CFDT-Journalistes publie un livret de ressources et conseils pour accompagner les journalistes dans leur rôle démocratique face à l’extrême droite. Objectif : donner des clés nécessaires à la compréhension de ce qu’est l’extrême droite aujourd’hui (son histoire, ses acteurs, son danger, sa stratégie de dédiabolisation) afin de ne pas se laisser berner, susciter des bonnes pratiques (choix de vocabulaire, de sujets…), promouvoir un journalisme qui favorise une société de connaissance et de respect mutuel, aider à se défendre face aux attaques et protéger son entreprise. Une dernière partie est consacrée au rôle des citoyens.
Ce livret existe en deux versions : une synthétique, pour aller droit à l’essentiel, et une « augmentée », pour approfondir :
VERSION SYNTHÉTIQUE

- L’essentiel
- Idéal pour une 1ère approche
- 24 pages 16×22 cm
- Existe en version papier. La recevoir : contact@cfdt-journalistes.fr
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VERSION AUGMENTÉE

- Document complet, pour approfondir tous les sujets
- + de conseils et de témoignages, aspects défense aux attaques et protection des rédactions + développés
- 45 pages 21×29,7cm
- Uniquement numérique
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Ci-après, la version synthétique :
Ci-après des extraits de la version augmentée :

Edito :
Ne nous laissons pas paralyser !
La poussée de l’extrême droite en France et hors de nos frontières est devenue un fait majeur au point que son issue semble, parfois, inéluctable. On la commente, elle fait l’actu, devient l’aiguillon des agendas, tandis que ses tenants progressent irrémédiablement aux commandes de plus en plus de médias. Face à ce qui semble écrit, menacent trois dangers, pour les journalistes : le sentiment d’impuissance, une sensation panique, ou a contrario la tentation de relativiser le risque.
Relativiser, minimiser n’est pas notre option, à la CFDT. N’ayons pas un excès de confiance dans les capacités de résistance de notre démocratie, déjà fragilisée. C’est bien à une bascule autoritaire, hors de l’État de droit, à laquelle nous risquons d’assister, et dont nous serons tous victimes, et à une ouverture de toutes les vannes de la violence dans la société (il est documenté que le deuxième risque terroriste en Europe est celui d’extrême droite).
Regardons l’indice d’Analyse et d’Alerte Républicaine et Démocratique (indice AARD) créé par la fondation du camp des Mille. Combinaison de plusieurs indicateurs produits par de grands organismes publics, fruit de quinze années de travail de recherche pluridisciplinaire sur les processus ayant conduit à un régime autoritaire voire à des crimes de masse (avec pour moteur toujours l’extrémisme identitaire), sa valeur a été multipliée par 6 entre 1990 et aujourd’hui. L’AARD positionne désormais la France à une étape qui ouvre une forte possibilité d’évolution institutionnelle vers l’instauration d’un régime autoritaire.
Au coeur de leur stratégie
Cette perspective extrêmement grave ne tombe pas du ciel. Elle est permise par une société gangrénée par la haine, et le fruit de nombreuses défaillances sur le temps long de notre classe politique face aux immenses difficultés se posant à notre pays. Lutter contre les idées d’extrême droite ne signifie donc nullement enjoliver la situation actuelle, ni dédouaner le reste de l’échiquier politique de sa propre responsabilité.
Cette perspective est aussi le fruit d’une stratégie de normalisation de ces idées et de déplacement de la fenêtre d’Overton, qui nous habitue à ce qui nous choquait jadis. Les médias n’y sont pas pour rien. Soyons conscients, que nous le voulions ou pas, que nous sommes au cœur de la stratégie de l’extrême droite (et de tous les tenants de leurs idées) pour conquérir à la fois le pouvoir et les esprits. Regardons nos pratiques actuelles et passées avec un vif esprit critique, car nous avons joué un rôle certain dans la dédiabolisation.
Alors nous n’avons que deux choix aujourd’hui : accepter ou lutter. Pas contre certaines formations politiques, mais pour un journalisme exigeant et responsable, qui ne se laisse pas berner par une stratégie de normalisation, et joue pleinement son rôle en informant les citoyens. Souvenons-nous par exemple du travail salutaire, au moment des législatives de 2024, des journalistes ayant débusqué les candidats les plus problématiques, de tous bords.
Également, osons le dire, pour la défense de notre place de pilier de la démocratie, et pour une certaine vision de la société, conforme à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.
En ne réfléchissant pas à nos pratiques, par gêne, orgueil, déni, ou par le sentiment que nous n’avons pas la main, en quelque sorte, nous laissons nos lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, sans les outils de compréhension que notre métier nous impose de leur apporter.
Un combat difficile
Ce n’est pas facile ! En plus de rattraper des décennies d’accoutumance, de petits renoncements, il faut faire face à des acteurs extrêmement puissants et un rapport de force violent. Résister demande du courage, de l’imagination, de la stratégie, du collectif… alors que la profession est déjà largement malmenée par ailleurs : côté emplois et conditions de travail, la précarité gagne, dans les rédactions, la liberté d’expression paraît en berne, sans oublier un dialogue social au point mort. Nous savons combien il n’est pas aisé de tenir tous les bouts.
Mais ne nous laissons pas paralyser ! Ne sous-estimons pas nos capacités individuelles et collectives : nous avons des ressources ! En entreprise, nos sections sont des vigies permanentes. La profession est riche de nombreux acteurs – collectifs, associations, médias – et peut compter sur chercheurs, ONG et citoyens alliés qui peuvent nous aider à penser et résister.
Ce n’est pas non plus qu’une affaire de spécialistes : chacun à son niveau – localier, journaliste d’investigation, généraliste ou thématique, éditeur, manager, peut contribuer à un traitement de l’information qui ne serve pas de marchepied au racisme, à l’antisémitisme, à l’homophobie, à la misogynie, au recul des droits sociaux, et à l’accroissement des inégalités déjà profondes. Chacun peut aussi s’engager dans son entreprise, soutenir ses collègues qui le sont, contribuer à un climat de résistance.
Travail collectif
Lors des élections européennes et législatives de 2024, à la CFDT-Journalistes, nous avions appelé la profession à « ne pas regarder monter l’extrême droite les bras croisés ». Depuis, nous avons travaillé à un outil, en deux versions : un synthétique, en 24 pages, avec une version imprimée, et un “augmenté”, accessible uniquement en PDF. Ce livret veut aider à comprendre les menaces, penser les relations entre l’extrême droite, ses idées, et les médias, trouver le bon positionnement.
Il ne s’agit pas de lancer des injonctions mais de nourrir une réflexion pour exercer notre travail avec conscience. Ne pas se laisser dicter la hiérarchisation de l’information ni la terminologie en fonction des agendas politiques des uns et des autres, avoir une ligne éditoriale claire dictée par l’éthique, la déontologie et les règles de notre profession. Mais aussi contribuer à d’autres récits, trop souvent invisibilisés, pour rééquilibrer les propositions de société dans nos médias. Et savoir se défendre, individuellement et collectivement, et associer les citoyens à ce vaste chantier.
Ce document est le fruit du travail d’un collectif de journalistes adhérents CFDT ayant mis en commun leurs expériences, leurs regards, leurs connaissances. Certains ne couvrent pas du tout la politique, mais savent que tout journaliste, quelle que soit sa place, a un rôle à jouer, simplement en faisant son travail du mieux qu’il le peut, au service de la société, en soutenant ses collègues, en promouvant les démarches constructives.
La perspective est sombre, mais s’y atteler ensemble est enthousiasmant : partager des indignations, des valeurs, une déontologie, des bonnes pratiques, peut redonner du courage. Alors, prenons des forces, et allons-y ! Ne restons pas seuls !
Retrouvez la page du site CFDT-Journalistes consacrée à la lutte contre l’extrême droite
Pour recevoir un exemplaire papier de la version synthétique : contact@cfdt-journalistes.fr
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