Après la commission Alloncle : Place au vrai débat sur l’audiovisuel public !

Obtenue par les députés les plus à droite de notre Assemblée nationale, la commission d’enquête parlementaire « sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » et ses 70 auditions menées pendant six mois ont été largement orientées par son rapporteur ciottiste Charles Alloncle. Le jeune député twittant plus vite que son ombre a instrumentalisé les auditions pour servir son agenda personnel et ses obsessions d’extrême droite, et fourni un inépuisable carburant aux médias Bolloré. Les mesures du rapport publié fin avril ? Réduction d’un quart des 4 milliards d’euros de dotations annuelles de l’audiovisuel public, notamment en supprimant France 4, la plateforme France.tv slash, la radio Mouv’, en fusionnant France 2 et France 5, de même que Franceinfo télé et France 24, retour de la nomination politique des présidents de l’audiovisuel public… Quant au remplacement des éditorialistes du service public par des éditorialistes issus de la presse privée d’opinion, ce dernier message a été bien reçu par la direction de FTV pour la reprise de L’Heure de vérité dès la rentrée !

Malhonnêteté des débats

Entendons-nous bien : les députés et les citoyens sont en droit de demander des comptes, s’agissant d’une mission de service public, financée par de l’argent public. Les représentants syndicaux CFDT de l’audiovisuel public dénoncent aussi à longueur d’année certains dysfonctionnements et surtout l’attrition de ses moyens depuis plus de dix ans (créneaux pub fortement réduits en 2016, fin de la redevance en 2022…).

Mais la malhonnêteté des débats* a été telle que le rapport a failli ne jamais sortir. Fait inhabituel, le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), en avant-propos, a averti : le seul réel objectif de Charles Alloncle était « de préparer les esprits à la privatisation de l’audiovisuel public », et cet épisode risquait « de fragiliser encore davantage nos institutions démocratiques et la confiance des Français dans l’action publique ». Si Charles Alloncle a sans doute nourri les mécontents avec un slogan populiste « l’Audiovisuel public se gave, avec NOTRE ARGENT », il a aussi permis une coalition inédite des défenseurs de ces chaînes… jusqu’au patron de TF1 ! Qui d’autre que France Télévisions pour diffuser les infos en Outre-Mer, ou que Radio France pour donner la parole chaque jour aux citoyens dans nos villages ? Il a aussi permis que les représentants des salariés expressent leur souffrance de produire chaque jour une information de qualité, avec toujours moins d’argent.

Enjeu présidentiel et vrais défis

Alors que le précédent projet de holding porté par Rachida Dati émouvait peu les rangs du Parlement, la commission d’enquête aura aussi permis de faire réagir. Tour à tour, les sénateurs LR et les députés centristes ont émis des contre-propositions.

Le sujet est loin d’être épuisé, car l’interminable et mauvais feuilleton Alloncle n’a même pas abordé les vrais enjeux de l’Audiovisuel public : financement, avenir de la télévision, toujours moins consommée au profit des plateformes, lutte contre les fake news, IA, représentation de la diversité, support à la création audiovisuelle… Ces défis majeurs restent intacts. Et devront faire l’objet de propositions par les candidats à la présidentielle. Nous attendons des projets clairs, permettant de distinguer les partisans de l’audiovisuel public, conscients de son importance dans une démocratie, à ses détracteurs, convaincus du contraire. ●

Manuela Bermudez et Élise Descamps

*D’après le docteur en sciences de gestion Henri Isaac, les mesures Alloncle entraîneraient 280 millions et non 1 milliard d’euros d’économies, et une baisse de 1,23 milliard d’euros du PIB, liée aux activités sacrifiées ! urlr.me/dVRyv9

Lisez le contre-rapport de la Scam !

S’appuyant sur plus de 150 sources publiques, la SCAM rétablissait fin avril les faits écornés. En voici une courte sélection :

Le Service Public de l’Audiovisuel n’est pas une gabegie : il coûte 57 €/an/Français, près de deux fois moins qu’en Allemagne.

Son prétendu déficit n’est pas la preuve d’une mauvaise gestion mais la conséquence des baisses de dotation de l’État.

Sans le service public, le Tour de France, Roland-Garros, les JO deviendraient payants.

Les dossiers d’investigation PFAS, Takata, Stellantis, Betharam… n’auraient pas connu une telle ampleur sans France Télévisions et Radio France.

Dans le contexte de guerre informationnelle (2e pays européen le plus ciblé), affaiblir le service public est une faute stratégique majeure, dénoncée par le Sénat comme un « désarmement informationnel ».

Lire les 129 pages : urlr.me/H8Cg3x

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