Mediapart : Une attaque sans précédent contre la liberté de la presse

Suite à la censure de Médiapart, voici une tribune que CFDT-Journalistes et la F3C-CFDT cosignent ce mardi 22 novembre :

Nous, sociétés de journalistes, associations de défense du droit à l’information, organisations et collectifs de journalistes, médias, dénonçons avec force la décision du tribunal judiciaire de Paris de faire injonction à Mediapart de ne pas publier de nouvelles révélations sur les pratiques politiques du maire de Saint-Étienne, après celles du chantage à la sextape. Cette censure préalable, décidée sans débat contradictoire, est une grave et flagrante attaque contre la liberté de la presse.

Comment une telle décision a-t-elle pu être rendue, en dehors de toute contradiction, alors qu’il existe pourtant des procédures d’urgence, qui auraient permis à Mediapart de se défendre ?

Depuis la loi du 29 juillet 1881 qui a instauré en France le droit d’information et la liberté d’expression, jamais une telle procédure, à notre connaissance, n’avait été utilisée pour censurer préalablement un média.

Dans un contexte où un industriel a récemment détourné le droit de la presse pour poursuivre un média devant les tribunaux de commerce, où des hommes d’affaires multiplient les procédures bâillons et où de nombreux journalistes se voient refuser l’accès à des données d’intérêt public au nom du “secret des affaires”, cet acte liberticide nous inquiète profondément quant à la situation de la liberté de la presse en France.

Nous sommes solidaires de nos consœurs et confrères de Mediapart et nous nous tenons à leurs côtés.

Premières Sociétés de Journalistes signataires :

SDJ de Premières Lignes
SDJ d’Arrêt sur Images
SJPL de Libération
SDJ de l’Humanité
SDR de La Vie
SDJ de BFMTV
SDJ de M6
SDJ de France 2
SDJ de FranceInfo.fr
SDJ de Paris Match
SDJ de Télérama
SDJ de Public Sénat
SDJ de Marianne
SDJ de Courrier international
SDJ des Échos
SDJ de Midi Libre
SDJ de France 24
SDJ de La Tribune
SDR de l’Obs
SDJ du Figaro
SDJ de France 3 Rédaction Nationale
SDJ de L’Usine Nouvelle
SCJ de Sud Ouest
SDJ NRJ Group
SDJ de RTL
SDR du Monde
SDJ de RFI
SDJ de l’AFP
SDJ de l’Express
SDJ du Parisien / Aujourd’hui-en-France
SDJ du JDD
SDJ de Radio France
SDJ de LCI
SDJ de RMC
SDJ de M6
SDJ de Challenges
SDJ de TF1

Premières associations, collectifs et organisations signataires :

Informer N’est Pas un Délit
Reporters Sans Frontières
Fédération Internationale des Journalistes
Association de la Presse Judiciaire
Profession Pigiste
SNJ
SNJ-CGT
CFDT Journalistes
F3C CFDT
SGJ-FO
We Report
Splann !
Forbidden Stories
Collectif Extra Muros
Association des journalistes économiques et financiers
SCAM
Association des Journalistes de l’Information Sociale
Prix Albert Londres
Maison des Lanceurs d’Alerte
Fonds pour presse libre

Premiers médias signataires
Reflets.Info
La Tribune

Producteurs, journalistes : c’est une précarité structurelle que nous combattons à Radio France

Le 8 novembre, Noëlle Bréham, productrice de l’émission Les P’tits bateaux sur France Inter, révélait dans Télérama qu’elle était en CDD d’Usage (CDDU), avec donc un statut d’intermittente du spectacle, depuis 40 ans. Refusant d’en signer un énième, car elle demandait un CDI, la collaboration s’arrêtait donc là. Jetant une lumière assez crue sur l’arrière-cuisine de la première radio de France, l’émoi suscité invite à regarder la forêt des situations de précarité, qui est érigée en mécanique structurelle de gestion du personnel à Radio France.   

Mais déjà, il convient de savoir de quoi l’on parle. A Radio France, sont considérés comme journalistes ceux qui concourent aux tranches d’information, en dépendant de rédactions au fonctionnement bien structuré et filière transversale à tout Radio France. Les journalistes sont embauchés en CDI ou CDD et gérés par la DRH centrale, affectés aux rédactions des chaînes nationales ou locales en fonction des postes disponibles. Ils atteignent le CDI après des années de parcours du combattant en CDD de locale en locale, en chaines nationales au gré de potentiels remplacements de titulaires (le bien connu « planning », qui broie des générations de jeunes). Leur précarité est forte, avec son corollaire de climat au travail parfois délétère. Leur surexposition aux violences sexistes et sexuelles, particulièrement documentée par la CFDT, n’en est qu’un exemple.

La plaie du CDD d’Usage

Sur les tranches de magazines, les présentateurs/animateurs que l’on entend à l’antenne, aux manettes de ces émissions, sont dénommés producteurs. Ils travaillent de manière beaucoup plus indépendante, leurs salaires sont négociés de gré à gré, sans règles, parfois  plus élevés que les journalistes, parfois beaucoup moins, en fonction du prestige. Mais toutes et tous vivent l’angoisse chaque année dans l’attente de l’annonce des grilles de la saison suivante : chacun est assis sur un siège éjectable. En effet, ils sont presque tous en CDD d’Usage (des CDD sans prime de précarité et avec possibilité dérogatoire de renouvellement), embauchés par la chaîne sur son budget de fonctionnement. La DRH centrale n’en a pas forcément connaissance… sauf quand il faut négocier le départ. Ils ne sont pas dans les effectifs de Radio France.

Pour la CFDT à Radio France, que ce soit pour les journalistes ou les producteurs/animateurs/adjoints au producteur, un principe commun conduit son action : la défense du CDI, et la négociation de droits accrus pour les précaires. Non, la saisonnalité des programmes n’empêche en rien le CDI. Non, faire tourner dans les locales les jeunes journalistes ne nécessite pas des années de CDD. 

Puisque l’affaire Noëlle Bréham a braqué les projecteurs sur les producteurs et le CDDU, parlons-en. On peut toujours débattre de la nature journalistique de tel ou tel métier. En revanche, la forme normale de contrat dans le code du travail est le CDI. Radio France justifie d’y déroger par la saisonnalité des émissions, objet d’un grand mercato annuel. L’Etat actionnaire y trouve surtout un moyen de réduire l’affichage des effectifs permanents. Car évidemment, rien n’empêche les changements, même en CDI. C’est une question minimale de stabilité dont quiconque a besoin.

Des avancées obtenues pour les précaires

Les militants CFDT de l’entreprise, à l’écoute permanente des salariés, ont ces dernières années obtenu un certain nombre d’intégrations en CDI d’assistants appelés collaborateurs spécialisés. Par ailleurs, en 2017, après des années de Prud’hommes tous gagnés par les producteurs, faute d’obtenir un changement de politique des recrutements, les syndicats négociaient un accord collectif, fixant comme un droit une indemnité de départ en cas de non renouvellement de CDDU après plusieurs années de renouvellements, et ce pour des montants similaires à ceux d’un licenciement. Cela ne règle évidemment en rien l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête, et questionne sur cette politique aberrante, préférant mettre la main au porte-monnaie plutôt que de donner une vraie place, durable, à chacun. Mais le filet de sécurité existe désormais.

Nos militants leur ont aussi négocié des droits (en 2021), tout au long de leurs contrats, pour en réduire la précarité :  des barèmes minimum de salaires, une reconnaissance salariale de l’expérience (faute de prime d’ancienneté), des congés payés et jours fériés (légaux, mais qui ne leur étaient auparavant pas accordés !)…

Au vu de la dureté de l’État actionnaire et des faibles marges de négociation avec la direction de Radio France, ces avancées, résultat des efforts sans relâches des militants, ne sont pas à minimiser. 

Une solution : s’engager collectivement

La gestion des carrières choque, à juste titre, pour des animateurs chers au cœur des auditeurs. Elle doit choquer aussi pour tous les autres. La tâche est grande pour dénoncer, analyser, négocier, construire du collectif dans une entreprise qui joue tant des individualismes.

Pour relever ce défi, poursuivre les combats engagés, en initier de nouveaux, nous invitons journalistes, producteurs, assistants, et tous les salariés de Radio France à la rejoindre, aux côtés de ses militants chevronnés. 

Contact : journalistes@f3c.cfdt.fr

 

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Journée internationale contre les crimes commis contre les journalistes : Mettons fin à l’impunité !

La CFDT-journalistes s’associe à la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, ce 2 novembre 2022, à l’initiative de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) dont notre syndicat est membre en demandant l’adoption d’une Convention internationale. Nous rappelons également la trop longue liste des victimes françaises depuis plus de 30 ans.

En 20 ans, le nombre de journalistes tués dans le monde est supérieur à 1600, selon l’ONG Reporters sans frontières. En 2021, 48 journalistes et collaborateurs des médias ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier. En cette fin d’année 2022, La FIJ a déjà recensé 59 meurtres de professionnels des médias en 2022, soit 12 de plus qu’en 2021.

Neuf meurtres sur dix sans justice

La Fédération internationale pointe notamment des pays tels que l’Afghanistan, la RDC, Haïti, l’Inde, le Mexique, le Kosovo, le Pakistan, la Palestine, les Philippines, la Russie, la Turquie, l’Ukraine et le Yémen, où les niveaux de violence contre les journalistes restent les plus élevés.

Malgré les nombreux protocoles, directives et propositions pour enrayer l’impunité, neuf meurtres de journalistes sur dix restent impunis.

Une convention pour renforcer la protection des journalistes

La FIJ et plus de 60 syndicats de journalistes et de médias, associations, médias et ONG du monde entier, dont la CFDT-Journalistes, appellent les gouvernements à soutenir l’adoption d’une Convention internationale des Nations Unies sur la sécurité et l’indépendance des journalistes et autres professionnel.le.s des médias pour répondre aux faiblesses et les lacunes du droit international humanitaire et des droits humains, ainsi que l’absence de mécanismes d’application efficaces.

La campagne a été officiellement lancée lors de la 51ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève le 30 Septembre.

Lire le projet de Convention internationale  

Nous prenons part à la campagne vidéo de la FIJ (notre intervention à 2mn55) :

Frédéric Leclerc-Imhoff tué en Ukraine

En France, ce 2 novembre 2022 est immanquablement marqué la guerre en Ukraine  et le décès de Frédéric Leclerc-Imhoff,mortellement touché au cou par un éclat d’obus. Après l’annonce de sa mort, le parquet national antiterroriste (Pnat) français avait annoncé l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre. Pierre Zakrzewski, qui travaillait pour Fox News, a aussi payé de sa vie le fait de couvrir l’invasion russe de l’Ukraine.

Nous avons choisi de dresser la liste des journalistes français tués (ci-après) depuis trente ans, comme la photographe Camille Lepage, Ghislaine Dupont et Claude Verlon de RFI ou encore le photoreporter Rémi Ochlik.

Les journalistes CFDT-Journalistes dirigent leurs pensées vers ces collègues, dont beaucoup étaient pigistes et précaires. Ils ne doivent pas être oubliés.

Changer la loi en France

Toujours en France, depuis la loi travail de 2016, lors de la révolte des Gilets jaunes en 2018 – 2019 ainsi qu’au quotidien ou lors d’enquêtes de fond, tout récemment, de nombreux journalistes ont été blessés. La CFDT-Journalistes demande un durcissement de la loi pour mieux protéger les confrères et travaille sur une proposition de loi depuis le printemps 2021, qui sera redéposée lors des Etats généraux du droit à l’information en décembre.

Les journalistes français tués depuis 1989 :

– 14 mars 2022 – UKRAINE – Pierre Zakrzewski, 55 ans, journaliste reporter d’images franco-irlandais spécialiste des théâtres de guerre et qui travaillait pour Fox News, est mort le 14 mars 2022 à Horenka, dans l’oblast de Kiev pendant l’invasion russe de l’Ukraine.

30 mai 2022 – UKRAINE –  Frédéric Leclerc-Imhoff, 32 ans, qui travaille pour BFMTV, se trouve dans un camion humanitaire près de Lyssytchansk dans l’est de l’Ukraine lorsqu’il est mortellement touché au cou par un éclat d’obus ayant transpercé le blindage du véhicule.

– 12 mai 2014 – CENTRAFRIQUE – La photographe Camille Lepage, 26 ans, est tuée dans une embuscade dans l’ouest du pays.

– 2 nov 2013 – MALI – Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journalistes français de RFI âgés de 57 et 55 ans, sont tués à Kidal (nord) après avoir été enlevés alors qu’ils effectuaient un reportage.

– 24 fév 2013 – SYRIE – Olivier Voisin, reporter indépendant de 38 ans, meurt des suites de blessures, alors qu’il couvrait les opérations d’une katiba (groupe armé d’opposition) dans la région d’Idlib (nord).

– 17 janv 2013 – SYRIE – Yves Debay, 59 ans, journaliste français d’origine belge fondateur de la revue spécialisée Assaut, est tué par un tireur embusqué à Alep, dans le nord de la Syrie, où il était en reportage.

– 26 mars 2012 – SYRIE – Un journaliste indépendant franco-algérien Nassim Terreri, 32 ans, est tué au cours d’une attaque des forces syriennes à Darkush, à la frontière syro-turque.

– 22 fév 2012 – SYRIE – Le reporter photographe indépendant Rémi Ochlik 29 ans, est tué lors du bombardement d’une maison servant de centre de presse à Homs en même temps que la journaliste américaine Marie Colvin.

– 11 jan 2012 – SYRIE – Gilles Jacquier, 43 ans, grand reporter à France 2, est tué par un obus de mortier, à Homs, dans le centre du pays, lors d’un voyage encadré par les autorités syriennes.

– 17 jan 2011 – TUNISIE – Le photographe franco-allemand, Lucas Dolega, 22 ans, blessé le 14 janvier à Tunis par un tir de grenade lacrymogène par un policier tunisien alors qu’il couvrait les émeutes pour l’agence EPA, décède de ses blessures.

– 21 oct 2003 – COTE D’IVOIRE – Le correspondant de RFI, Jean Hélène, 50 ans, est abattu d’une balle dans la tête par un policier à Abidjan, alors qu’il attendait à proximité du siège de la police nationale la libération de onze opposants.

– 22 déc 2002 – KOWEIT – Patrick Bourrat, 50 ans, envoyé spécial de TF1, meurt au Koweit après avoir été blessé la veille lors de manoeuvres américaines, dans le cadre des préparatifs de guerre contre l’Irak.

– 11 nov 2001 – AFGHANISTAN – Johanne Sutton, 34 ans, de RFI et Pierre Billaud, 31 ans, de RTL, sont tués dans une embuscade des talibans, au nord-est de l’Afghanistan.

– 1er fév 1994 – ALGERIE – Olivier Quémeneur, 33 ans, travaillant pour la chaîne de télévision américaine ABC News, est tué dans un attentat perpétré dans la Casbah d’Alger, considérée comme un fief du Groupe islamique armé (GIA).

– 18 juin 1993 – SOMALIE – Un ingénieur du son de TF1, Jean-Claude Jumel, est tué par balle à Mogadiscio par des francs-tireurs.

– 5 oct 1993 – RUSSIE – Un caméraman de TF1, Yvan Skopan, 34 ans, blessé de plusieurs balles dans des affrontements deux jours plus tôt devant l’immeuble de la télévision russe, meurt à Paris, où il avait été rapatrié.

– 20 sept 1991 – CROATIE – Pierre Blanchet, 46 ans, du Nouvel Observateur, est tué par une mine qui explose sous sa voiture à Petrinja, près de Zagreb. Damien Ruedin, journaliste pour une radio suisse, trouve également la mort dans l’accident.

– 22 déc 1989 – ROUMANIE – Jean-Louis Calderon, 31 ans, grand reporter à Europe 1 puis à La Cinq, est écrasé par un char à Bucarest alors qu’il couvre le soulèvement en Roumanie.

Deux Français toujours disparus

On reste enfin sans nouvelles du caméraman Fred Nérac, 62 ans, et du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, 73 ans, portés disparus depuis 2003 en Irak pour le premier, 2004 en Côte d’Ivoire pour le second.

Un Français toujours otage

Olivier Dubois, 48 ans, était correspondant au Mali pour Le Point et Libération quand il a été enlevé le 8 avril 2021par le groupe djihadiste Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin.

 

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Crédit photo : Famille Leclerc-Imhoff

SONDAGE CFDT : Correspondants à l’étranger, quelles difficultés d’accès à la carte de presse ?

Difficulté à être payé en salaire, faibles revenus, employeurs français pas si nombreux que ça, ou méconnaissance des règles d’attribution par la CCIJP… La CFDT est consciente des obstacles rencontrés par les correspondants à l’étranger de médias français pour obtenir  la carte de presse française. Pourtant cette carte leur est aussi nécessaire que pour les journalistes en France sur le terrain, et parfois même pour obtenir un visa de travail, en plus bien sûr de justifier de leur ancienneté professionnelle. 

Afin de nourrir les travaux menés collectivement au sein de la CCIJP, avec les autres représentants des salariés et les représentants patronaux, les deux élus CFDT à cette Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels lancent ce 8 octobre 2022 un questionnaire en ligne destiné aux premiers intéressés.

Répondre au questionnaire

 

Ce questionnaire sera traité par les deux élus CFDT à la CCIJP, Yoann Labroux-Satabin & Frédérique Thiollier.  Pour les contacter : ccijp@cfdt-journalistes.fr

Les questions

  • Avant toute chose, savez vous que la CCIJP examine déjà les demandes des pigistes à l’étranger avec un regard particulier ?
  • Quels obstacles avez-vous déjà rencontrés pour obtenir ou renouveler votre carte de presse ?
  • Si vous avez déjà eu des difficultés, avez-vous trouvé une alternative…

Avec la carte de presse internationale délivrée par la FIJ via un des syndicats de journalistes français / Avec une carte de presse délivrée par le pays d’accueil / Autre

  • Avez-vous déjà eu des difficultés à être payé·e en salaire et si oui, au profit de quel mode de rémunération ?
  • Parmi ces éventuelles nouvelles évolutions, lesquelles vous sembleraient pertinentes/utiles ?
Que la CCIJP prenne en compte les missions de fixing dans la part presse, quand elles sont payées en salaire par des employeurs français / Que le site web de la CCIJP indique clairement les modalités spécifiques concernant les pigistes à l’étranger (par une FAQ dédiée par exemple) / Que la CCIJP prenne davantage en compte la faiblesse des revenus selon le pays de destination / Ajouter une coche « correspondant à l’étranger » sur la plateforme de demande en ligne en vue d’aider la commission à flécher ces demandes
  • D’expérience, quel conseil donneriez vous à d’autres correspondants à l’étranger en vue d’obtenir leur carte de presse ?
  • Autres commentaires concernant la carte de presse pour les pigistes à l’étranger 

Des difficultés connues

Actuellement il n’existe pas de données permettant d’objectiver les difficultés d’accès des correspondants à l’étranger à la carte de presse française. Ceux qui pensent ne pas y avoir droit le plus souvent ne la demandent pas. Peut-être que certains l’obtiendraient s’ils la demandaient, car des souplesses sont possibles, quand le demandeur explique sa situation.

En 2019, la CFDT-Journalistes avait déjà mesuré ces difficultés dans sa grande enquête sur les pigistes à l’étranger(à lire pages 44 et 45), et notamment l’obstacle premier : la faiblesse des revenus. Sur les 135 répondants, 37% gagnaient moins de 10000€ brut/an en salaire presse. Notre enquête montrait aussi que le fixing est souvent payé de la main à la main.

Lien vers le sondage sur la carte : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSe3R4nnfzX-NLWnoawtu0vn0RL_Mj4RNQ9cXeN6y88N8AXexg/viewform

Tout savoir sur les critères d’obtention de la carte de presse française 

En attendant d’obtenir votre carte de presse française ou pour vos besoins spécifiques à l’étranger, demandez votre carte de presse internationale de la Fédération internationale des journalistes.

Etats généraux de la formation et de l’emploi des journalistes : les positions CFDT !

Les 3 et 4 octobre 2022 la Conférence des écoles de journalisme organise les Etats généraux de la formation et de l’emploi des journalistes. La CFDT-Journalistes y est présente.

Et voici la contribution que nous avons produite sur les 12 thèmes des groupes de travail :

 

  1. Faire de l’égalité des chances un levier de renouvellement dans les écoles et les rédactions.

 

La CFDT ne peut que partager cet objectif. Le renouvellement du profil des étudiants est capital  pour permettre le déploiement de talents sans discrimination et ne pas laisser se creuser la défiance entre public et médias : il est important que chaque citoyen puisse se sentir représenté. Les idées de sujet en dépendent aussi.

 

Leviers du côté des entreprises :

– Travailler sur la limitation du turn-over/les possibilités de véritable installation. Que les rédactions limitent le recours aux contrats courts et permettent une véritable installation du jeune. Un.e jeune sans argent de côté ne peut pas se loger 2 mois ici, 3 mois là. Seules les familles plus favorisées peuvent accompagner leurs enfants dans ces débuts chaotiques. Il faut permettre des débuts de carrière en toute autonomie. Et que les entreprises accordent une aide au logement le cas échéant ou prévoient des logements le temps de l’installation (actuellement des jeunes sont obligés de renoncer à des postes même s’ils sont pris, faute de trouver un logement rapidement et à prix accessible). Ces aides pourraient être issues d’un accord avec l’Etat et accordées dans un principe d’égalité avec les autres salariés.

– travailler sur les offres / l’étude de CV. Que les managers et DRH et toute personne chargée du recrutement soit davantage sensibilisés à étudier les CV atypiques, ceux de jeunes n’ayant pas fait d’école/pas reconnue ; ceux avec un nom à consonance étrangère ; ceux en reconversion/d’un certain âge. Et qu’ils prennent l’habitude de poster les offres et comptent moins sur leur propre réseau (entre soi). En radio/télé il faut cesser de considérer les accents comme un problème.

– favoriser la formation en cours d’emploi, pour les journalistes, y compris pigistes,  n’ayant pas fait d’école, en leur donnant accès au plan de formation de l’entreprise et côté pigistes en défrayant ce temps passé en formation. La formation au long cours est un vrai enjeu, et on en est loin.

– favoriser l’intégration de « bons » CLP comme pigistes ou CDD/CDI mensualisés. éventuellement en passant par une courte formation.

– penser à des postes de travail compatibles avec un handicap.

 

 

Leviers du côté des acteurs de la formation :

– Travailler sur les vocations bien en amont, dès le stage de 3ème, en travaillant avec les CIO/Education nationale sur les messages à véhiculer. Le journalisme n’est pas fait que pour les bons élèves en français. Il faut d’abord et surtout être curieux, avoir envie de s’informer et d’informer. Le reste s’apprend. Insister sur la nécessité d’acquérir une bonne culture générale.

– Favoriser les reconversions par le financement de la formation continue : la profession gagnera à voir arriver des personnes ayant travaillé dans d’autres secteurs auparavant.

– Encourager l’éducation aux médias dès le plus jeune âge avec des actions dans les écoles, de la maternelle au lycée. Expliquer que le métier de journaliste est ouvert à tous.

 

Leviers du côté du dialogue social de branches (car il est plus facile d’obtenir des avancées par branches qu’entreprise par entreprise):

 

–          Initier un élan au niveau des négos de branche pour introduire des dispositions conventionnelles (aide au permis de conduire, aide au logement pour les nouveaux recrutés selon critères…)

–          Prévoir des dispositifs d’intégration de « bons » CLP comme pigistes ou CDD/CDI mensualisés éventuellement en passant par une courte formation.

 

Leviers du côté de l’Etat :

–          Etablir des quotas réalistes de bacheliers techno pour les filières journalisme en IUT. Actuellement le quota est très élevé. Si maintien du quota élevé, accorder davantage de moyens pour la promotion de ces filières avant le bac et + de moyens pour l’accompagnement de ces étudiants souvent partant avec moins de bagages.

–          Rémunération des intervenants quand ils visitent les étudiants en stage , : accorder des heures pour ce suivi. On parle de tous les intervenants (beaucoup d’intervenants sont des précaires eux-mêmes).

–          Aides au logement pour la période d’installation.

–          Aide au financement du permis de conduire : à l’EJDG (qui joue le jeu « la chance aux concours ») beaucoup d’étudiants n’ont pas le permis et peu de moyens pour les financer. Ça les pénalise beaucoup pour les stages en PQR.

 

 

  1. Écoles / DRH / rédactions / CPNEJ : mieux dialoguer pour mieux défendre les cursus et les métiers.

 

Nous avons actuellement trois lieux de réflexion sur la formation initiale et la formation continue des journalistes : la CPNEF de la presse écrite, la CPNEF de la presse audiovisuelle et la CPNEJ, qui fonctionne sans moyens (sauf côté audiovisuel). Ce sont pourtant des lieux importants pour la création et le suivi des formations professionnelles. Il faudrait que ces CPNEF et la CPNEJ soient davantage reconnues et soient dotées, par les entreprises, d’un budget permettant leur fonctionnement a minima ; les CPNEF et la CPNEJ doivent aussi travailler ensemble sur les problématiques communes, concernant notamment les journalistes.

Les entreprises doivent désigner à la CPNEJ des représentants motivés !

Les visites des syndicats dans les écoles (pour discuter avec les directions et les élèves) devraient bénéficier d’un cadre leur permettant d’être plus fréquentes et ça aidera au dialogue et à mieux cerner les besoins.

Attention, il faut aussi ne pas oublier de travailler sur les reconversions (cf études de JM Charon sur les sorties du métier) étant donné les difficultés du métier. Aujourd’hui il faut aussi penser la sortie quand on parle de formation des journalistes.

 

 

  1. L’alternance, nouvelle porte d’entrée ? Entre effet d’aubaine et insertion durable.

La CFDT estime que l’alternance est un bon dispositif, qui doit rester vertueux.

–          L’alternance est une lame de fond constatée depuis deux ans souvent plus par nécessité de pouvoir financer ses études que par choix du terrain.

–          L’alternance peut être une très bonne voie d’entrée dans le métier si l’alternant dispose en entreprise d’un bon tuteur qui dispose de temps “en détachement” pour suivre réellement les jeunes qui lui sont confiés, et si les instances de la profession peuvent s’en assurer auprès des rédactions. C’est un sujet sur lequel la CPNEJ va travailler après en avoir fait le constat lors de la dernière réunion plénière.

–          Les écoles qui misent essentiellement sur l’alternance : s’en inquiéter ? Est-ce la bonne voie pour s’insérer dans une entreprise ? Gare aux formations chères et hors-sol.

–          L’accueil des alternants est un peu moins bon ces dernières années car avec les mesures covid il est souvent devenu plus économique d’embaucher un apprenti que de prendre un stagiaire. Quand ces mesures exceptionnelles diminueront on peut penser que l’alternance retrouvera sa vocation première de mettre l’accent sur la formation.

–       La rencontre n’est pas toujours facile entre alternants, et CDD non issus de l’alternance en entreprise. En effet les premiers sont potentiellement embauchables plus vite alors que les seconds doivent attendre depuis des années.

–          Pourquoi ne pas éditer un flyer sur le bon accueil des apprentis journalistes en entreprise?

–          Attention au développement de formations maison assurées dans les locaux d’une entreprise par une école. Le risque est que ces formations soient “sous la coupe” de l’entreprise alors que le temps de la formation est justement un temps où apprendre des fondamentaux en toute indépendance. Avoir la partie cours de l’alternance dans une école, en promo brassant des étudiants ayant leurs contrats dans diverses entreprises, n’est pas la même chose que travailler tous pour la même entreprise et apprendre en fonction des attendus de cette entreprise (risque de moindre recul critique).

–          Que l’ensemble des CPNE traitant du journalisme établissent un audit de l’alternance et en définissent le cahier des charges de l’alternance et un audit. Dans l’objectif de réduire les effets pervers.

 

 

  1. Bourses, stages, CDD, CDI. Clarifier les règles du jeu.

 

La CFDT estime qu’il est nécessaire de renforcer l’accompagnement des étudiants en stage, en amont, pendant et en aval. Ce n’est pas seulement le problème de l’étudiant. C’est une partie de la formation et l’école doit s’assurer que l’entreprise sera vraiment formatrice.

 

– Les écoles y compris non reconnues devraient être davantage responsables de contrôler la réalité des apprentissages journalistiques en stage et ne pas laisser des jeunes « perdre leur temps » dans certaines entreprises (les cas d’étudiants faisant le café et n’allant jamais sur le terrain existent).

 

– Il pourrait être mis en place un questionnaire obligatoire de « satisfaction » de fin de stage/CDD d’école, remontant à la CPNEJ (pour cela la CPNEJ doit obtenir davantage de moyens humains) afin de questionner les étudiants sur les éventuelles entorses subies.

 

 

 

  1. Précarité économique, aléas des revenus de la pige, inflation : éviter de perdre des talents.

La CFDT estime que la précarité est un problème majeur, que ce soit les CDD, le niveau de rémunération (quel que soit le contrat) ou la pige. La pige n’est pas précaire en soi, elle l’est quand les tarifs sont bas et que les employeurs ne la considèrent pas comme ce qu’elle est : un CDI. Il est impératif de davantage sécuriser les journalistes.

 

Leviers du côté des entreprises :

– cf question 1 avec le pb du logement > accompagner les recrutements

– sensibiliser les rédactions au management des pigistes et aux conséquences des pratiques : ne plus passer commande ou baisser les commandes revient à un licenciement ou modification de contrat.

– sensibiliser les rédactions à la valeur ajoutée apportée par les pigistes : ouverture, ancrage local, souplesse, adaptabilité, agilité, spécialisation. Et donc sur les façons de mieux valoriser ces atouts (gestion des compétences et pas seulement du budget)

– évidemment, respecter la loi, les barèmes conventionnels, le dialogue social, mettre la réduction de la précarité au cœur des NAO, etc.

– cesser de considérer la pige comme un contrat de débutant. Certains le font par choix. Accompagner les carrières de pigistes par des évolutions professionnelles au sein des entreprises (spécialisations, mutations d’un titre à l’autre…). Les RH doivent suivre leurs pigistes ! Pas d’uberisation de la profession.

– Sécuriser les pigistes qui travaillent à l’étranger.

– Rehausser le tarif minimum des photos.

– Créer un tarif minimum de pige dans toutes les branches.

 

Leviers du côté des acteurs de la formation :

–          Définir + précisément les attendus des écoles reconnues sur l’info sur les droits : établir des items à aborder nécessairement et un nombre d’heures dans la maquette de la formation (actuellement les pratiques sont trop éparses)

– Créer une certification des étudiants sortant d’écoles reconnues permettant de vérifier qu’ils ont bien reçu les enseignements sur les droits du pigiste et le journalisme rémunéré à la pige (savoir faire un synopsis, chercher à qui proposer ses piges…).

– Certification (point précédent)  à proposer aussi en formation continue à tout nouvel entrant à la pige (modules à faire financer par l’AFDAS mais sans obligation de de mention de carte de presse pour bénéficier de ce module)

– Créer des modules de formation au management des pigistes : parmi les points à transmettre : ne plus passer commande ou baisser les commandes revient à un licenciement ou modification de contrat. (création de module de formation continue au management de pigistes)

– Penser les tailles des promos de manière réaliste. En 2022, vu l’état du marché, les possibilités d’insertion et le décalage énorme entre l’offre et la demande, on ne peut plus avoir des promos de 40 élèves voire plus. Les grosses promos favorisent la précarité : plus la demande dépasse l’offre, plus les employeurs peuvent se permettre n’importe quoi (il y aura toujours quelqu’un pour accepter) et plus cela favorise la reproduction sociale (dans un contexte hyper concurrentiel, seuls les plus favorisés peuvent supporter de possibles années de précarité, etc.).

 

 

Leviers du côté de l’Etat :

– Obtenir de la DGEFP (direction générale de l’emploi et de la formation professionnelle – Ministère du Travail) une dérogation pour flécher vers l’AFDAS les fonds légaux formation de la masse salariale pigistes. Cette dérogation existe pour les intermittents du spectacle. Elle a fait l’objet d’un décret. Il faudrait le même décret pour les pigistes.

Depuis que ces fonds légaux sont fondus dans France Compétences (depuis la réforme de 2018), le financement de la formation des pigistes est limité. Il n’est plus possible, par exemple, d’abonder le CPF d’un pigiste pour financer une formation dont le montant dépasse celui du CPF.

– Réaffecter les sommes non utilisées de l’aide sociale Covid (10 millions X 2 environ = 20 millions d’euros) pour un vaste plan de réduction de la précarité par la création d’une cellule interministérielle dédiée (aux pigistes et précaires) et le recrutement d’inspecteurs du travail/contrôleurs Urssaf pour faire respecter la loi Cressard et le bon usage des CDD.

– Créer un statut des pigistes à l’étranger (modifier le code de la sécurité sociale) pour qu’ils ne vivent plus l’angoisse de la protection sociale et du retour en France et n’abandonnent pas prématurément.

– Créer un Smic journalistes à 2000 euros bruts.

– Encadrer le CDD d’usage : l’interdire très clairement pour tout travail de journaliste.

– Modifier le règlement de l’Unedic pour ouvrir des droits chômage aux pigistes n’ayant pas de fin de contrat, selon certaines conditions (ne pas remettre en cause la loi Cressard et le CDI).

– Imposer aux rectorats et divers « clients » d’éducation aux médias de payer leurs intervenants à un tarif décent (fixation de minimas conventionnels) et en salaire.

– Introduire une condition à la certification des formations en journalisme en général (filières non reconnues des écoles dites reconnues, écoles non reconnues, modules de formation continue…) : qu’elles intègrent toujours une info sur les droits. Exemple : s’initier à la photo de presse sur 5 jours > au moins une demi-journée sur la loi Cressard qui s’applique aux photographes, sur la propriété intellectuelle de ses images….  Veiller aussi à ce que les formations sur des marchés de niche intègrent des infos réalistes (se former au diaporama sonore c’est sympa mais ça ne rapporte rien > pas de modèle économique et les stagiaires doivent le savoir avant de s’y embarquer)

– Imposer quelques heures de formation sur l’égalité homme/femme dans les médias

 

  1. Premières missions (stages, CDD…) : remettre les jeunes journalistes sur le terrain.

La CFDT estime que cet objectif, et qui ne concerne pas les jeunes, est capital : c’est l’essence du métier, la seule possibilité de glaner des infos authentiques et pas de la redite ou du buzz, de conserver le goût de ce métier de la part des journalistes, et la confiance du public, qui a besoin de sentir la différence entre un travail de journaliste et un travail de communicant/journaliste autoproclamé

 

Leviers du côté des entreprises :

–          freiner la pression sur le web et l’actu chaude est la seule possibilité pour retourner sur le terrain et le faire bien, avec un temps incompressible

–          privilégier la qualité et pas la quantité

–          sanctuariser des journées de travail sans production pour laisser le temps d’aller sur le terrain

–          rémunérer les piges à hauteur du travail exigé : un long reportage exige un long papier et donc un tarif en conséquence et pas de tarifs au forfait. Avoir des tarifs au feuillet variables en fonction du travail d’enquête à réaliser, de la technicité des informations etc.

–          Assurer l’encadrement ou du moins mieux accompagner les jeunes journalistes avec un référent ou un tuteur dans son service ou sa locale.

–          Développer le partage d’expérience avec les anciens. Aller à deux sur un reportage est bénéfique pour tous.

  1. Management : dépasser le choc des générations et répondre aux nouvelles aspirations des jeunes journalistes.

–          Renforcer la formation des managers, surtout concernant l’encadrement intermédiaire.

–          Faire en sorte que les journalistes qui ne se sentent pas de devenir encadrants aient des possibilités de carrière autres que dans le management (en créant des niveaux “experts” sur les grilles aux coefficients proches de ceux de la “chefferie”), ce qui éviterait que de bons journalistes deviennent des mauvais chefs, mais fassent le choix de devenir manager pour gagner correctement leur vie.

–          Un journaliste reste un journaliste, il n’est pas manager mais peut être amené à le devenir en étant formé. Un point à aborder dans les cursus de formation ?

 

  1. La carte de presse est-elle toujours incontournable? Faut-il faire évoluer ses critères d’attribution légaux ?

La CFDT estime que la carte de presse est incontournable et doit être favorisée et que la CCIJP doit rester une instance de référence pour la profession. Elle constate aussi que la carte souffre d’un désamour de certains,  que certains employeurs en entravent l’accès et que les nouvelles formes d’information ne correspondent pas toujours aux règles d’attribution. Il est donc nécessaire de réfléchir sereinement et ambitieusement à l’avenir.

–           Il faut renforcer la lutte contre le travail illégal pour permettre des paiements en salaire et donc un accès à la carte de presse

– il faut donner à la CCIJP de nouvelles attributions comme le rappel à la loi des employeurs et la dénonciation des pratiques illégales à l’Urssaf

– permettre la prise en compte dans la part presse de l’éducation aux médias sur certains critères, le fixing, le journalisme pour les sociétés de production sans débouché télédiffusion…

– Ne pas fermer la porte aux nouvelles formes de journalisme en étant cependant très strict sur la séparation entre ce qui relève du journalisme et ce qui relève de la communication, de la promotion, des “influenceurs”.

– créer un statut de journaliste documentariste-producteur-réalisateur ?

 

  1. Égalité, discriminations, publics délaissés, comment aller vers un journalisme plus inclusif.

Cela rejoint le point 1 sur la diversification des profils de journalistes. Un journaliste originaire de milieu modeste aura davantage le réflexe de s’intéresser à ces milieux. etc.

–          communiquer et encourager les formations du type “Prévenir le sexisme et le harcèlement dans les médias” (Samsa/ association Prenons la Une)

 

10.Produire et bien utiliser les nouvelles compétences sur les politiques de la terre (climat, etc.). Sortir des silos.

–          il faut des spécialistes. Ne pas donner tout à traiter à tout le monde. Cela ne permet pas la montée en compétence spécifique, le travail de réseau de contacts, de veille etc

–          Développer le journalisme de solution.

 

11.Se préparer aux nouveaux modes de consommation de l’information (Instagram, Tiktok, etc.). Entre nouveaux modes de consommation de l’info et effets de mode, quels enseignements ?

– Accepter ces évolutions et revoir le dogme de la CCIJP selon lequel il faut être entreprise de presse > vérifier d’abord la nature journalistique.

– Bannir, vraiment, les “influenceurs” et tout “placement de produit” du contenu journalistique. Encadrer davantage les parrainages d’articles ou de contenus.

– Former, informer aussi l’ensemble des journalistes à ces nouvelles pratiques : risque de déconnexion en cas de licenciement par exemple, et difficultés à retrouver du travail

 

12.Généraliste, expert d’un type de média, des nouvelles technologies ou de l’IA, couteau suisse, quelles compétences pour les jeunes journalistes aujourd’hui et demain ?

–          Cesser d’attendre des couteaux suisses justement. cela est incompatible avec le point 10 : produire bien.

–          Privilégier une compétence première : la vérification de l’info/l’info juste et honnête. c’est le seul moyen de regagner la confiance

–          La polyvalence a ses limites. On ne peut pas tout faire bien. Jeune ou pas, le travail en équipe permet d’avancer et de grandir. De mieux travailler, de mieux informer.

–          il ne faut pas non plus avoir des pré-carrés qui empêchent de faire des passerelles entre les rubriques, notamment pour les jeunes journalistes qui se voient répondre « tu ne peux pas faire ce sujet, ça empiète trop sur le domaine de untel / unetelle »

–          Travailler prioritairement sur les capacités d’analyse de ce qu’est un sujet journalistique important, sur la hiérarchie des infos, sur la formation à l’investigation, la pugnacité dans la recherche de l’info. Faire vraiment pratiquer sur des sujets sensibles. Les savoir-faire techniques sont importants mais secondaires.

Rentrée : journalistes, vous avez peut-être droit à une bourse Audiens pour votre enfant étudiant !

Petit rappel : Audiens est un groupe de protection sociale piloté par les partenaires sociaux, dont la CFDT, pour proposer des contrats de complémentaire santé et des contrats de prévoyance (contrats collectifs visant à améliorer l’indemnisation, en plus de celle de la sécurité sociale, en cas de décès, maternité, incapacité de travail, invalidité, inaptitude…) aux professionnels de la culture, des médias, de l’audiovisuel (y compris pigistes et intermittents).

Chez les journalistes, toutes les entreprises de presse écrite et d’audiovisuel les employant (relevant de cette convention collective) doivent souscrire pour eux un contrat de prévoyance et doivent proposer un contrat collectif de complémentaire santé. Audiens est un des prestataires possibles. Il faut donc que vous vérifiiez si vous êtes chez Audiens en prévoyance complémentaire et/ou en complémentaire santé (mais ça normalement, vous le savez !). Une chose est sûre : pour les pigistes, la prévoyance est obligatoirement souscrite par les employeurs chez Audiens, dès la 1ere pige. Donc tous les pigistes sont, sur ce point là en tous cas, sûrs d’être éligibles à la bourse d’étude.

A noter ! Il est possible que vous soyez bénéficiaire d’un contrat Audiens santé prévoyance même si vous êtes en recherche d’emploi, il faudra alors joindre votre dernier bulletin de salaire de votre dernier emploi.

  • 35 000 € pour une personne seule avec un enfant à charge fiscale,
  • 40 000 € pour un couple avec un enfant à charge fiscale,
Plafonds de ressources permettant d’être éligible à la bourse d’études :
Composition de la famille 1 enfant à charge 2 enfants à charge 3 enfants à charge 4 enfants à charge Au-delà majoration
Personne seule < 35 000 € < 40 000 € < 45 000 € < 50 000 € 5 000 €
Couple < 40 000 € < 45 000 € < 50 000 € < 55 000 € 5 000 €

Pour info : dans le calcul de ce revenu brut global le salaire du journaliste est celui après déduction des 7650€ d’abattement fiscal.

Montant de la bourse

Deux niveaux de bourse, en fonction de vos ressources :
  • Bourses de 250 et 500€

Montant de la bourse d’études supérieures : 500 €
Montant de la bourse dans le cadre d’un cursus professionnel ou technique : 250 €

Ces montants sont attribués pour les ressources ci dessous :

Avec plafonds « supérieurs » :
Composition de la famille 1 enfant à charge 2 enfants à charge 3 enfants à charge 4 enfants à charge Au-delà majoration
Personne seule < 35 000 € < 40 000 € < 45 000 € < 50 000 € 5 000 €
Couple < 40 000 € < 45 000 € < 50 000 € < 55 000 € 5 000 €
  • Bourses de 300 et 700€ (pour ceux qui ont des revenus encore plus bas) 
Montant de la bourse d’études supérieures : 700 €
Montant de la bourse dans le cadre d’un cursus professionnel ou technique : 300 €
Ces montants sont attribués pour les ressources ci dessous :
Avec plafonds de base :
Composition de la famille 1 enfant à charge 2 enfants à charge 3 enfants à charge 4 enfants à charge Au-delà majoration
Personne seule < 26 000 € < 31 000 € < 36 000 € < 41 000 € 5 000 €
Couple < 31 000 € < 36 000 € < 41 000 € < 46 000 € 5 000 €

Alors, vous êtes éligible  ?

Audiens a mis en place une plateforme sur laquelle vous pourrez tester votre éligibilité et, le cas échéant y déposer votre demande de bourse et suivre son avancement.

Déposer ma demande de bourse d’étude Audiens pour mon enfant

 

Et si vous vous y perdez, lisez le guide du dépôt de la demande

Dépôt des candidatures pour l’année scolaire 2022/2023 : du 1erseptembre 2022 au 31 décembre 2022. 

Attention, premiers arrivés, premiers servis ! Donc ne tardez pas ! L’enveloppe n’est pas extensible !

En cas de besoin, envoyez un mail à contact@audiens-bourses-etudes.org

Journalistes et allocation chômage : vérifiez votre taux !

Cet été la CFDT-Journalistes a reçu coup sur coup plusieurs alertes de journalistes ayant ouvert des droits au chômage et à qui Pole emploi affirmait devoir calculer leur ARE à partir de leur salaire brut abattu. C’est évidemment faux : qu’ils choisissent l’abattement ou pas, le calcul du montant de l’allocation chômage n’est pas impacté.

Suite à nos informations ils ont pu faire valoir leurs droits. Nous sommes aussi intervenus auprès de Pole emploi et un rectificatif auprès du réseau a dû être fait. Mais si toutefois vous étiez aussi confrontés à ce malentendu, voici des éléments pour exposer votre situation.

« Pôle Emploi m’indique que mon indemnité sera de XXX euros par mois (le minimum) du fait de l’abattement pour frais professionnel de 30%. Ils me disent : « Nous prenons donc en compte 70% de votre rémunération car vous ne cotisez que sur la base de 70% de votre salaire brut »», nous envoie par exemple ce journaliste.

Un autre nous dit que son agent Pole Emploi s’appuie sur l’annexe 7 de la règlementation d’assurance chômage (qui concerne la base des contributions des employeurs, et dont le chapitre 2 concerne les journalistes) pour affirmer que « pour les journalistes, un abattement de 30% est appliqué sur les salaires brut pour le calcul de votre taux d’allocation en question ».

 Ce sont des erreurs d’interprétation du règlement de l’Unedic qui dit, au chapitre sur la déduction forfaitaire spécifique pour frais professionnels des journalistes (que l’on appelle communément « l’abattement », et à ne pas confondre avec l’abattement fiscal sur l’impôt sur le revenu) :

Pour les journalistes, l’assiette des contributions visée à l’ article 49 du règlement général annexé est constituée par l’ensemble des rémunérations brutes plafonnées entrant dans l’assiette des cotisations de sécurité sociale avant application de l’abattement de 30 %.

Vous n’y comprenez rien ? Commençons par un petit rappel sur le calcul de l’allocation chômage :

– L’ARE (allocation de retour à l’emploi) est calculée à partir d’un salaire journalier de référence (SJR), qui est globalement le salaire moyen perçu par jour avant votre ouverture de droits.

– Ce SJR est calculé d’après l’ensemble des rémunérations brutes (salaires, primes, 13e mois…) ayant servi de base de calcul à la cotisation chômage versée par les employeurs à l’assurance chômage : c’est l’assiette des contributions. L’article 11 du règlement général de l’assurance chômage précise en effet bien que « Le salaire de référence est établi à partir des rémunérations (…) entrant dans l’assiette des contributions »

– L’ARE ne compense pas totalement le revenu perdu. Elle est soit (par jour) de 40,4% du SJR + 12,47 € (plafonné à 75% du SJR) soit de 57% du SJR.

Et maintenant rappelons que l’assiette des contributions chômage des employeurs pour les journalistes est TOUJOURS égale au brut, que le journaliste ait choisi ou non l’abattement sur certaines cotisations sociales. Même quand le journaliste choisit l’abattement, la cotisation chômage n’est pas calculée sur 70% du brut (comme c’est le cas des cotisations de Sécurité sociale) mais sur 100%, comme le règlement de l’Unedic le précise bien ici (2.2 page 9) :

Autrement dit, le règlement de l’Unedic doit être lu ainsi : Pour les journalistes, l’assiette des contributions visée à l’ article 49 du règlement général annexé est constituée par l’ensemble des rémunérations brutes plafonnées entrant dans l’assiette des cotisations de sécurité sociale sans application de l’abattement de 30 %.

La page Pole emploi dédiée aux journalistes le dit également très explicitement, comme on le voit à ce paragraphe : 

Récapitulons : si Pole emploi calcule votre ARE sur 70% de votre salaire brut, précisez que le règlement de l’Unedic stipule bien que les contributions d’assurance chômage des journalistes ne bénéficient d’aucun abattement et donc que votre ARE doit être calculée à partir de 100% de votre salaire brut.

Et au besoin, joignez votre fiche de paie, qui normalement mentionne le même montant à la ligne « brut » (dans les premières lignes) et dans la colonne « base » de la ligne « chômage ». Si ce n’est pas le cas, avertissez votre gestionnaire de paie qu’il n’a pas à abattre cette cotisation !

Faites passer cette vidéo de personnalités et d’anonymes pour la libération d’Olivier Dubois !

Au 500ème jour de captivité de notre confrère journaliste pigiste Olivier Dubois, correspondant au Mali de Libération, le Point Afrique et Jeune Afrique, la CFDT-Journalistes participe à une vidéo d’une trentaine d’acteurs de la profession, de militants des droits et des proches d’Olivier, pour demander sa libération. Que cet appel soit entendu par tous ceux qui pourront y oeuvrer, et qui sait, par Olivier !

Texte de la vidéo :

500 jours ont passé. 16 mois maintenant qu’on a appris la captivité d’Olivier Dubois. Le 8 avril 2021, il a été enlevé dans le nord du Mali. Enlevé par un groupe armé pendant qu’il faisait son travail. Simplement parce qu’Olivier est un journaliste.

Il écrit sur un terrain difficile, la région du Sahel. On peut le lire dans le quotidien Libération, dans le journal Jeune Afrique, dans le cycle Point Afrique du magazine Le Point. Il a aussi travaillé pour le Journal du Mali. C’est là, à Bamako, qu’il a choisi de vivre il y a 6 ans avec sa famille. Olivier est un journaliste sérieux, qui fait preuve d’un grand professionnalisme. Son travail est nécessaire.

C’est pourquoi, maintenant, cette captivité doit cesser. Parce qu’il en va de la liberté de la presse, du droit de chacune et de chacun d’être informé correctement. Du droit de chaque journaliste de pouvoir faire son métier sans que l’on mette en péril sa vie.

Le sort d’Olivier nous concerne tous. Nous ses proches. Nous citoyennes et citoyens du Mali. Nous citoyennes et citoyens de France, jusqu’aux Outre-mer. Nous, organisations syndicales. Nous défenseurs de la liberté de la presse. Nous défenseurs des droits humains.

Nous lançons à nouveau un appel à toutes les personnes qui pourront œuvrer pour la libération d’Olivier. Pour qu’il n’y ait plus besoin d’autres vidéos comme celle-ci. Pour que l’on ne doive plus compter les jours jusqu’à l’infini.

Ce texte s’achève par un message du fils d’Olivier, attendant son papa.

Lire aussi :

500 jours de captivité d’Olivier Dubois : lettre intersyndicale à Catherine Colonna

Nous étions au Pantéon en mars et avons appelé nos adhérents à agir :

Aller le 7 mars au Panthéon, et 5 autres choses à faire pour la libération d’Olivier Dubois

La captivité d’Olivier est hélas une des captivités de journalistes au Mali. Nous pensons également à eux.

N’oublions pas Hamadoun Nialibouly, Olivier Dubois et Moussa M’Bana Dicko, journalistes otages au Mali

La libération d’Olivier faisait partie de nos priorités adressées au Président de la République en janvier :

Emmanuel Macron : « Comme je suis optimiste pour la France, je suis optimiste pour la presse »

En juin 2021 nous étions au rassemblement place de la République :

76 jours de captivité pour Olivier Dubois. Nous n’oublions pas notre confrère

Enlèvement du journaliste français Olivier Dubois au Mali : solidarité des syndicats de journalistes

500 jours de captivité d’Olivier Dubois : lettre intersyndicale à Catherine Colonna

Notre confrère Olivier Dubois est otage au Mali depuis presque 500 jours. La CFDT-Journalistes, le SNJ, le SNJ-CGT et le SGJ-FO ont écrit conjointement ce jour à la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna pour demander que tous les efforts soient faits pour sa libération.

Communiqué à télécharger

 

A l’attention de
Mme Catherine COLONNA
Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères 37 Quai d’Orsay
75351 Paris cedex 07

Madame la Ministre,

Paris le 19 août 2022

Ce 20 août 2022 marque le 500ème jour de captivité au Mali du journaliste français Olivier Dubois. Il a été pris en otage le 8 avril 2021 dans la région de Gao. L’enlèvement a été revendiqué un mois plus tard par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

En tant qu’organisations syndicales représentatives des journalistes en France, nous estimons que la captivité de notre confrère est un drame pour toute la profession. Elle affecte l’essence même de notre métier : le devoir d’informer, malgré les difficultés, les frontières, les menaces. Olivier Dubois paye le prix de sa haute conscience professionnelle, mise au service des lecteurs de médias français. Tous les témoignages de ses collègues convergent pour décrire un professionnel extrêmement rigoureux. Il honore notre profession. Nous lui devons, nous journalistes, nous citoyens, vous madame la ministre, ainsi que tous ceux qui en ont la possibilité, de nous battre pour qu’il soit enfin libéré.

Nous savons combien le contexte diplomatique franco-malien ne facilite pas ce travail. Mais Olivier Dubois ne doit pas subir de relâchement des efforts de la France, et vous l’avez récemment assuré. Nous vous demandons donc instamment de chercher toutes les issues, dans la zone Sahel et au-delà, en vue de contourner les difficultés et de trouver les relais adéquats qui permettront d’aboutir aux retrouvailles de notre confrère et compatriote avec sa famille et ses proches, et de mettre fin à cette entorse insupportable à la liberté de la presse.

Au nom des 35 000 journalistes en France, qui attendent la libération de leur confrère, nous vous remercions de l’intérêt que vous porterez à cet appel et nous vous présentons nos salutations syndicales.

Contact : snj@snj.fr, contact@snjcgt.fr, journalistes@f3c.cfdt.fr, fo.journalistes@gmail.com

Couvrir la guerre (1) : « C’était la première fois que j’étais pris sous le feu des bombes »

Grand reporter à France 24 et journaliste depuis seize ans, Tarek Kai, 40 ans, a effectué deux reportages en février et en avril derniers pour raconter la guerre en Ukraine. Il explique combien les témoignages de ceux qui fuyaient les combats l’ont marqué et combien la préparation et les règles de sécurité sont essentielles pour ne pas prendre le risque de trop sur le terrain. Témoignage.

 

Il a la mémoire de la guerre du Liban, d’où il est originaire, dans les années 1980-90. Et puis, il a couvert de nombreux conflits au fil des ans comme reporter radio puis comme grand reporter pour France 24 (France Médias Monde). Tarek Kai est rentré très éprouvé de son premier séjour en Ukraine, en mars au tout début de l’invasion russe. « On est partis à deux équipes distinctes : ensemble jusqu’en Pologne, à Varsovie, puis nous avons poursuivi  vers deux destinations différentes. Mon équipe est allée à la frontière avec la Pologne et l’autre équipe a rejoint Kiev ».

Témoin de drames

Entre Amsterdam et Varsovie, la compagnie aérienne perd la valise qui contient son gilet pare-balles. Trois jours plus tard, une fois équipé, il rejoint la dernière grande ville polonaise à la frontière avec l’Ukraine. « Tu entres dans la gare au milieu de la nuit. Tu vois un monde fou, des migrants Africains, des vieux, des nourrissons, des enfants, dormant au sol pour certains, sur un matelas, d’autres avec rien du tout. La misère dans tous les sens. On a assuré des directs plusieurs jours».

Recueillir les témoignages pèse sur le moral tant ils sont durs. «Certains avaient fui la guerre, les bombardements et d’autres étaient dans des villes beaucoup plus épargnées. Je me souviens aussi de cet Irakien. Il avait connu la guerre pendant des années, il avait fui au Liban. Puis il avait été rattrapé par l’explosion du port de Beyrouth. Il a survécu par miracle. Puis, il part en Ukraine et il se retrouve au milieu d’une autre guerre. Puis les témoignages de ceux qui ont fui les villes bombardées. C’était très marquant, très lourd, toutes ces vies brisées à jamais ».

Un mois difficile au retour en France

De retour à Paris, Tarek va mal. « C’est compliqué de se blinder. On est touché psychologiquement, chaque conflit laisse sa marque. Cette misère là-bas, tu la vois de tes propres yeux. C’était le principal mouvement de réfugiés depuis la seconde Guerre Mondiale. Tu te dis : mais comment ces gens vont s’en sortir ? Qu’est-ce qui va leur arriver d’ici deux semaines, d’ici un mois, d’ici cinq mois ? Quand je suis rentré, j’ai mis presque un mois à me remettre. Au retour de la deuxième mission en avril, j’ai eu moins de difficulté. Pourtant, elle était beaucoup plus risquée ».

Avec cette deuxième mission, beaucoup plus longue (trois semaines), Tarek se retrouve au cœur de la guerre. « On a pris la direction du sud, (Odessa), puis du sud-est et enfin du Donbass. On est allés voir les réfugiés dans des centres. A un moment donné, on était dehors, on a entendu comme des bruits d’avion. J’ai pris ça pour des avions de chasse. Puis nous  avons  levé les yeux au ciel et vu des missiles. A 200 mètres de nos têtes. Après les explosions, nous sommes allés dans les immeubles touchés, avec des dégâts incroyables. Il y a eu 8 morts. C’était la première fois que j’étais pris sous le feu des bombes.  Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est que les gens n’avaient plus le choix, ils étaient restés là. Ils n’avaient pas fui. Malgré les bombes ».

Parler à un psychologue

Pour la première fois, avec le conflit en Ukraine, sa chaine de télévision a prévu une consultation avec une psychologue pour les équipes de retour en France. « Moi j’étais assez réticent. Après la première mission, j’étais tellement mal… Je dormais très mal, une sorte de stress était toujours présent. On a échangé à deux reprises et ça m’a fait du bien. Mais c’était limité. La psychologue  voulait que je me déconnecte réellement de la guerre. Or, c’était impossible parce qu’il y avait encore des reportages sur lequel il fallait travailler, des commentaires en plateau que je devais assurer, d’autres missions à envisager ».

Que conseillerait-il à des collègues qui doivent se rendre en Ukraine prochainement ?  « La préparation de la mission est primordiale. Et le soutien d’un spécialiste de la sécurité au sein du groupe, qui te donne l’autorisation ou non d’aller sur un sujet et évalue avec toi les rapports entre les risques et l’intérêt éditorial. Moi, j’ai pu en bénéficier. Sur place, j’ai vu des collègues d’autres chaînes qui n’avaient pas le même soutien, qui n’étaient pas préparés à ce terrain-là. Il suffit d’un rien. J’ai été très marqué par la mort de Frédéric Leclerc Imhoff (JRI de BFMTV, tué le 30 mai). Sur le terrain, il était très difficile de trouver le bon fixeur, compte tenu du nombre de médias sur place. Il fallait penser à sa propre sécurité tout le temps et évaluer les risques en permanence en puisant dans son expérience personnelle ».

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