Campagne présidentielle : la violence n’a pas le droit de cité

Dans un communiqué, Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT, rappelle que « la violence n’a pas le droit de cité » et fait part de sa solidarité avec les militants de SOS Racisme et les journalistes de Quotidien et de Médiapart qui ont été frappés :

« La campagne présidentielle s’engage sur de bien mauvaises bases. La violence, quelle que soit sa nature, ne peut être tolérée dans un débat démocratique. Les images de ce week-end nous le rappellent tristement.

Les candidats et les candidates à la fonction de Président ou de Présidente de la République doivent tous respecter deux droits fondateurs de notre démocratie : la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Il est inadmissible que des journalistes soient empêchés d’exercer leur mission d’information, qu’ils soient violentés ou exfiltrés d’un meeting, que des militants soient roués de coups lors d’un rassemblement.

La CFDT exprime toute sa solidarité avec les militants de SOS Racisme et les journalistes de Quotidien et de Médiapart qui ont été frappés dimanche lors du meeting d’Éric Zemmour.

La CFDT a toujours défendu le respect dans le dialogue et la confrontation des idées. Elle rejette toute forme de violence et de contraintes. Encore plus lors d’une campagne politique à l’issue de laquelle les Français désigneront celle ou celui qui sera le garant de la démocratie. »

A Paris, le 6 décembre 2021

CFDT Journalistes soutient la proposition de loi du député Sylvain Waserman sur les lanceurs d’alerte

REACTUALISATION : Le 17 novembre le texte a été adopté par 52 voix pour et aucune contre en première lecture à l’assemblée nationale. Lire le compte-rendu de cette séance. Le texte est maintenant à suivre au Sénat.


 

Ce mercredi 17 novembre 2021, les députés examinent une proposition de loi portée par Sylvain Waserman (MoDem) visant à améliorer la protection des lanceurs d’alerte.

Membre de la Maison des lanceurs d’alerte, CFDT-Journalistes appelle l’ensemble des parlementaires à soutenir cette initiative et à transposer la directive européenne sur les lanceurs d’alerte adoptée en octobre 2019.

Ce serait un signal fort envoyé aux lanceurs d’alerte ainsi qu’aux organisations qui les accompagnent.

Comme le souligne la Maison des lanceurs d’alerte :

« la proposition de loi maintient la définition large du lanceur d’alerte mise en place par la loi « Sapin 2 ». Elle protège l’ensemble des personnes morales facilitatrices d’alerte, et supprime l’obligation d’agir « de manière désintéressée », notion floue et génératrice d’insécurité juridique. Elle supprime l’obligation actuelle de lancer l’alerte d’abord en interne, et permet conformément à la directive, de saisir directement les autorités compétentes, voire la presse. »

Les mesures de protection prévoient aussi une immunité pénale pour l’ensemble des poursuites dont peuvent faire l’objet les lanceurs d’alerte, y compris les poursuites pour vol d’information. Elles prévoient également l’instauration d’une mesure décourageant les poursuites-bâillons, puisqu’il appartiendra à ceux qui les intentent de prendre intégralement en charge les frais de justice du lanceur d’alerte.

Avec la Maison des Lanceurs d’Alerte, CFDT-Journalistes appelle le gouvernement et le Parlement à garantir son adoption rapide.

La lutte contre la corruption, la préservation de la santé et de l’environnement et la défense de l’intérêt général exigent des actes politiques clairs, forts et courageux pour protéger les lanceurs d’alerte. La Maison des Lanceurs d’Alerte appelle le gouvernement et le Parlement à soutenir cette proposition de loi et ses dispositions les plus ambitieuses pour franchir un cap historique et enfin doter la France d’une législation de référence.

Election à la Commission de la carte : dès le premier tour, votez CFDT !

Le premier tour de l’élection à la commission de la carte de presse débute ce mercredi 13 octobre 2021. Les journalistes ont jusqu’au 9 novembre pour désigner leurs représentants. Mobilisez-vous dès aujourd’hui !

  • Pour faire valoir vos droits dans l’exercice de votre profession ;
  • Pour donner une voix aux précaires et défendre le salariat ;
  • Pour sanctuariser la déontologie souvent mise à mal ;
  • Pour asseoir la légitimité de nos élus à la Commission de la carte et appuyer leurs propositions concrètes pour la faire évoluer ;
  • Pour que la Commission soit aussi plurielle que les CSE des entreprises…
  • Parce que vous tenez à votre métier, à ses particularités et à sa reconnaissance !
  • Parce qu’il y a de l’éthique dans ce bout de plastique…

VOTEZ CFDT !

● Les 55 candidats présentés par la CFDT sont des journalistes de terrain, issus de tous les médias. Ils sont engagés syndicalement dans les entreprises pour défendre leurs collègues et leur profession.

● La CFDT est le syndicat qui progresse le plus dans la représentativité de la profession : 25% des suffrages en entreprise. Un syndicat réformiste, non corporatiste, défendant tous les salariés. Le journaliste travaille rarement seul et il est au coeur de la société.

● La CFDT-Journalistes est présente dans toutes les instances paritaires nationales concernant la profession (Afdas, Commission arbitrale, Audiens, écoles de journalisme…) et toutes les négociations qui nous concernent dans les ministères.

Pour suivre la campagne électorale et découvrir nos vidéos, rendez-vous sur notre site de campagne :

CCIJP 2021

Télécharger la profession de foi CFDT

Télécharger le tract CFDT

Quand les complotistes confondent journalisme et propagande

Malaise et indignation chez les journalistes professionnels qui couvrent certains cortèges de manifestants anti-passe sanitaire. Dans la foule des badauds, des manifestants aiment à entretenir le mélange des genres. C’est ainsi qu’un petit flyer anodin invitant à « éteindre nos télés, couper nos radios et jeter nos journaux » propose de délivrer « toute la vérité » sur le passe-sanitaire et la vaccination.

« La Une TV » se présente comme une chaîne d’information alternative. Une chaîne qui diffuse ses « programmes » sur la plateforme Twitch : talk-shows, interviews, JT et la fameuse « minute de Ricardo » qui n’est autre que celui qui a travaillé à la création de ce site : Richard Boutry.  Nos confrères de Libération, L’Express ou encore de L’Obs, pour ne citer qu’eux, ont déjà révélé les dérives de cet ex-présentateur de France Télévision. Celui qui est désormais présenté comme le « bras médiatique » des anti-passe et des QAnons à la française fait valoir sa notoriété et se prévaut de son statut d’ancien journaliste. La chaîne, qui se targue d’une audience de plus de 2 millions de personnes, sans que l’on puisse le vérifier, n’est autre que le relais de théories du complot et souffle sur les braises de la confusion des genres. On peut par exemple y voir un certain Abdel, se présentant comme journaliste d’investigation, apparaitre avec une (fausse) kalashnikov pour incarner son média « de résistance »…

Relais des théories du complot

Autre “média” familier des manifestations anti-passe sanitaire : The Epoch Times, un journal papier qui, lui aussi, reprend les codes des médias d’information pour mieux verser dans le complotisme. Sino-américain, il fut lancé aux Etats-Unis au début des années 2000 par des membres du mouvement spirituel et religieux Falun Gong, opposé au Parti communiste chinois et persécuté par le régime. Pro-Trump à partir de 2016, The Epoch Times s’est exporté dans de nombreux pays, dont la France, où il cherche maintenant à parler, pêle-mêle, à l’extrême-droite complotiste, aux anti-vaccins, aux covido-sceptiques et aux anti-passe, au nom d’une défense des libertés individuelles. S’il circule dans les cortèges, il se retrouve aussi distribué dans les boîtes aux lettres. Également doté d’une branche audiovisuelle (NTD) et d’un site internet, le “média” relaie certaines théories du complot, tout en diffusant des reprises de dépêches AFP, pour entretenir le doute. Le tout derrière sa devise opaque : “Vérité et Tradition”.

A l’heure des débats enflammés sur des sujets divisant profondément la société, il est plus que nécessaire de défendre l’information et ceux qui en sont les garants : les journalistes. Informer relève d’une mission qui répond à une déontologie. Informer c’est, au-delà de recueillir des informations, les vérifier et les recouper. Ces sites de désinformation brouillent les pistes et nuisent à notre travail quotidien.

Un journaliste de Reporterre condamné pour avoir fait son travail ? Inadmissible pour CFDT-Journalistes

Les mauvais signaux se multiplient en France, où l’on constate que l’autorité administrative en prend de plus en plus à son aise avec la liberté de la presse, multipliant les entraves à l’exercice des journalistes.

Dernier exemple en date : le sous-préfet chargé de mission pour l’aéroport Paris-Orly, représentant de l’État, a prononcé à l’encontre d’un journaliste de Reporterre, dûment identifié comme tel, une amende de 750 euros pour « manquement à la sûreté aéroportuaire », alors qu’il couvrait, pour son média, une action d’Extinction Rébellion, en juin 2020, sur les pistes de l’aéroport d’Orly.

Une démarche légitime

Dans une tribune, Alexandre-Reza Kokabi démontre la légitimité de sa démarche au nom de la liberté d’information et indique qu’il a introduit un recours hiérarchique auprès du ministre de l’Intérieur contre la décision du sous-préfet.

CFDT-Journalistes apporte son soutien plein et entier à ce confrère et rappelle qu’à Annecy, dans un cas strictement similaire, notre confrère Gérard Fumex a été purement et simplement relaxé par le tribunal de Police.

On espère vivement que le ministre de l’Intérieur fera droit à la requête qui lui est adressée et qu’ainsi, il enverra un message clair à son administration, afin que cessent les pressions et les menaces sur les journalistes.
Au moment où, dans le cadre du Beauvau de la Sécurité, le ministère de l’intérieur demande aux syndicats de journalistes de se positionner sur l’identification des confrères lors des manifestations notamment, cette affaire montre par l’absurde que ce n’est pas l’identification des journalistes qui pose problème, mais bien la volonté de l’administration d’empêcher les journalistes, par les moyens les plus discutables, de témoigner des actions de terrain. Et c’est assez inquiétant. Comme est inquiétante la multiplication des agressions de journalistes par les manifestants lors des différents rassemblements.

Groupe EBRA : quand la culture du non-dit confine au mépris du lecteur !

Communiqué de la CFDT du groupe EBRA :

 

Félicitation à Nicolas Théry, Pdg du Crédit Mutuel, actionnaire majoritaire des journaux et de l’agence du groupe EBRA (Les DNA, l’Alsace, l’Est Républicain, Le Républicain Lorrain, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Bien Public, Agir, Le Progrès de Lyon et Le Dauphiné Libéré) ! Ce dernier vient, en effet de prendre ses nouvelles fonctions de président de la Fédération bancaire française.

Mais quelles sont ces pudeurs de gazelle qui empêchent les rédacteurs en chef de l’ensemble du groupe EBRA de signaler, dans les articles annonçant cette promotion, que le Crédit Mutuel est aussi l’actionnaire de nos journaux ?

Ce devrait pourtant être un réflexe de transparence minimale dans des quotidiens d’information générale comme ceux du groupe EBRA. Et c’est d’autant plus regrettable que désormais, cette pratique de transparence est d’usage dans une grande partie de la presse nationale !

Et si on arrêtait enfin de prendre les lecteurs de ces journaux pour des ignorants déconnectés de toute information autre que celle diffusée par leur quotidien ?

 

Lire aussi : Le groupe EBRA confond règlement intérieur et charte déontologique

La CFDT-Journalistes rejoint la Maison des lanceurs d’alerte

 

Le 18 mai 2021 – La CFDT-Journalistes rejoint la Maison des lanceurs d’alerte (MLA) et son collège stratégique. Dans quelques jours, notre union fédérale participera au premier conseil d’administration de la MLA, qui, rappelons-le, est une association de soutien aux lanceurs d’alerte créée en octobre 2018 à linitiative de Sciences Citoyennes et Transparency France et grâce à une vingtaine dorganisations qui contribuent à la construction de ce qui deviendra la Maison des Lanceurs dAlerte. Au 31 décembre 2020, la Maison des Lanceurs dAlerte compte 300 demandes de soutien et plus de 150 lanceurs dalerte accompagnés à son actif.

Rejoindre le conseil dadministration de la Maison des lanceurs dalerte (MLA) était une évidence pour la CFDT-Journalistes. Laction de la MLA est une nécessité pour que les journalistes puissent enquêter et travailler tout en protégeant cette source essentielle que sont les lanceurs dalerte comme lont démontré tous les derniers Leaks (Wiki, Lux, Swiss…) et plus largement toutes les enquêtes qui permettent, dans le Monde, en France et en région, de dénoncer la corruption, les liens dintérêts douteux voire criminels (Mediator) dans le but de restaurer le lien de confiance entre les citoyens, nos élites et les médias.

La France a adopté en 2016, avec la loi dite Sapin II, une législation pionnière qui a représenté un réel progrès pour la protection des lanceurs dalerte. Ses dispositions ont dailleurs inspiré la directive européenne adoptée en 2019. La transposition de la directive européenne est lopportunité dune réflexion sur les améliorations à apporter au dispositif français.

Aujourdhui, 15 des 27 États membres ont entamé leur processus, dont le Portugal, la Suède, la Lettonie, lIrlande, la Finlande, la Roumanie, lEspagne et le Danemark. A contrario, 12 États membres nont pas encore engagé leur procédure de transposition dont la Belgique, lAutriche, le Luxembourg, la Hongrie, lItalie, la Pologne et… la France. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a rendu un avis et le Défenseur des droits, chargé depuis 2016 de lorientation et de la protection des lanceurs dalerte, appelle depuis un an le Gouvernement et le Parlement à une transposition ambitieuse de la directive dans la loi française mais les choses trainent alors quil reste jusqu’à fin 2021 pour la réaliser.

La CFDT-Journalistes s’engage donc plus que jamais au soutien des lanceurs d’alerte et pour une amélioration de leur protection. Nous suivons ainsi le chemin tracé par la CFDT-Cadres qui faisait partie des cofondateurs de la Maison des lanceurs d’alerte.

Pologne, Hongrie… : en Europe, construire des médias indépendants pour contrer l’ingérence politique

Les 19 et 20 avril, la Fédération européenne des journalistes (FEJ), dont est membre la CFDT-Journalistes, a organisé deux webinaires sur la manière de créer des médias indépendants pour lutter contre l’ingérence politique. Nous avons pu suivre une partie des débats. Des médias indépendants sont ô combien importants dans le contexte d’une polarisation accrue, de la désinformation et des attaques contre les journalistes.

 

En Europe, la concentration des médias est un phénomène réel, mais elle a bon dos : à elle seule, elle ne peut expliquer les coups portés à l’indépendance des médias, et notamment l’offensive inédite contre les médias publics. Dans plusieurs pays, « les voix populistes ont désormais plus d’écho que les faits », s’alarme Renate Schroeder, directrice de la FEJ, qui ajoute : « L’interférence politique a toujours existé, mais notre suivi montre que c’est un phénomène croissant. Nous vivons un «tournant illibéral» en Europe ».

Reprise en main des médias de service public et fabrique de l’opinion

Selon l’étude menée par le chercheur spécialiste des médias Marc Gruber, les interférences et les pressions exercées sur les médias de service public sont de loin les menaces les plus inquiétantes, citant notamment les environnements répressifs, tels que la Biélorussie ou la Turquie. Mais pas seulement : l’exemple récent de l’éviction du Défenseur des droits polonais, et de son traitement à charge par la télé publique polonaise, est à ce titre aussi édifiant qu’inquiétant, comme le signalent nos confrères journalistes polonais.

Marc Gruber pointe néanmoins des initiatives positives des organisations de journalistes, par exemple la campagne « Hands off our BBC » du NUJ ou la création des nouveaux médias, comme Journo en Turquie.

Son homologue Vaclav Stetka présente justement un sombre tableau de la fabrique de l’opinion dans quatre pays : la République tchèque, la Serbie, la Pologne et la Hongrie. Son projet baptisé « Le virage illibéral : consommation d’informations, polarisation politique et démocratie en Europe centrale et orientale » montre une forte corrélation entre la consommation de médias d’information soumis à l’influence politique et les attitudes illibérales de leur public, sur des sujets tels que la démocratie, l’immigration ou le mariage gay…
L’universitaire pointe également que ces publics sont plus enclins à croire aux théories du complot. Dans ce contexte, explique-t-il, les personnes plus libérales ont tendance à se tourner vers les médias numériques et sociaux qu’ils considérent comme un contrepoids aux informations contrôlées par le gouvernement, au risque de tomber sur des informations manipulées.

« Alors que les plates-formes numériques restent une source importante de désinformation dans la région de l’Europe centrale et orientale, dans de nombreux pays, les plus grands risques pour la démocratie proviennent du gouvernement et des médias contrôlés par l’État», a conclu Stetka.

La sur-réglementation dans le cadre de la lutte contre les fausses informations pourrait même faire le jeu de gouvernements illibéraux. Par conséquent, a-t-il conclu, l’alliance des médias publics politiquement indépendants reste indispensable pour promouvoir les valeurs démocratiques et les normes de journalisme de qualité.

Chacun pense que « les autres » lisent de « fausses nouvelles »

Un constat partagé par l’eurodéputée hongroise Anna Donath. En Hongrie, explique-t-elle, la société est extrêmement polarisée, la concentration des médias est à la hausse tandis que l’éducation aux médias est faible. Il existe encore des médias indépendants, mais selon Anna Donath, la seule sphère publique gratuite se trouve sur les réseaux sociaux. « C’est pourquoi la loi européenne sur les services numériques est si importante et le contenu en ligne doit être surveillé et contrôlé. Maintenant, souligne-t-elle, tout le monde pense que les autres lisent de « fausses nouvelles.»

Sa collègue Yana Toom, ancienne journaliste et désormais eurodéputée estonienne, veut soutenir davantage les médias minoritaires. Elle pointe le danger des citoyens vivant dans des espaces d’information différents. « Ce n’est pas seulement une question d’inclusion sociale, mais c’est aussi un risque pour la sécurité », s’alarmant du cas de son pays où l’importante minorité russophone ne s’informe qu’auprès des médias russes officiels.

Une position relayée par l’eurodéputée roumaine Ramona Strugariu qui appelle à la mise en œuvre de programmes spécifiques pour aider les journalistes fragilisés par la concentration des médias.

Retrouvez le compte-rendu complet de la FEJ

Programme complet du webinaire passé

Monday, 19 April 2021

11:00 – 11:40: “Why does media independence matter to us?”

Anna Donath, MEP, Hungary / Ramona Strugariu MEP, Romania / Yana Toom, Estonia, MEP, Estonia / Moderator: Renate Schroeder, EFJ Director

11:40 – 12:55: “The status of media independence in Europe: An illiberal turn?”

Dr Vaclav Stetka, Loughborough University, UK / Marc Gruber, researcher and media consultant / Moderator: Maja Sever, President, Croatian Trade Union of Journalists

 

Tuesday, 20 April 2021

13:05 – 14:00: Case studies
“Building independent media to counter political interference in in challenging regimes”: Belarus, Turkey and Ukraine

Introduction and Moderation: Andrei Richter, Senior Adviser at OSCE / Alina Stepanovic Journalists’ Association of Belarus (BAJ) / Mustafa Kuleli, Journalists’ Union of Turkey (TGS) / Sergiy Tomilenko, National Union of Journalists of Ukraine (NUJU)

14:00 – 15:55: In EU and applicant countries: Austria, Macedonia and Spain

Gregor Kucera, Austria (GPA) / Marina Tuneva, North Macedonia, Press Council / Joan Barata Spain (PDLI)

16:00 – 16:30: “EU policies and instruments to ensure media independence”

Elda Brodi, Centre for Media Pluralism and Freedom / Marie Frenay, media pluralism and media freedom within EC cabinet of Vice-President Věra Jourová / Mogens Blicher Bjerregård, President, EFJ

Nouveaux risques : rencontre avec Jacqueline Papet, cofondatrice de la Conférence nationale des métiers du journalisme

 

La 11e Conférence nationale des métiers du journalisme se tiendra le mardi 4  mai 2021 de 9h15 à 17h30, en format webinaire en direct et en vidéo depuis le Celsa. Son thème : les nouveaux risques du journalisme. Les risques encourus se sont amplifiés et diversifiés : violences physiques, menaces numériques, tensions au sein même des entreprises de presse. Notre militante Jacqueline Papet, membre active de cet événement, nous en raconte l’enjeu, mais aussi ce qu’est la CNMJ, cet espace de dialogue unique dans la profession depuis 11 ans.

Des gilets jaunes aux risques numériques, retrouvez tout le programme de la CNMJ du 4 mai.

Jacqueline Papet est journaliste honoraire. Membre de la CFDT-Journalistes depuis plus de 40 ans, elle a occupé de nombreux mandats en instances : Commission de la Carte, CPNEJ et aujourd’hui elle préside la section journalistes de la CPNEF audiovisuel. Par ailleurs elle a contribué à mettre sur pied la CNMJ dont elle reste un membre actif. 

 

CFDT-Journalistes : Cette année la CNMJ est dédiée aux nouveaux risques du journalisme. Pourquoi ?

Nous venons de vivre une  affaire assez médiatisée :  deux jeunes femmes en butte aux lobbys agroalimentaires de Bretagne, Inès Léreau et Morgane Large ont subi des intimidations et des menaces de la part de ce lobby. Nous nous sommes dit : il est quand même incroyable qu’en France on puisse être confrontés à ce type de risques.  D’un point de vue numérique, entre le cyber harcèlement et les portables devenus des mouchards, les mails qui sont piratés, il y a un risque nouveau. Et persistent toujours les risques anciens : les théâtres de conflit, de tension. Deux confrères ont trouvé la mort au Burkina Faso très récemment. Les risques anciens et les risques nouveaux nous sont apparus comme de bons thèmes de débat, d’autant qu’ils intègrent le volet formation, l’ADN de la Conférence. A l’intérieur des écoles il faut peut-être se préparer à maitriser les risques et au moins à les appréhender.

 

CFDT-Journalistes : Quels sont pour vous les risques auxquels fait face le journalisme aujourd’hui?

Comme on vient de le voir, ils sont très divers ! J’ai longtemps travaillé à RFI . Nous avons eu 4 morts sur le terrain: un en Abidjan, deux au Mali, une en Afghanistan. Donc je suis un peu traumatisée par ça, et il n’y pas que moi puisque cela a entrainé beaucoup un syndrome post-traumatique  y compris dans les directions de RFI, avec ce questionnement : “est-ce que je continue à envoyer des journalistes sur le terrain?” Et « peut on envoyer des pigistes pour remplacer les statutaires ? « . Cela a débouché sur des cellules de débriefing qui n’existaient pas à l’époque, et aujourd’hui sur des préparations aux risques de terrain organisée par le ministère des Armées destinée aux journalistes.

Quant aux risques numériques, je ne les ai pas appréhendés car je suis journaliste honoraire. En revanche, il me semble qu’il reste un journalisme très dangereux : le journalisme d’investigation. Aujourd’hui, des confrères font de l’investigation sur quelques grands scandales liés à la déforestation, le soja transgénique, l’argent de la mafia pour ne citer que quelques thèmes. Ils prennent des risques énormes. L’enquête aujourd’hui est un acte journalistique risqué beaucoup plus me semble-t-il qu’avant et s’additionne aux autres risques.

Je pense que cette journée de la CNMJ sera intéressante dans ce sens. Nous allons entendre beaucoup de témoignages. Une étude a été faite auprès des écoles de journalisme. De jeunes journalistes vivent des situations que nous, les plus anciens, n’avons pas vécu.

 

CFDT-Journalistes : Vous faites partie des personnes à l’origine de la création de la CNMJ. Elle est née à partir de quels besoins ?

Nous réfléchissions sur le paritarisme qui montrait ses limites. Ca a été le cas dans différentes instances journalistiques et notamment quand j’étais à la CPNEJ (la Commission Nationale Paritaire de l’Emploi et des Journalistes). Très souvent on était camp contre camp, pour ne pas dire classe contre classe, et ça n’avançait pas vraiment.

A l’époque, Frédéric Mitterand, ministre de la Culture, a eu l’idée de créer une instance qui ne soit pas uniquement paritaire mais élargie à d’autres acteurs notamment aux écoles pour discuter des questions de formation. Il m’a demandé à moi et à deux directeurs d’école d’essayer d’imaginer une structure, conçue comme un think-tank, une boite à idées, où on réfléchirait à plusieurs : les syndicats mais aussi tous ceux qui s’occupent de formation, les chercheurs, les pouvoirs publics, et qui pourraient essayer de réfléchir sur comment on pourrait mieux adapter la formation à l’évolution des métiers et des médias. Il y a 10 ans, on était déjà dans une explosion de nouveaux métiers et de médias qui ont complètement changé d’allure. Il fallait adapter la formation. La première édition de la CNMJ a été organisée en septembre 2010.

 

CFDT-Journalistes: Vous prenez part à divers lieux de réflexion sur la profession. En quoi la CNMJ est un évènement si particulier ? 

Sont réunies des personnes qui n’ont pas forcément d’intérêts divergents. Très souvent par exemple à la CPNE audiovisuel ou à la CPNEJ, nous pouvons avoir à un moment donné des intérêts contradictoires. A la commission de la carte c’est pareil. A la CNMJ il y a simplement, comme dans les think tank, des gens qui se réunissent, qui essaient de réfléchir, de faire progresser une réflexion et éventuellement de faire des préconisations.

Ce qui me parait important aussi : on publie systématiquement les actes de la conférence sous forme papier, parce que nous croyons toujours au papier. Tous les actes de la conférence, comme Les journalistes et les gens en 2020, Les journalistes doivent-ils innover en 2019, ont été publiés. (Voir sur le site de la CNMJ).

 

CFDT-Journalistes : Parmi les actions concrètes que vous avez menées, nous pouvons citer l’harmonisation des critères de reconnaissance du métier de journalisme entre la profession et le ministère et le passeport professionnel. Une réussite d’un côté, un échec de l’autre.

L’harmonisation a été une réussite et nous en sommes fiers. Il y avait d’un coté les critères de reconnaissance de la profession et de l’autre côté ceux du ministère. Nous avons réussi à harmoniser les deux à l’issue d’un travail commun avec la CPNEJ. 

En revanche, le passeport professionnel a été une excellent idée, mais n’a pas abouti. Il s’agissait de  donner un minimum de 100 heures de formation aux journalistes qui n’ont pas eu l’opportunité ou qui n’ont pas voulu passer par une école de journalisme, pour qu’ils apprennent les règles d’éthique et de déontologie indispensables pour exercer correctement son métier. Là, on peut parler d’intérêts contradictoires : on était tous d’accord, mais quand il a fallu mettre l’outil à disposition de tous, une partie des employeurs a dit : “non, on ne peut pas être sur la base de l’obligation, ça ne peut être que sur la base du volontariat”. Les responsables des journaux n’adhéraient pas totalement à cette idée de passeport parce qu’il fallait remplacer les personnes qui seraient prises en formation, que cela coutait de l’argent, que cela ne leur semblait pas quelque chose de fondamentalement utile. Le passeport a fonctionné dans deux ou trois écoles une ou deux fois et après c’était terminé. C’est très dommage.

 

CFDT-Journalistes : Comment évaluez-vous le rôle que joue la CFDT dans ce type d’évènements qui réfléchissent sur l’avenir du métier et qui essaient de lancer des pistes ?

La CFDT-Journalistes se veut réformiste tout en respectant un certain nombre de valeurs. Elle essaye de ne pas être corporatiste et de faire de la médiation quand cela est nécessaire. Nous réfléchissons à nos pratiques professionnelles, à notre déontologie, à notre éthique. Sur certains dossiers  nous avons une vision un peu originale, car intercatégorielle.

Le groupe EBRA confond règlement intérieur et charte déontologique

Règlement intérieur copié-collé du monde bancaire, mention des clients et non lecteurs, notions de déontologie qui devraient faire l’objet d’un texte distinct, demande aux journalistes de déclarer leurs activités extérieures… pour la CFDT, le règlement intérieur du groupe EBRA ne passe pas !

 

Dans les différents CSE du groupe Ebra (L’Alsace, Le Bien Public, Le Dauphiné Libéré, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est Républicain, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, le Républicain Lorrain et Vosges matin) les directions ont présenté un règlement intérieur qui est un copier-coller d’un texte issu du monde bancaire (Le Crédit Mutuel est propriétaire du groupe).

Un exemple parmi tant d’autres : on y parle de clients et jamais de lecteurs. Mais plus inquiétant encore est le contenu d’une annexe relative aux devoirs des journalistes, appelée « code de déontologie », où sont affirmées de curieuses recommandations et cités des extraits de la « Déclaration des devoirs et des droits des journalistes de Munich » souvent sortis de leur contexte et incomplets. Un exemple parmi d’autres : les notions de “ liberté d’information du journaliste”,  de “devoir de défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique” ne sont pas abordées.

Pour cette raison, les élus CFDT n’ont pas donné d’avis favorable à ce texte.

Un règlement intérieur doit rester un règlement intérieur

La CFDT Journalistes rappelle qu’un règlement intérieur a seulement pour objet de préciser la réglementation en matière d’hygiène et de sécurité ; de déterminer les règles générales relatives à la discipline ainsi que la nature et l’échelle des sanctions applicables, de rappeler les dispositions relatives à l’interdiction du harcèlement sexuel et de toute pratique de harcèlement moral, etc.

Concernant la déontologie des journalistes, la CFDT demande tout simplement que soit respectée la « Déclaration des devoirs et des droits des journalistes de Munich” (1971) en l’intégrant à chaque charte de déontologie… si celle-ci n’est pas encore mise en place dans les entreprises du groupe (loi Bloche de 2016).

Atteinte à la vie privée

Autre point inquiétant, il est noté dans le règlement que : “Dans le cas où une activité lucrative ou non, extérieure à son activité de journaliste dans l’entreprise, est susceptible de porter atteinte à sa crédibilité et à son indépendance, le journaliste est tenu d’alerter sa rédaction en chef pour que celle-ci puisse mettre en place avec lui les mesures adéquates pour préserver son intégrité professionnelle et sa liberté individuelle.”

Qu’entend la direction d’EBRA par une activité qui “est susceptible de porter atteinte à la crédibilité ou l’indépendance” : faire partie d’une association, d’un syndicat, d’une fédération de sport, etc. Sont-ce des activités entrant sous le coup de cette obligation ?

La formulation est tellement générale qu’à sa lecture, on peut penser que toute activité publique, associative, politique, ou autre du journaliste devrait être connue de l’employeur, ce qui constituerait une atteinte à la vie privée !

Lire le tract intégral de la CFDT EBRA