Eviction d’un journaliste en CDD de longue date : la coupe est pleine pour les salariés du Berry Républicain, en grève ce mercredi

Ce mercredi 11 mars, la quasi totalité des salariés du Berry Républicain sont en grève. Un mouvement spontané « de la base », soutenu par CFDT et CGT. Un jeune journaliste a appris la semaine dernière qu’aujourd’hui, avec la fin de son dernier CDD, il quitterait le journal où il a passé plus de quatre ans, sans aucune autre perspective dans le groupe Centre France. Info de dernière minute : le journal vient de lui proposer un énième CDD « à terme imprécis ». Mais toujours aucun CDI en perspective !

Se battre contre la précarité, pour l’emploi, c’est se battre pour tous. Bravo à tous ces salariés solidaires !

Déclaration des journalistes et employés du Berry républicain

A la suite de la venue de Stéphane Vergeade, chef des rédactions, ce matin, nous, journalistes et employés du Berry républicain, estimons que les réponses apportées ne sont pas satisfaisantes. Nous avons entendu le message de la direction sur les difficultés financières du groupe Centre France  et sur l’impossibilité juridique de proposer un nouveau CDD à Matis Rapacioli, autant que le refus de lui proposer un poste dans un autre journal du groupe. L’argument du gel des recrutements annoncé ne nous convainc pas car, dans ce cas précis, il ne s’agit pas d’un gel mais d’une suppression de poste, celle du journaliste que Matis Rapacioli remplaçait et qui a été déclaré inapte par le médecin du travail.

La logique, selon nous, serait de maintenir ce poste, et pour ce faire, d’embaucher Matis Rapacioli en CDI. Au-delà de sa situation, nous demeurons inquiets sur les deux autres CDD dont on nous a annoncé le prolongement, seulement, jusqu’au 31 octobre, et pour lesquels aucune autre perspective n’est ouverte.

A la veille des municipales et du Printemps de Bourges, deux événements importants pour le journal et pour les ventes, nécessitant une forte mobilisation de tous, nous nous retrouvons avec un poste de moins, qui fait suite, déjà, à la perte d’un poste l’été dernier. Comment, dans ces conditions, faire davantage de web, de vidéos, refaire, enfin, plus de proximité, avec des moyens toujours moins importants et une précarisation insupportable de la rédaction ?

En conséquence, à l’unanimité de la trentaine de personnes réunies, en fin de matinée, en présentiel et en visioconférence, nous serons en grève mercredi 11 mars :

  • pour soutenir notre collègue victime d’une décision brutale ;
  • pour demander l’embauche en CDI de Matis Rapacioli ;
  • pour demander la pérennisation en CDI des postes aux Faits divers et à Sancerre-Cosne.
  • pour manifester notre inquiétude concernant nos futures conditions de travail, alors que nombre d’entre nous effectuent déjà des journées à rallonge.

Témoignages de deux syndicalistes CFDT :

Rémy Beurion :

 » Lettre ouverte à un jeune journaliste plein de talent, stoppé dans son élan par une décision comptable et dénuée de toute humanité.

Tu es arrivé au journal avec l’envie, avec l’humilité de celui qui veut tout apprendre et tu as vite appris. Tu as respiré l’air de la rédaction, tu as goûté au journalisme de proximité, celui qui touche les gens de près, celui qui les concerne, celui que finalement, tu as voulu faire, celui dans lequel tu as croqué à belles dents. Tu t’es coulé dans la rédaction, tu as fait ton trou, tu as creusé des galeries, tu as étoffé ton réseau, tu as fait partie des nôtres, tu en feras toujours partie.

Tu es allé, l’été dernier, à pied, à la rencontre de ce département que tu as voulu connaître, fouiller comme on fouille dans un grenier, tu es allé à la rencontre des gens, tu sais, les gens, ceux qui composent les villes et les villages, ceux dont parle notre journalisme, ce journalisme auquel tu crois.

Tu es un journaliste plein d’avenir, plein de sensibilité, rempli d’émotion utile et de recul nécessaire, tu es le demain de la profession. Et malgré toutes tes qualités, au lieu de te voir comme un journaliste, comme un être humain, certains t’ont vu comme une variable d’ajustement, un numéro, un anonyme.

Ils n’ont pas retenu ce que tu pouvais apporter de plus value au contenu du journal, ils ont retenu les bienfaits que ton absence pouvait générer dans leurs lignes comptables.

Ils n’ont pas retenu la qualité de l’esprit, ils n’ont pas pris en compte la personne humaine, ils ont effacé d’un trait ton appartenance au journal, ils ont nié tes atomes crochus avec la rédaction,. Pire, ils ont anéanti ton enthousiasme, ils ont enfoui ton énergie que tu mettais dans tes mots et dans ton travail, ils ont scié la branche sur laquelle tu te trouvais bien.

C’est injuste, c’est en dehors de toute logique de ressources dites humaines, c’est impossible de concevoir de former un jeune journaliste, de le voir grandir, de le voir s’émanciper, de le voir avec cette envie, cette rage, de vouloir faire et de lui briser les reins en lui expliquant qu’on ne veut plus de lui.

C’est un métier de passion et j’espère que tu la garderas cette passion, que tu monteras haut et que tu leur feras regretter le jour où ils t’ont mis à la porte pour tenter de combler un déficit. Il y en a d’autres, derrière toi, avec la même envie du métier et ce qu’ils ont comme démonstration de leur investissement, c’est le désinvestissement de ceux qui devaient continuer à te porter.

Alors, Matis, rends nous fiers de ce que tu as appris avec nous, fais le prospérer, aiguise ton talent, et fais leur regretter de t’avoir remercié avec autant de brutalité, de violence et d’indifférence. Le journalisme est un merveilleux métier. Ne l’oublie pas. »

Martine Pesez :

« Mercredi 11 mars, ce sera jour de grève au Berry républicain. Nous exprimerons notre soutien à un jeune collègue qui a appris la semaine dernière que ce jour-là, avec la fin de son dernier CDD, il quitterait le journal où il a passé plus de quatre ans, sans aucune autre perspective dans le groupe Centre France.
Un CDD et par la même occasion le poste en CDI dont il assurait le remplacement, se sont évaporés en un claquement de doigts.
Un journaliste de moins à quatre jours des municipales.
Quatre autres jeunes collègues, CDD ou alternants, dont l’avenir nous inquiète au plus haut point.
Bien sûr, on nous a expliqué. On peut même dire qu’on nous avait prévenus. L’équilibre budgétaire. Le gel des recrutements. Les règles juridiques. Les ventes en baisse.
Mais c’est quand le train nous a percutés que nous avons vraiment compris le poids humain qu’il y avait derrière ces mots et ces chiffres.
Mercredi 11 mars, une partie – la plupart – d’entre nous n’allumeront pas leurs ordinateurs, ne répondront pas au téléphone, ne partiront pas en reportage… Ils feront ce qu’ils ont à faire : protester, réconforter, se soutenir les uns les autres. Et boire un verre ensemble à la fin de la journée.
Parce que nous ne sommes pas des machines, nous allons prendre le temps de pleurer de tristesse ou de rage avant de repartir.
Nous n’avons pas d’illusions : les chiffres finissent toujours par gagner la bataille et les grèves de journalistes passent souvent inaperçues.
N’empêche. Mercredi 11 mars, ce sera jour de grève au Berry républicain. »

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