Une réalité planétaire

Qu’ils se parlent en anglais, en arabe, en français, en espagnol, au congrès de la FIJ, les journalistes se comprennent et trouvent l’expression d’une solidarité qui leur permet de continuer. Des Indiennes méprisées en tant que femmes croisent des Argentins qui craignent pour leur liberté d’expression. Ils échangent avec des Palestiniens en danger de mort ou des Bissau-guinéennes qui risquent la prison.

Tous connaissent les risques du métier, la précarité, les menaces de l’IA, les attaques contre la liberté de la presse, les déserts informationnels, les menaces sur l’audiovisuel public…. À quel autre endroit la demande de diversité d’une déléguée namibienne peut croiser la demande de parité d’une Saoudienne ? À quel autre endroit une journaliste japonaise peut expliquer devant des confrères la honte traumatisante de ses collègues masculins qui sont licenciés ? À quel autre endroit un journaliste peut arriver désespéré et repartir avec un peu plus de chaleur humaine ? M.P.

CFDT-Journalistes a organisé plusieurs visites dans Paris dont une rencontre, sur le thème de la carte de presse dans le monde, entre représentants de la CCIJP et syndicalistes du monde entier, ici brandissant leurs cartes nationales.

CFDT-Journalistes s’est fortement impliquée dans l’organisation du congrès, en amont et pendant l’événement, avec une dizaine de bénévoles. De g. à d. : Muriel Pomponne (déléguée CFDT), Zuliana Lainez, journaliste péruvienne, nouvelle présidente de la FIJ, Manuela Bermudez (déléguée CFDT) et Elise Descamps (observatrice CFDT). Secrétaire national confédéral de la CFDT, Yvan Ricordeau a exprimé en ouverture le plein soutien de la CFDT et combien les médias portent un enjeu hautement démocratique.

Paroles de congressistes

Luis Simões, Portugal : « Notre syndicat a formé plus de 200 journalistes à l’éducation aux médias. Cent cinquante universitaires y sont impliqués et nous avons transmis à 500 enseignants toutes les particularités de notre profession, ce qui a conduit au développement de 100 projets d’éducation aux médias. Nous devons être à la hauteur du pilier de la démocratie que nous sommes. »

Marie Raphaëlle Pierre, Haïti : « Ces dernières années, beaucoup de journalistes haïtiens ont arrêté le métier ou sont partis à l’étranger en raison des violences des gangs, qui ont conduit à la destruction de beaucoup de salles de rédaction. Ceux qui continuent vont moins sur le terrain, contactent davantage les sources par téléphone. Il y a quelques jours deux collègues ont encore été tués. »

Ahmed Hady, Mauritanie : « Grande victoire en 2025 en Mauritanie : 1865 journalistes et travailleurs des médias de l’audiovisuel public ont été régularisés, après parfois 30 ans sans contrat. Ces précaires se sont organisés entre eux et notre syndicat a soutenu leur longue et inédite mobilisation, notamment avec des sit-in devant ces médias. Ils représentaient jusqu’à 70% des effectifs de nos médias publics, gagnaient 80€/mois, et n’avaient pas de couverture sociale. Ils ont été intégrés, selon leur poste, entre 300€ et 600€/mois. »

Trois motions CFDT

Lors des congrès de la FIJ, les syndicats membres votent des motions, visant à définir les priorités de l’organisation durant les trois années à venir. La CFDT-Journalistes en a présenté trois, dont deux en association avec les autres syndicats français. Elles ont toutes été adoptées.

➊ Réaffirmer la responsabilité des États dans la protection des journalistes
La motion 37 dénonce les manquements graves des États en matière de régulation de la concentration des médias, de conditionnalité sociale des aides publiques à la presse et de respect du droit du travail, d’entraves à l’accès à l’information et aux documents d’intérêt public, de restrictions injustifiées à la couverture des manifestations, de protection insuffisante des sources et des lanceurs d’alerte, ou encore de mise en œuvre incomplète des normes européennes et internationales. La FIJ devra poursuivre son plaidoyer et la coordination de ses membres pour des États plus protecteurs.

➋ Lutter contre l’extrême droite et l’autoritarisme en coordonnant nos actions pour combattre la désinformation et réaffirmer le rôle du journalisme
Sous cet intitulé, la motion 42 dénonce la progression rapide de politiques autoritaires et illibérales et la montée de l’extrême droite. Avec pour conséquences des menaces directes pour les journalistes, les syndicats et les démocraties, ainsi que des stratégies visant à discréditer les médias, à imposer des « faits alternatifs » et à affaiblir le débat public par la désinformation. La FIJ devra structurer et renforcer la riposte collective face à ces dérives.

➌ En défense de l’Agence France Presse et de sa mission de service public
La mention 28 a pointé le terrible plan de réduction des coûts de l’AFP, et son sous-financement structurel par la France, mettant en péril son rôle essentiel dans la lutte contre la désinformation. La FIJ devra notamment intervenir auprès de la direction de l’AFP, mobiliser ses syndicats dans les bureaux étrangers afin de soutenir les journalistes précaires. E.D.

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