Quand les complotistes confondent journalisme et propagande

Malaise et indignation chez les journalistes professionnels qui couvrent certains cortèges de manifestants anti-passe sanitaire. Dans la foule des badauds, des manifestants aiment à entretenir le mélange des genres. C’est ainsi qu’un petit flyer anodin invitant à « éteindre nos télés, couper nos radios et jeter nos journaux » propose de délivrer « toute la vérité » sur le passe-sanitaire et la vaccination.

« La Une TV » se présente comme une chaîne d’information alternative. Une chaîne qui diffuse ses « programmes » sur la plateforme Twitch : talk-shows, interviews, JT et la fameuse « minute de Ricardo » qui n’est autre que celui qui a travaillé à la création de ce site : Richard Boutry.  Nos confrères de Libération, L’Express ou encore de L’Obs, pour ne citer qu’eux, ont déjà révélé les dérives de cet ex-présentateur de France Télévision. Celui qui est désormais présenté comme le « bras médiatique » des anti-passe et des QAnons à la française fait valoir sa notoriété et se prévaut de son statut d’ancien journaliste. La chaîne, qui se targue d’une audience de plus de 2 millions de personnes, sans que l’on puisse le vérifier, n’est autre que le relais de théories du complot et souffle sur les braises de la confusion des genres. On peut par exemple y voir un certain Abdel, se présentant comme journaliste d’investigation, apparaitre avec une (fausse) kalashnikov pour incarner son média « de résistance »…

Relais des théories du complot

Autre “média” familier des manifestations anti-passe sanitaire : The Epoch Times, un journal papier qui, lui aussi, reprend les codes des médias d’information pour mieux verser dans le complotisme. Sino-américain, il fut lancé aux Etats-Unis au début des années 2000 par des membres du mouvement spirituel et religieux Falun Gong, opposé au Parti communiste chinois et persécuté par le régime. Pro-Trump à partir de 2016, The Epoch Times s’est exporté dans de nombreux pays, dont la France, où il cherche maintenant à parler, pêle-mêle, à l’extrême-droite complotiste, aux anti-vaccins, aux covido-sceptiques et aux anti-passe, au nom d’une défense des libertés individuelles. S’il circule dans les cortèges, il se retrouve aussi distribué dans les boîtes aux lettres. Également doté d’une branche audiovisuelle (NTD) et d’un site internet, le “média” relaie certaines théories du complot, tout en diffusant des reprises de dépêches AFP, pour entretenir le doute. Le tout derrière sa devise opaque : “Vérité et Tradition”.

A l’heure des débats enflammés sur des sujets divisant profondément la société, il est plus que nécessaire de défendre l’information et ceux qui en sont les garants : les journalistes. Informer relève d’une mission qui répond à une déontologie. Informer c’est, au-delà de recueillir des informations, les vérifier et les recouper. Ces sites de désinformation brouillent les pistes et nuisent à notre travail quotidien.

Afghanistan : les journalistes dans le viseur des Taliban

5 jours après la chute de Kaboul, un groupe d’experts de l’ONU révèle que les Taliban ont constitué des listes d’opposants qu’ils souhaitent arrêter en priorité. Les journalistes et leurs collaborateurs sont aussi dans le viseur, certains déjà empêchés d’exercer.

La CFDT-Journalistes exprime sa solidarité et sa mobilisation face à la dramatique situation en Afghanistan : le retour au pouvoir des Taliban se traduit déjà par des arrestations arbitraires, des sanctions et des menaces massive​s sur les libertés fondamentales des Afghans et sur le travail des journalistes. 5 jours après la chute de Kaboul, un groupe d’experts de l’ONU révèle que les Taliban ont constitué des listes d’opposants qu’ils souhaitent arrêter en priorité. Selon des témoins sur place, les Taliban traquent ainsi en porte-à-porte « les individus ayant travaillé pour les forces américaines et de l’Otan et leurs alliés, ainsi que les membres de leurs familles ». Sont visés en priorité ceux qui occupaient des postes à responsabilité au sein des forces armées afghanes, de la police et des services de renseignement, mais les journalistes et les professions intellectuelles sont aussi dans le viseur des nouveaux maîtres de Kaboul. En témoigne l’éviction de deux consœurs de la télévision afghane, suspendues d’antenne et interdites de revenir dans l’entreprise au premier jour de la prise de pouvoir des Taliban, comme le rapporte l’IFJ.

Tout comme la confédération CFDT, nous estimons que les pays occidentaux ne peuvent laisser derrière eux tous les Afghanes et Afghans qui ont travaillé avec leurs ressortissants. C’est pourquoi « la CFDT appelle l’ensemble des démocraties, l’Europe en tête, à faire preuve de solidarité et d’accueil pour ceux et celles qui fuiront l’horreur des talibans ».

Accueillir les journalistes et fixeurs afghans

Les journalistes français ont tous été pris en charge, certains choisissant de s’installer dans des pays limitrophes afin de pouvoir continuer à exercer leur travail et de ne pas laisser cette zone dans l’obscurité médiatique. Mais de nombreux journalistes afghans tentent aussi de quitter leur pays, certains ont été des collaborateurs directs des journalistes français. La situation des fixeurs est particulièrement inquiétante et mérite la plus grande vigilance des autorités françaises ainsi que de tous les Etats susceptibles de les accueillir en sécurité. Plusieurs médias français ont signalé les familles de leurs collaborateurs locaux à l’Ambassade de France comme candidats à une arrivée en France. La CFDT-Journalistes demande aux autorités de prendre en charge ces collaborateurs et leurs familles, et permettre leur arrivée sur le sol français.

Des chercheurs et un collectif de journalistes travaillant ou ayant travaillé en Afghanistan ont obtenu le financement d’un vol de 145 places pour faire évacuer des personnes ciblées parmi les profils les plus à risque en Afghanistan. Dans une tribune, ils demandent à l’Etat français d’autoriser leur atterrissage en France.