé l’accord et quels étaient les avantages des mobilités durables. On a vraiment mouillé le maillot.

Pourquoi n’avez-vous pas signé l’accord en 2025?

Rapidement, on s’est rendu compte que le mandat des négociateurs de la direction était extrêmement réduit. On souhaitait, entre autres, aller au maximum du nouveau plafond fixé par la loi, porté à 600 euros, et décorréler l’abonnement transport du FMD qui n’est pas inclus dans la loi LOM. L’abonnement de transport est pris en charge à 50% par l’employeur. Les salariés, par exemple, qui travaillent à Paris tout en habitant en grande banlieue doivent pouvoir bénéficier pleinement du FMD pour les déplacements gare-domicile.

Nous souhaitions également simplifier la justification du covoiturage par une simple déclaration sur l’honneur, comme proposée par l’Urssaf et non via une application comme l’avait imposé la direction. 

Le covoiturage reste peu utilisé par les salariés et il faut trouver de nouveaux leviers d’incitation. On souhaitait ainsi faciliter le ciblage des salariés au niveau local sur les sites pour qu’ils puissent organiser du covoiturage mais là aussi l’entreprise s’y est opposée, invoquant des raisons de confidentialité des données qui auraient pu facilement être résolues. Elle n’a pas non plus voulu aider les salariés qui viennent au travail exclusivement en marchant, c’est pourtant eux qui économisent le plus de CO2, ni aider à l’achat de vélos ou d’équipement de sécurité. 

Depuis 2021, la représentation syndicale a changé et en 2025, autour de la table de négociation, nous étions le seul syndicat à avoir signé les derniers accords. Face au blocage de la direction, on a quitté la négociation avant la fin. On avait signé avec enthousiasme en 2021, on a claqué la porte avec tout autant d’enthousiasme en 2025. En l’absence de signature, Orange a reconduit ce qui avait été signé en 2021 sans tenir compte du retour d’expérience et sans se saisir de l’augmentation du FMD. La CFDT demande une nouvelle négociation en 2026 pour ne pas rester sur cet échec. 

Pourquoi penses-tu que l’entreprise n’a pas voulu aller plus loin?

Les émissions de CO2 sont un volet important du plan stratégique d’Orange qui vise la neutralité carbone en 2040. Mais l’entreprise fait valoir que les trajets domicile-travail ne représentent que 3% des émissions. Pour la CFDT, ce n’est pas une raison pour manquer d’ambition sur le sujet. L’accord de 2021 était vertueux et a inspiré d’autres organisations. Un nouvel accord n’aurait pas coûté très cher à une entreprise qui verse plus de 2 milliards de dividendes à ses actionnaires. 

Toi-même, comment réalises-tu tes déplacements domicile-travail?

Pendant longtemps, j’habitais à Saint-Malo, je travaillais à Rennes et j’utilisais ma voiture solo. Puis j’ai covoituré avec des collègues de Saint-Malo et j’en ai vu tout l’intérêt : on discute, on tisse des liens, on arrive moins stressé le matin et on décompresse le soir. Aujourd’hui j’habite à 3 kilomètres du travail et j’y vais en vélo, mais tout le monde n’a pas cette possibilité. Je suis convaincu qu’en l’absence de pistes cyclables et de transports en commun, le covoiturage a un vrai impact sur la qualité de vie au travail.

Les actualités

  • Soutien au mouvement de contestation des CLP de Midi Libre

    Communiqué commun CNCLP – CFDT-Journalistes : Mobilisé depuis 2021 sur le sort réservé en France aux correspondants de la presse quotidienne et hebdomadaire régionale d’information, le Collectif national des correspondants locaux de presse (CNCLP) rejoint par la CFDT-Journalistes, suit avec la plus grande attention le mouvement de contestation formé par les correspondants de Midi Libre…

  • Le film de C8 pro-Bardella nous avertit sur sa vision de la presse : aux ordres. Soutien à notre consoeur Barbara Zandronis !

    Jeudi 20 février, la chaîne C8 diffusait un film de communication sur Jordan Bordella. C’est bien ainsi qu’il s’agit de nommer ce « documentaire » tout à la gloire du président du RN et sans aucun contradictoire.  L’équipe le suit notamment en décembre 2023 dans un studio de la radio Guadeloupéenne RCI, où il est interviewé par…

  • Ça tangue sérieusement  dans le groupe Centre France

    Du jamais vu ! Par deux fois, les 29 janvier et le 8 février dernier, aucun des journaux du groupe Centre France n’est paru (8 quotidiens et 9 hebdomadaires, répartis sur 14 départements et 4 régions). De surcroît, l’édition Puy-de-Dôme de La Montagne, LE quotidien phare, ne parait plus du tout depuis dix jours. En cause ? la…

  • Nous condamnons l’expulsion par la Russie de Benjamin Quénelle, correspondant du Monde à Moscou

    Correspondant à Moscou de divers médias français depuis plus de 20 ans, Benjamin Quénelle se savait placé sous une épée de Damoclès depuis plusieurs années, le régime russe menaçant les correspondants étrangers d’expulsion à tout moment. Le couperet est tombé le 16 octobre 2024 avec la suspension de son accréditation de presse, confirmée la semaine…

  • SOUS LES CADAVRES, LA PLAGE. Sur France info, on construit des châteaux en Espagne et des hôtels à Gaza

    Communiqué de la section CFDT de France Télévisions Mercredi 5 février, l’équipe de « L’heure américaine » a pris son seau, son râteau et sa pelle pour creuser, sur la plage de Gaza, la tombe de la déontologie et de la décence. Alors qu’au cours des dernières 24 heures, 31 morts supplémentaires ont été recensés dans la…