Assassinat raciste de Trappes : la critique des médias est légitime, mais pas l’entrave au travail des journalistes

L’assassinat raciste de Trappes a conduit ces derniers jours, dans les rassemblements d’hommage partout en France et dans les médias traitant de cet attentat, à de nombreuses expressions publiques pointant la responsabilité de certains médias dans la libération de la parole raciste. 

Sur le terrain, cela s’est traduit samedi 24 octobre par l’éviction de deux journalistes de BFM TV violemment prises à partie lors de la cérémonie d’hommage à Pengo Bossio Wangi et aux victimes blessées de l’attentat, un rassemblement organisé par l’opposition LFI de la municipalité de Trappes et par le « Comité vérité et justice pour Adama » (d’autres hommages étaient organisés par la majorité municipale). 

Dénoncées par erreur par des participants comme journalistes de Cnews, nos consœurs ont été bousculées et expulsées du rassemblement par la foule aux cris de « Vous avez du sang sur les mains ». Des journalistes de TF1 ont ensuite été accusés d’être « contents et excités » par l’assassinat de Pengo Bossio Wangi.

GRAVE IMPACT SUR LA VIE RÉELLE

Cela s’est produit à l’issue de nombreux discours prononcés lors de cet hommage, où les médias dans leur ensemble ont été accusés par plusieurs militants d’« armer le terroriste de Trappes », d’« accueillir le fascisme sur les plateaux », ou encore de « mettre une cible dans le dos des musulmans et des personnes racisées ». 

CFDT-Journalistes pointe elle aussi la responsabilité de certains médias dans la montée du racisme en France, quand ils banalisent les mots et les discours de l’extrême droite sur leurs antennes ou dans leurs pages, permettent la violence verbale et le racisme désinhibés, rarement contredits. Ce faisant ils ne décrivent plus avec honnêteté un pays mais attisent des haines, n’analysent plus un mal-être avec équilibre, et n’appliquent qu’un seul prisme, la partialité. 

CFDT-Journalistes est hautement consciente de l’impact très grave de ces dérives sur la vie réelle des personnes injustement stigmatisées.

En revanche, les violences physiques et verbales que subissent les reporters de certaines télévisions, et par capillarité parfois de tous médias, ne sont pas acceptables. Pendant que le défouloir politique se déroule en plateau, nos collègues sur le terrain sont devenu·es des cibles, bousculées et insultées, le point de mire de la colère populaire dans la vie réelle. 

Pour ces dernier·es, cela se traduit par des conditions de travail fortement dégradées qui les affectent personnellement (physiquement et psychiquement) et qui entravent leur mission. CFDT-Journalistes dénonce ces violences avec force et invite quiconque à s’y opposer.

La critique légitime et salutaire des médias par les organisations politiques, associatives, ou les individus, sera d’autant plus audible qu’elle évitera les amalgames dangereux, pour mettre tous les médias et tous leurs contributeurs « dans le même sac ». Argumentée, circonstanciée, cette critique évitera par là même de s’en prendre de façon indifférenciée au travail des journalistes sur le terrain ou en ligne, et évitera de remettre en cause le principe fondamental de la liberté de la presse.

SOUTENIR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

CFDT-Journalistes appelle les organisateurs et participants aux rassemblements à veiller à ce que les journalistes présents sur place soient respectés dans leur travail, et appelle tous les auteurs d’une parole publique sur les médias à faire preuve de discernement dans leurs attaques et de soutenir la liberté de la presse.

Quiconque a le droit d’exprimer sa colère contre certaines dérives, mais s’en servir politiquement en désignant à la vindicte des boucs émissaires n’est pas à la hauteur des enjeux. S’en prendre physiquement aux salariés des médias ne fera pas avancer le débat démocratique ni la lutte contre le racisme dans notre pays. 

CFDT-Journalistes appelle les directions de médias à prendre conscience de l’impact de leur ligne éditoriale sur les conditions de travail de leurs salariés et à les protéger en engageant un travail collectif autocritique, afin de retrouver un paysage médiatique renouant la confiance avec les citoyens. 

Paris, le 27 octobre 2026

Télécharger ce communiqué


Pour ne pas contribuer à la propagation des idées de haine, sciemment ou non, CFDT-Journalistes a édité un livret de ressources et de conseils : « Face à l’extrême droite, plus que jamais journalistes ». À télécharger, plus que jamais !

Les actualités

  • Avec CFDT journalistes pour relever les défis

    Voici la motion adoptée à l’issue de l’assemblée générale des Journalistes CFDT qui s’est tenue en visioconférence les 10 et 11 décembre 2020. A l’issue des travaux, un nouveau Conseil national et un nouveau bureau ont été élus.   Pas si facile d’être journaliste en 2020 ! Crise sanitaire, crise démocratique, crise économique, les journalistes…

  • Lyon, intersyndicale : « Cette profession, que l’on dit parfois difficile à mobiliser, s’est levée »

    Mardi 24 novembre, 3000 à 4000 personnes ont manifesté à Lyon devant l’ancien Palais de justice. L’intersyndicale des journalistes a ouvert le rassemblement avec une prise de parole à cinq voix, que nous partageons ici en intégralité. Chers amis et camarades, Paris, Saint-Etienne, Villefranche-sur-Saône, Clermont-Ferrand, Roanne, Annecy, Marseille, Lille, Montpellier, Toulouse, Rennes, Rouen, Niort, Brest,…

  • Fédérations européenne/internationale des journalistes : « La France piétine la liberté de la presse »

    Alors que le vote en première lecture de la loi “Sécurité globale” a réuni une majorité à l’Assemblée nationale en France, ce mercredi 24 novembre 2020, les Fédérations internationale et européenne des journalistes (FIJ-FEJ) exigent du Premier ministre français, Jean Castex, le retrait de trois articles de ce texte, et appellent les journalistes et les…

  • Loi Sécurité globale : le conseil de déontologie journalistique et de médiation « s’inquiète du risque de voir se généraliser censure et autocensure »

    Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), organe indépendant d’autorégulation de la déontologie de l’information composé à parts égales de journalistes, de représentants du public, de diffuseurs, éditeurs et agences de presse, agit dans le but de renforcer la confiance entre la société et les professionnels de l’information. Il n’est pas dans son…

  • Samedi de forte mobilisation contre la loi sécurité globale

    « Même pas drones », « floutage de gueules »… Une vingtaine de manifestations ont réuni en France samedi 21 novembre des milliers de personnes contre la proposition de loi Sécurité globale (article 24, utilisation des drones…) et le Schéma national de maintien de l’ordre. CFDT Journalistes y était, parmi les organisateurs et les participants. L’article 24 a été…