Soutien aux rédactions de Challenges, La Recherche et Sciences et Avenir

Les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et FO-Journalistes, organisations représentatives des journalistes en France, apportent leur soutien plein et entier aux salariés du groupe Editions Croque Futur (éditeur des titres ChallengesLa Recherche et Sciences et Avenir), à leurs représentants syndicaux, à leurs sociétés des journalistes, et se tiennent disponibles pour les initiatives que ces derniers jugeront utiles.

Le propriétaire historique du groupe, Claude Perdriel, s’apprête en effet à céder ses parts au groupe LVMH, détenu par le milliardaire Bernard Arnault, via sa holding consacrée au secteur des médias, Ufipar. La prise de contrôle pourrait être effective dans les prochaines semaines. Quelles seront les conséquences éditoriales et sociales pour ces trois titres et leurs 135 salariés ?

Depuis l’annonce de cette vente, au mois d’octobre, les représentants du personnel des Editions Croque Futur n’ont de cesse de demander des garanties au futur propriétaire. Malheureusement, ce dernier ne s’est toujours pas engagé sur des sujets majeurs et n’a pas répondu à une lettre ouverte envoyée par les élus, alimentant la légitime anxiété des salariés.

Parmi les points cruciaux : le respect de la charte interne de Challenges, texte essentiel pour la rédaction, qui définit la ligne éditoriale de l’hebdomadaire et en garantit l’indépendance. Pour l’équipe de Challenges, cette charte “constitue un actif immatériel et intangible de l’entreprise”.

L’émissaire de Bernard Arnault (rôle étrangement confié à Nicolas Beytout, par ailleurs patron du quotidien L’Opinion) a rejeté à plusieurs reprises l’idée que cette charte pourrait continuer à s’appliquer après la vente. Cette attitude ne peut que nourrir les plus vives inquiétudes des journalistes concernés, dans un contexte de reprise en main idéologique de nombreuses rédactions par plusieurs milliardaires.

Sciences et Avenir et La Recherche, les discussions en vue de l’adoption d’une charte similaire n’ont pas encore abouti, et le risque est grand qu’elles soient abandonnées en cas de prise de contrôle par LVMH. Face au risque d’amplification de la désinformation scientifique, les garde-fous déontologiques sont pourtant plus nécessaires que jamais.

Sur le plan social, les intentions du potentiel repreneur sont plutôt floues et les élus du Comité Social et Economique (CSE) ont le plus grand mal à obtenir les informations nécessaires. Quelles garanties sur le maintien des emplois ? Quel est le projet organisationnel de l’équipe de Bernard Arnault, par ailleurs déjà propriétaire de nombreux titres de la presse économique ? Même l’application du dispositif légal de clause de cession semble poser problème, le potentiel repreneur souhaitant imposer des restrictions.

Nous adressons notre soutien entier aux salariés de ChallengesLa Recherche et Sciences et Avenir. Au moment où se déroule, les 26 et 27 novembre, le sommet de l’économie organisé chaque année par Challenges, les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et SGJ-FO sont solidaires de ces rédactions et réaffirment leur attachement à l’indépendance et à la pérennité de ces titres. Si rachat il y a, il doit s’accompagner d’un cadre social et éditorial respectueux de l’histoire et de l’identité de ces magazines.

Et au-delà de la cession du Groupe Editions Croque Futur, nous alertons une nouvelle fois les pouvoirs publics, le législateur et l’ensemble des citoyens sur la prise de contrôle par une poignée de grandes fortunes d’un nombre de plus en plus important de rédactions. Il y a urgence à protéger l’information et l’indépendance des équipes qui travaillent chaque jour à sa production et à sa diffusion.

Paris, le 26 novembre 2025

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