Emilie Rosso, lauréate du prix L’Alerte à la Une

CFDT-Journalistes a pris part au jury du prix L’Alerte à la Une, de la Maison des lanceurs d’alerte, qui récompense une enquête journalistique réalisée avec un·e ou des lanceurs d’alerte. Emilie Rosso, journaliste à France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, a reçu ce prix des mains de Marie Lemire-Verdier, notre représentante à la MLA. Bravo à elle !

Plein feux sur les polluants éternels

La série d’enquêtes sur les pollutions aux PFAS et sur l’intox de l’industrie pour étouffer le scandale a valu à la journaliste Emilie Rosso d’être lauréate du prix Alerte à la Une décerné par la Maison des lanceurs d’alerte le 2 décembre 2025 à Paris.

Il est parfois des sujets qui changent le cours d’une vie. A tout le moins d’une vie professionnelle. C’est ce qui est arrivé à Emilie Rosso, tombée dans les PFAS, ces polluants dits éternels, un jour du printemps 2022. « J’y suis entrée par la petite porte de l’actualité », raconte la journaliste à France 3 Auvergne Rhône-Alpes, lauréate du prix Alerte à la Une remis par la Maison des lanceurs d’alerte le 2 décembre à Paris pour sa série d’enquêtes sur ces pollutions chimiques mises sous le boisseau par les industriels. 

La journaliste localière se rend à l’époque aux abords de l’usine chimique Arkema à Pierre-Bénite au sud de Lyon pour un micro-trottoir. Elle allait  interroger les riverains sur les pollutions aux PFAS que venait de révéler un documentaire d’Envoyé spécial  du journaliste Martin Baudot. Un tout petit coin du voile était alors levé sur ce qui est entrain de devenir un des plus grands scandales sanitaire et environnemental. « Personne ne savait rien », se rappelle-t-elle. Elle non plus n’y connaissait rien. Mais la journaliste a la puce à l’oreille. « Les perfluorés, c’est un mot qui ne sonne pas bien » se dit-elle alors. Et la voilà qui se met en quête d’études et de rapports sur ces polluants dits « émergents » encore fort mal connus et qui vont devenir ses livres de chevet pendant des mois. « En quelques mois, j’ai compris la gravité du sujet ».

A l’antenne régionale de France 3 aucun autre journaliste n’a envie de se plonger dans ce sujet très technique, très aride, pour mener de l’investigation au long cours. Emilie Rosso, elle, ne lâche pas le morceau, se lève PFAS, se couche PFAS. Elle va même se mettre à mi-temps à la télévision pour pouvoir librement disposer de son temps pour enquêter. Elle devient crédible sur le sujet, gagne la confiance de scientifiques. Des salariés d’Arkema lui font des confidences. « Un jour j’ai même trouvé une clé USB dans ma boîte aux lettres »

Depuis trois ans, Emilie Rosso entretient ses liens avec ces lanceurs d’alerte, ces sources comme l’on dit dans la profession, certains anonymes, d’autres qu’elle rencontre. Ils nouent des relations de confiance. C’est précisément la qualité des enquêtes, l’investigation au long cours, liée à cette coopération entre journalistes et lanceurs d’alerte, que récompense le prix Alerte à la Une.

Emilie Rosso a ainsi eu en sa possession des documents internes confidentiels prouvant que l’entreprise connaissait de longue date la toxicité de composés chimiques, leur impact sanitaire en raison de leur propension à s’accumuler dans le sang, leur rejets généralisés et quasi indestructible dans l’environnement. 

Une quarantaine de communes autour de l’usine Arkema ont porté plainte.

Hasard de calendrier. Le 3 décembre, le lendemain de la remise du prix, l’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire, révélait l’ampleur des contaminations. Parmi les très nombreux composés de la famille des PFAS, le TFA est ainsi présent dans 92% des prélèvements d’eau brute et d’eau distribuée au robinet. Sur les 35 PFAS recherchés dans plus de 600 échantillons d’eau brute et autant d’eau distribuée, 20 ont été détectés dans des échantillons d’eau brute et 19 dans les échantillons d’eau distribuée au robinet. 

C’est dire à quel point ces PFAS constituent un scandale sanitaire et environnemental dont on commence seulement à percevoir l’ampleur. 

Car scandale il y a. L’enquête d’Emilie Rosso décortique comment l’industrie chimique, à l’instar de celle du tabac, est devenue experte de la manufacture du doute, à savoir cacher la dangerosité pour la santé et l’environnement, puis minimiser les risques quand ceux-ci commencent à être soupçonnés et tout faire pour retarder des  réglementations contraignantes. Pendant des mois, des années – et ce n’est pas fini – elle a reconstitué le puzzle des connaissances et de la duplicité des industriels du secteur. Un savoir de plusieurs décennies pour certains, un savoir qui remonte a minima à la fin des années 90 pour Arkema. 

A 35 ans, Emilie Rosso est devenue une des rares journalistes spécialiste des PFAS, sélectionnée pour le prix Albert Londres en 2023. Elle a par la suite rejoint une équipe internationale de journalistes sur le sujet. Elle a co-réalisé un documentaire de 52 mn pour complément d’enquête sur France 2., enquêté sur le village de Salindres dans les Cévennes, un des sites les plus pollués de France. 

Les PFAs font toujours partie de son quotidien à France 3 Auvergne Rhône Alpes.

Son expertise a permis de disqualifier un rapport qu’avait édulcoré Arkema. Et son enquête solide et éclairante a, elle, été versée au dossier dans le cadre d’une procédure judiciaire. 


A lire :

ENQUÊTE PFAS. « Polluants éternels », un mensonge en héritage : enquête en 3 épisodes publiée en juin 2024 sur le site de France 3 Auvergne Rhône-Alpes, en 3 épisodes.

La revue dessinée n°50 avec au sommaire « PFAS – Polluant devant l’éternel ». 26 novembre 2025. 19€

A voir :

Complément d’enquête PFAS, la grande intox de l’industrie, 16 janvier 2025


Marie Lemire-Verdier, représentante CFDT à la MLA et membre du jury du prix l’Alerte à la Une :

« La Maison des lanceurs d’alerte (MLA) a reçu 27 candidatures, dont 22 éligibles. Nous avons, les sept journalistes du jury, lu et visionné ces enquêtes au spectre très large, concernant des affaires de corruption, de management toxique, de scandale sanitaire ou écologique, etc. Nous avons retenu six finalistes grâce à notre grille de notation évaluant, entre autre, la qualité journalistique, la rigueur de l’enquête, l’originalité du sujet, les liens entre journaliste et lanceurs d’alerte. La lecture de ces enquêtes les plus abouties montre bien à quel point leur force réside dans cette coopération entre le journaliste d’investigation et la source d’exception qu’est le lanceur d’alerte. La MLA espère que son action et son prix aideront à développer ces collaborations qui, si elles ne vont pas toujours de soi, sont profitables aux uns et aux autres, et à la société tout entière par les faits qu’elles portent à la connaissance de tous. »

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