Journalistes remplacés par l’IA : le scénario du pire pour Le Journal des Entreprises repris par Overlord

Le pire des scénarios. La décision du tribunal de commerce de Nantes, ce 23 juillet, de ne pas liquider Le Journal des Entreprises (JDE), n’est en rien une bonne nouvelle. Plutôt que d’acter proprement la fin d’une belle aventure éditoriale de 23 ans, certes regrettée, mais inévitable au vu des pertes et surtout de la médiocrité des offres de reprise, le tribunal de commerce de Nantes a choisi de confier cette marque, son image, ses archives, le fruit d’années d’investissement d’équipes de terrain passionnées, à un repreneur situé à l’opposé de ce qui a fondé leur travail journalistique : la société Overlord.

Overlord, après avoir déjà racheté Le Nouvel Economiste et Le Revenu, procède de la même façon avec le JDE : elle se débarrasse de quasiment tous ses salariés, et compte faire “vivre” le titre au mieux avec quelques pigistes précarisés et de « freelances » basés à l’étranger, en Tunisie notamment, sans aucune équipe rédactionnelle permanente, mais surtout beaucoup d’intelligence artificielle, et quelques commerciaux. Une coquille vide, chargée de créer du flux, en somme, et certainement pas de l’information de qualité, ni un quelconque soutien pour ses abonnés entrepreneurs.

Sur les 52 salariés permanents que comptait Manche Atlantique Presse au siège de Nantes et dans ses neuf éditions régionales, seuls 10 commerciaux sont conservés. L’affichage de reprise de 11 pigistes sur 32 est à prendre avec la plus grande prudence : sans aucun engagement de volume, les reprendre signifie très certainement simplement ne pas vouloir les licencier correctement, avec des indemnités. Pour les commerciaux repris, le scénario n’a rien d’une happy end. Ils vont devoir produire un journal sans journalistes, sans experts techniques de la fabrication d’un journal, sans objectif éditorial, sans aucun sens.

CFDT-Journalistes

  • exige que la société Overlord applique la clause de cession à tous les pigistes qui en feraient la demande et accomplisse ses obligations de fin de contrat en bonne et due forme pour tous les salariés.
  • demande à la Direction du Travail d’étudier en détail les conditions de la reprise, avec une vigilance particulière sur les risques psycho-sociaux pesant sur les salariés non licenciés pouvant se sentir piégés dans une entreprise dont les mauvaises pratiques sont connues
  • saisit la CPPAP (Commission paritaire des publications et agences de presse) de ce nouveau cas de journal sans journalistes, et lui demande de suspendre sans délai l’agrément du JDE, tant qu’il n’aura pas une équipe rédactionnelle digne de son nom, et fait la preuve d’un recours modéré et éthique à l’IA.
  • demande aux tribunaux de commerce d’étudier les offres de reprise des médias en difficulté avec la plus haute conscience que l’information n’est pas une marchandise comme les autres, mais un bien commun démocratique, nécessitant d’être porté par des acteurs soucieux de son traitement journalistique et déontologique.

CFDT-Journalistes adresse son soutien aux salariés du Journal des Entreprises, suite à la fin brutale de la publication dans sa forme actuelle, qui traitait avec sérieux et professionnalisme l’actualité économique locale.

Paris, le 24 juillet 2026

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