Santé mentale des journalistes et liberté de la presse : la Fédération européenne des Journalistes tire la sonnette d’alarme

Dans un rapport diffusé récemment, la Fédération européenne des Journalistes (FEJ) estime que protéger la santé mentale des journalistes n’est pas seulement une question éthique. C’est un enjeu de « durabilité » pour le journalisme lui-même. D’abord parce que protéger la santé mentale des journalistes n’est pas accessoire : c’est une « duty of care » (un devoir de prise en charge) des organisations médiatiques. 

Et ensuite dans la mesure où il existe à la fois une obligation légale (risques psychosociaux, stress lié au travail) et un impératif business : des journées perdues pour cause de stress représentent en effet un coût. 

Ce rapport se fonde sur des recherches quantitatives et qualitatives menées au début de cette année 2025, une enquête en ligne menée auprès de 21 organisations de journalistes au sein de 17 pays européens différents, représentant plus de 95 000 professionnels. Soumis à de fortes pressions telles que l’insécurité financière, la surcharge de travail, le harcèlement en ligne, un cycle de l’info 24 h/24 et un environnement géopolitique instable, les journalistes sont en proie au stress, à l’épuisement voire au burn-out, conduisant certains d’entre eux à quitter la profession, ce qui menace la résilience et la liberté de la presse. Or si les journalistes s’épuisent ou quittent la profession, cela peut affaiblir aussi bien la qualité et que liberté des médias. 

Le rapport en appelle donc à un engagement plus large que le « simple soutien entre pairs », insuffisant, notamment des hommes et des managers. Il ne suffit pas de considérer la santé mentale comme un problème individuel, il faut une approche structurelle. Or les managers ne sont ni formés ni préparés à la problématique de la santé mentale chez les journalistes.

Il recommande de redéfinir la « santé mentale » dans les médias comme partie intégrante d’une culture de travail saine, et non seulement comme un problème de pathologie individuelle. 

Un changement de culture

Parmi les bonnes pratiques et les exemples, le rapport met en avant le rôle des syndicats et des organisations de journalistes pour financer et coordonner des réseaux de soutien, organiser des formations pour les managers, tout en développant des stratégies à long terme pour la santé mentale. Les rédactions doivent ainsi adopter une approche systémique : c’est-à-dire pas uniquement mettre en place des ateliers ou des interventions ponctuelles, mais bien un véritable changement de culture.

Le rapport plaide ainsi en faveur d’une transformation systémique des médias — les structures, les habitudes de travail, les relations hiérarchiques — pour construire des newsrooms plus résilientes, plus humaines.

Parmi les recommandations figure la formation des managers (éditeurs, chef·fe·s) afin qu’ils deviennent des leaders empathiques et capables de promouvoir une culture d’entreprise respectueuse de la santé psychologique. Il s’agit également de mettre en place des politiques de santé mentale à l’échelle des organisations médiatiques (et pas seulement des initiatives ponctuelles) telles que soutien psychologique, mécanismes d’écoute, ressources pérennes. 

Encourager l’égalité dans le soutien en faisant en sorte que le soutien entre pairs ne repose pas uniquement sur des individus volontaires, mais soit institutionnalisé et favoriser une culture où la santé mentale est discutée ouvertement et sans stigmatisation, et où demander de l’aide est normalisé, constituent d’autres pistes à privilégier. 

En outre, des indicateurs et des mécanismes d’évaluation permettant de mesurer l’impact des initiatives de soutien (absentéisme, turnover, bien-être perçu, etc.) pourraient être mis en place dans le but d’ajuster les politiques. 

La santé mentale des journalistes relève bien d’une responsabilité partagée. Employeurs, syndicats, journalistes et managers : tous doivent être impliqués. 

Car le moment apparaît critique : face aux menaces croissantes qui pèsent sur la profession, le bien-être psychologique des journalistes demeure un pilier de résilience. 

Les actualités

  • Etats généraux du droit à l’information en septembre : la CFDT adresse ses premières demandes

    Le 25 juillet, la CFDT-Journalistes, le syndicat CFDT de l’édition (SNLE) et la fédération F3C-CFDT qui chapeaute toute l’action syndicale dans le champ de l’information, ont écrit aux organisateurs des États généraux du droit à l’information, et au Ministre du Travail. Madame la Ministre, messieurs les président et délégué général, La tenue des États généraux du…

  • Au Journal du Dimanche, le combat continue face à une direction butée

    Mise à jour du 1er août 2023 : signature d’un accord au JDD mettant fin à la grève. Communiqué à télécharger Communiqué SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes – SGJ-FO du 28 juillet 2023 La rédaction du Journal du Dimanche, qui entame sa 6ème semaine de grève, débutée le 22 juin, affiche une détermination qui honore…

  • Un guide à destination des journalistes pour couvrir les migrations

    Credits : Joel Carillet / iStock  La Fédération européenne des journalistes (FEJ), dont est membre la CFDT-Journalistes, publie un nouveau guide intitulé “Comment couvrir les migrations de manière éthique et pertinente”, rédigé par la journaliste et essayiste belge Anne-Marie Impe, dans le cadre du projet européen Nouvelles Perspectives. Destiné aux professionnels des médias qui traitent du sujet de…

  • Les forces de l’ordre doivent protéger les journalistes, pas s’en prendre à eux !

        Communiqué SNJ (Solidaires) – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes – SGJ-FO La profession est toujours sous le choc. Des journalistes ont été délibérément pris pour cible, certains blessés avec plusieurs jours d’ITT, par des policiers de la Brav-M, le 8 juillet place de la République à Paris, alors qu’ils couvraient pour leurs médias le rassemblement en…

  • Un guide du CDJM pour une IA respectueuse de la déontologie journalistique

    Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), dont la CFDT-Journalistes est membre fondateur, vient de publier une recommandation sur l’intelligence artificielle. Objectif : aider à l’utiliser dans ses pratiques journalistiques sans faire l’autruche et sans foncer tête baissée non plus ! Dix pages à lire impérativement !