Antoni Lallican : tragique mort en Ukraine de notre confrère, le photojournalisme endeuillé

Crédit photo : Théophile Simon

Il est le 17ème journaliste tué en Ukraine depuis l’invasion par la Russie en 2022, et il est le 1er à avoir été éliminé par une attaque de drones tueurs FPV dans le Donbass, où il couvrait le conflit au plus près du front. CFDT-Journalistes déplore cet énième décès de confrère sur un théâtre de guerre. 

Notre confrère Antoni Lallican est mort en Ukraine, le 3 octobre, à l’âge de 37 ans, dans son véhicule, aux côtés de son collègue, journaliste local, grièvement blessé. Photojournaliste, Antoni documentait les combats et la vie des populations dans le triangle funeste « Kharkiv-Koupiansk-Izioum » au Sud-Est du pays. Là où un autre de nos compatriotes, photoreporter lui aussi a trouvé la mort : Arman Soldin, coordinateur vidéo de l’AFP, tué en mai 2023. Frédéric Leclerc-Imhoff, en mission pour BFM, a été tué, lui aussi dans l’Est, en mai 2022, mais bien en arrière du front. 

CFDT-Journalistes s’associe au communiqué de laFIJ (Fédération Internationale des Journalistes) et de la FEJ (Fédération Européenne des Journalistes) et présente ses condoléances à ses proches. 

Notre adhérent Frédéric Munsch, reporter de guerre qui a connu Antoni Lallican sur le théâtre de guerre russo-ukrainien à ses débuts, témoigne d’un journaliste engagé et passionné :

« Empathique, pudique, professionnel, profondément humain ! Antoni avait le métier collé à la peau. Durant quatre ans, malgré d’autres reportages (Syrie, Arménie…), il est toujours revenu en Ukraine. Cet été, lors d’un court séjour au Visa pour l’image à Perpignan, il avait confié vouloir faire une pause là-bas. Il nous racontait avoir déjà été ciblé par un drone lors de bombardements dans le Donbass. Il a eu très peur. Les drones, il faut se rendre compte, c’est un véritable champ de mines aérien. Lui, était resté par loyauté, alors que certains médias avaient réduit leur couverture de l’Ukraine. Antoni n’a jamais abandonné ses récits dans le Donbass, ni les gens avec lesquels il avait tissé des liens de confiance pendant des mois, des années. Des soldats, et aussi des civils qui voulaient continuer à vivre chez eux. Il les photographiait avec humanité, ça se voit sur les images. Je l’ai constaté, il restait effacé derrière ses sujets, ne se mettait jamais en avant. Quand je travaillais à Boutcha, puis du côté de Pokrovsk, il m’encourageait beaucoup, et se tenait au courant par SMS de savoir où j’en étais et comment j’allais, il me pressait de penser à moi. Il était bienveillant avec tout le monde. »

CFDT-Journalistes le rappelle, informer en zone de guerre reste un métier difficile et précaire. Antoni Lallican, comme Arman Soldin, et Frédéric Leclerc-Imhoff avant son contrat avec BFM, peinaient à être défrayés de leurs frais de reportage, dérisoires au regard des enjeux. Pigistes pour la plupart, travaillant pour une foultitude de médias, les reporters de guerre ne bénéficient pas du même soutien psychologique et financier que leurs collègues en CDI. 

Ce drame invite à ne jamais oublier combien, derrière les images qui nous informent, il y a des reporters, à qui nous devons tant. Il convient de les soutenir à la hauteur de leur engagement.

Paris, le 5 octobre 2025

Découvrir son travail : www.antonilallican.com, dont son reportage saisissant Soudain, le ciel s’est assombri, sur la guerre en Ukraine, qui a remporté le prix Victor Hugo 2024 de la photographie engagée. 

NB : Crédit photo : Théophile Simon

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