DIF : Journalistes, ne perdez pas vos droits à la formation !

L’école de journalisme est loin ? Vous n’en avez pas fait ? Vous auriez bien besoin de vous mettre à jour, de vous spécialiser ? Ou vous avez envie de changer de métier ? De faire un bilan de compétences ? La formation, c’est toute la vie ! Mais attention, les droits DIF acquis avant 2015 doivent être transférés individuellement avant le 30 juin 2021, sinon ils seront perdus !

 

Les droits à la formation ne sont pas illimités, ils se gagnent petit à petit. Raison de plus pour ne pas perdre ceux patiemment acquis. Parmi ceux-ci, le Compte personnel formation (CPF), qui a pris la suite du droit individuel à la formation (DIF) depuis 2015, et qui est alimenté automatiquement chaque année par les employeurs. Mais pour que les droits acquis avant 2015 soient transférés, ce n’est pas automatique : c’est à chaque salarié de faire la démarche. Vous l’avez peut-être fait depuis plusieurs années. Sinon, la date limite est le 30 juin 2021. Ensuite, vos anciennes heures seront perdues.

Avant 2015, vous pouviez cumuler jusqu’à 20h de formation par an sur une période de 6 ans max, donc si vous n’avez pas utilisé ces droits depuis 2009 vous avez peut-être un reliquat de 120h (soit 1800 euros dans le  nouveau système).

Concrètement, que faut-il faire avant le 30 juin, si ce n’est pas déjà fait ?

  1. aller sur www.moncompteformation.gouv.fr et aucun autre site (les arnaques sont nombreuses, y compris sur des sites se parant de toutes les apparences officielles, et qui n’hésitent pas à vous démarcher par mail actuellement))
  2. vous connecter à votre compte ou en créer un
  3. aller dans « Mes droits formation » puis
  4. noter le solde de vos heures DIF
  5. télécharger le justificatif où apparait le nouveau solde de votre compteur en euros

Comment connaître mon nombre d’heures acquises du temps du DIF, avant 2015 ?

  • sur votre bulletin de salaire de décembre 2014 ou janvier 2015,
  • sur une attestation de droits au DIF fournie par votre employeur. Si vous avez eu successivement plusieurs employeurs entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2014, seule l’attestation fournie par votre dernier employeur en date est valable. Si vous avez travaillé simultanément pour plusieurs employeurs à la date du 31 décembre 2014, additionnez les heures indiquées sur les attestations de chacun de vos employeurs. Numérisez au préalable toutes les attestations afin de ne télécharger qu’un seul document.
  • sur votre dernier certificat de travail
  • les pigistes peuvent aussi s’adresser à l’AFDAS en se munissant de leurs archives de fiches de paie. En 2009 : 20 heures de DIF acquises au titre de l’année 2009, à condition d’avoir été titulaire de la carte de presse 2009.  Entre 2010 et 2014, par année: (montant total des piges perçues sur l’année civile y compris 13e mois et congés payés/18 200) × 20. Le résultat obtenu est arrondi à l’unité supérieure et plafonné à 20 heures par an. Les années au cours desquelles le journaliste pigiste n’était pas bénéficiaire de la carte de presse ne doivent pas être comptabilisées.
    Si le journaliste pigiste a bénéficié d’une formation dans le cadre du DIF au cours de l’une de ces années, la durée de formation doit être retranchée du total des heures obtenues.
    Dans le cas où le journaliste pigiste pourrait justifier d’un cumul d’heures plus favorable grâce aux attestations remises avant le 31 janvier 2015 par les différentes entreprises avec lesquelles il collabore (y compris sur la base de l’avenant du 30 janvier 2009), alors les services de l’AFDAS tiennent compte de ce décompte.

Le CPF, c’est combien par an ?

Depuis le 1er janvier 2019, l’alimentation du Compte personnel de formation n’est plus en heures mais en euros, à hauteur de 500 € par an dans la limite de 5 000 €. Pour les personnes non qualifiées, ce compte est crédité d’un montant plus important, à savoir 800 € par an dans la limite de 8 000 €. Un prorata est calculé pour les salariés à temps partiel. La loi prévoit un calcul particulier pour tous les salariés (dont les pigistes) dont la rémunération ne dépend pas d’un horaire de travail. Pour acquérir 500 €/an, il faut avoir gagné au moins 2 080 fois le montant horaire brut du SMIC (10,15 € en 2020) soit 21 112 €. Vous avez gagné moins ? Faites une règle de 3 pour calculer la somme acquise. Exemple : vous avez gagné 15 000 € brut en 2020, 356 €.

Comment utiliser mon CPF ?

Il faut que la formation demandée débouche sur une certification (ou une partie de certification). Toutes les formations « éligibles au CPF » sont répertoriées sur le site moncompteformation.gouv.fr

En pratique, si vous avez repéré une formation qui vous intéresse, demandez à l’organisme si elle est éligible au CPF.

ATTENTION – Les stages comme “Savoir utiliser les réseaux sociaux” ou “Ecrire pour être lu” ne peuvent pas être pris en charge dans le cadre du CPF car ils ne sont pas qualifiants. En revanche, ils peuvent être pris en charge par d’autres budgets, comme le plan de formation de votre entreprise ou, pour les pigistes, les fonds AFDAS, dans le cadre de l’accord pigistes.

 

 

 

Risques du journalisme : 5 raisons de revoir la CNMJ 2021

« Un grand reporter a le temps de se préparer avant d’aller sur le terrain. Après 2015, Charlie Hebdo, le Bataclan et les Gilets jaunes, les journalistes en France ont été confrontés à des violences qu’ils ne connaissaient pas. Plus globalement, les journalistes et notamment ceux qui enquêtent et font de l’investigation sont de plus en plus la cible des lobbys qu’ils dérangent comme Morgane Large et Inès Léraud en Bretagne, face aux géants de l’agro-industrie en pointant le scandale des algues vertes ». Ce que décrit Catherine Monnet, ex-grand reporter à RFI et représentant RSF aujourd’hui, est bien le choc de la violence vécue par les journalistes en France depuis 2015.

La question de la sécurité concerne désormais tous les journalistes. La conférence nationale des métiers du journalisme en a donc fait son sujet, lors de sa journée du 4 mai 2021. En plus de notre militante Jacqueline Papet, coorganisatrice et co animatrice des débats, plusieurs membres de la CFDT-Journalistes y étaient. Et voilà, selon eux, cinq bonnes raisons d’écouter les replay. 

1/ Écouter des témoignages forts de confrères et consœurs confrontés aux risques sur le terrain

… à l’image de celui d’Aline Leclerc qui traite des questions économiques et sociales au journal Le Monde. Elle a couvert les manifestations des Gilets Jaunes avec le service politique de son journal. « J’ai commencé par observer le mouvement d’un point de vue social et économique. A l’époque, on rencontre Eric Drouet et Priscilla Ludowski, qui sortaient du lot sans être pour autant des leaders. Pour la plupart, ils n’avaient jamais manifesté et ça s’est vu le 17 novembre. Les GJ se rencontrent et se comptent. Mais les GJ se font gazer rue du Faubourg Saint-Honoré alors même que les CRS sont leurs fils, leurs cousins et qu’’ils sont sûrs qu’ils vont les rejoindre. C’est un rappel à la réalité très fort pour les manifestants. Le 27 novembre, les tensions montent puis explosent le 1er décembre (…) Nous n’avions pas d’équipement prévu pour les manifestations et il a fallu improviser. Nous ne pouvions pas repartir sans masque ni casques. Se mettre à l’abri et dans sa bulle pour écrire est impossible. Le décalage était grand entre nos collègues à la rédaction web et nous sur le terrain. C’était une véritable machine à laver. Je partais le matin en me demandant si j’allais revenir en un seul morceau. Et vous savez combien on n’aime pas « les petites choses fragiles » en journalisme et singulièrement au Monde. Il faut absolument savoir comment se comporter en situation de péril. Il faut former les confrères à l’avenir pour comprendre ces manifestations ! ».

Revoir la table ronde sur les risques de terrain

Revoir la carte blanche de Florence Le Cam, Professeure de journalisme à l’Université libre de Bruxelles, sur Journalisme et violence : du terrain à la rédaction. 

 

2/ Apprendre à verbaliser ce vécu violent et à repérer les troubles post-traumatiques

 

Quand le sociologue Jean-Marie Charon a auditionné des journalistes ayant couvert le mouvement des gilets jaunes, en organisant des mini-séminaires en régions, ceux-ci lui ont dit à chaque fois que c’était la première fois qu’ils avaient l’occasion de revenir sur ce qu’ils avaient vécu. Pourtant, ils en avaient besoin. Mais ils n’ont pas trouvé auprès de leurs collègues ou d’autres cercles professionnels l’opportunité d’un véritable debriefing, alors que cela les avait profondément marqué, avec des effets proches du syndrome post traumatique.

Lire et revoir la carte blanche de Jean-Marie Charon sur Le choc de la violence pour un journalisme ordinaire lors du mouvement des Gilets Jaunes

Revoir la carte blanche de Bertille Ossey Woisard (AFP, DU Psychotraumatologie) : Journalistes face aux risques psychotraumatiques : quelle prévention, quelle solution ?

 

3/ Prendre conscience d’une violence spécifique : le cyberharcèlement

 

Les violences contre les journalistes s’exercent aussi bien hors ligne qu’en ligne. Les cyber harceleurs, surtout des hommes, s’attaquent principalement aux femmes, en raison de leur genre et non pas de la qualité de leur travail comme le révèle une étude de l’Organisation des Nations unies. Doxing (partage de données personnelles sur les réseaux), trolling (menaces envers les membres de la famille), campagne de désinformation…

« Le cyber harcèlement est très efficace pour réduire au silence » témoigne la journaliste indépendante Julie Hainaut, victime de la fachosphère. Eric Morain, son avocat pénaliste, constate l’explosion de cyber attaques avec l’arrivée de la radio filmée qui peuvent se prolonger jusque devant les locaux des médias. Il regrette le retard de la justice sur le sujet et le manque de coopération des plateformes. La cyber violence rejaillit pourtant de plus en plus dans le monde réel. « Les relevés d’adresses url sont essentiels pour retrouver la trace des harceleurs » insiste-t-il.

A noter que l’association Prenons la Une propose des formations et une aide aux journalistes victimes de cyber harcèlement.

Une charte réseaux sociaux, dont plusieurs grands médias se sont dotés, paraît essentielle pour mieux protéger les journalistes (cf celle du New York Times, entre autres)

Revoir la table ronde sur les risques numériques

 

4/ Faire le lien entre précarité, isolement, et sécurité

 

Anaïs Denet avait 23 ans quand elle a couvert l’affaire de l’assassinat de la famille Troadec en tant que correspondante de RMC puis de BFM-TV à Nantes. Pigiste, rémunérée seulement quand ses propositions sont acceptées, elle est aspirée dans la course au scoop, toque aux portes des familles, sans se protéger, à l’époque où le meurtrier n’est pas connu. « La violence est omniprésente dans mon métier : la violence que j’impose aux gens en allant frapper chez eux, et la violence que je subis », raconte celle qui a totalement vécu, nuit et jour, pour cette affaire, au point de se mettre en danger.

« BFM prenait davantage soin de moi, et m’a proposé un suivi psychologique. Mais on peut très vite se laisser aspirer, et personne ne vous dit d’arrêter».

 

 

5/ S’inspirer des initiatives de formation aux risques

 

Leitmotiv tout au long de la journée : le besoin de formation. Ici et là, les choses bougent, mais le chantier reste colossal.

  • En écoles de journalisme

Une étude réalisée par Soraya Morvan-Smith (IUT Lannion) auprès des écoles de journalisme reconnues révèle que celles-ci ne mettent plus les risques de côté, que ce soit en ateliers pratiques, en cours de déontologie, de sociologie, ou lors de rencontres avec des professionnels. « Elles font le choix de dire la vérité, tout en essayant de ne pas être anxiogènes », indique-t-elle. Certaines écoles font intervenir des représentants de la police, des avocats.

Une autre étude, réalisée par deux étudiantes de l’IPJ Dauphine, Manon Minaca et Mélodie Taberlet, révèle que le premier risque redouté par les étudiants est celui de la précarité financière, bien avant les risques psychologiques ou de terrain. Ils expriment un très fort besoin de formation concrète, via des retours d’expérience, comme par exemple « apprendre à dialoguer, à négocier » pour désamorcer une confrontation violente. Mais aussi un besoin de ressources pour mieux connaitre ses droits, savoir qui prévenir en cas d’arrestations arbitraires, etc.

  • Dans les rédactions

Parmi les formations citées, celle sur le cyber harcèlement à France Télévision, un module de premiers secours à France Médias Monde, un module de six jours pour les 126 correspondants de ce groupe présents en zone dangereuse, puis un appui à la décision à distance…

Au Progrès et au Bien Public, le sujet a été débattu en Commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), avec les organisations syndicales, afin d’établir des procédures. Des formations ont été menées sur la conduite à tenir en cas d’agression, sur la façon de vivre les violences verbales de façon plus distanciées, mais aussi sur la nécessaire prudence dans la gestion de ses réseaux sociaux. « Une des difficultés est externe : quand on porte plainte, le classement sans suite est systématique », dénonce Xavier Antoyé, rédacteur en chef. Un document a été conçu pour préparer les journalistes au dépôt de plainte, mais également où des stickers magnétiques sont mis à disposition pour cacher les logos sur les véhicules du journal, quand les journalistes se rendent sur certains terrains.

 

La démonstration d’un fossé profond entre journalistes et forces de l’ordre

« Certains confrères ont été directement chargés par les forces de l’ordre. Oui, plusieurs collègues ont été visés, je l’ai vécu (…) Comment on fait pour travailler si on est pris en étau entre les deux camps? Dans ces moments-là, très précis, ça fait peur, on n’était pas les bienvenus, on n’a pas l’impression d’être en démocratie…« , explique Estelle Henry.

Aline Leclerc insiste : « Au moins deux collègues du Monde se sont vus retirer leurs lunettes et leurs masques et nous n’avons jamais eu de réponse claire sur ce sujet par la préfecture… »

 

Egalement à revoir, la table ronde « Les dessinateurs de presse, hier et aujourd’hui : un métier à risque? »

 

Nouveaux risques : rencontre avec Jacqueline Papet, cofondatrice de la Conférence nationale des métiers du journalisme

 

La 11e Conférence nationale des métiers du journalisme se tiendra le mardi 4  mai 2021 de 9h15 à 17h30, en format webinaire en direct et en vidéo depuis le Celsa. Son thème : les nouveaux risques du journalisme. Les risques encourus se sont amplifiés et diversifiés : violences physiques, menaces numériques, tensions au sein même des entreprises de presse. Notre militante Jacqueline Papet, membre active de cet événement, nous en raconte l’enjeu, mais aussi ce qu’est la CNMJ, cet espace de dialogue unique dans la profession depuis 11 ans.

Des gilets jaunes aux risques numériques, retrouvez tout le programme de la CNMJ du 4 mai.

Jacqueline Papet est journaliste honoraire. Membre de la CFDT-Journalistes depuis plus de 40 ans, elle a occupé de nombreux mandats en instances : Commission de la Carte, CPNEJ et aujourd’hui elle préside la section journalistes de la CPNEF audiovisuel. Par ailleurs elle a contribué à mettre sur pied la CNMJ dont elle reste un membre actif. 

 

CFDT-Journalistes : Cette année la CNMJ est dédiée aux nouveaux risques du journalisme. Pourquoi ?

Nous venons de vivre une  affaire assez médiatisée :  deux jeunes femmes en butte aux lobbys agroalimentaires de Bretagne, Inès Léreau et Morgane Large ont subi des intimidations et des menaces de la part de ce lobby. Nous nous sommes dit : il est quand même incroyable qu’en France on puisse être confrontés à ce type de risques.  D’un point de vue numérique, entre le cyber harcèlement et les portables devenus des mouchards, les mails qui sont piratés, il y a un risque nouveau. Et persistent toujours les risques anciens : les théâtres de conflit, de tension. Deux confrères ont trouvé la mort au Burkina Faso très récemment. Les risques anciens et les risques nouveaux nous sont apparus comme de bons thèmes de débat, d’autant qu’ils intègrent le volet formation, l’ADN de la Conférence. A l’intérieur des écoles il faut peut-être se préparer à maitriser les risques et au moins à les appréhender.

 

CFDT-Journalistes : Quels sont pour vous les risques auxquels fait face le journalisme aujourd’hui?

Comme on vient de le voir, ils sont très divers ! J’ai longtemps travaillé à RFI . Nous avons eu 4 morts sur le terrain: un en Abidjan, deux au Mali, une en Afghanistan. Donc je suis un peu traumatisée par ça, et il n’y pas que moi puisque cela a entrainé beaucoup un syndrome post-traumatique  y compris dans les directions de RFI, avec ce questionnement : “est-ce que je continue à envoyer des journalistes sur le terrain?” Et « peut on envoyer des pigistes pour remplacer les statutaires ? « . Cela a débouché sur des cellules de débriefing qui n’existaient pas à l’époque, et aujourd’hui sur des préparations aux risques de terrain organisée par le ministère des Armées destinée aux journalistes.

Quant aux risques numériques, je ne les ai pas appréhendés car je suis journaliste honoraire. En revanche, il me semble qu’il reste un journalisme très dangereux : le journalisme d’investigation. Aujourd’hui, des confrères font de l’investigation sur quelques grands scandales liés à la déforestation, le soja transgénique, l’argent de la mafia pour ne citer que quelques thèmes. Ils prennent des risques énormes. L’enquête aujourd’hui est un acte journalistique risqué beaucoup plus me semble-t-il qu’avant et s’additionne aux autres risques.

Je pense que cette journée de la CNMJ sera intéressante dans ce sens. Nous allons entendre beaucoup de témoignages. Une étude a été faite auprès des écoles de journalisme. De jeunes journalistes vivent des situations que nous, les plus anciens, n’avons pas vécu.

 

CFDT-Journalistes : Vous faites partie des personnes à l’origine de la création de la CNMJ. Elle est née à partir de quels besoins ?

Nous réfléchissions sur le paritarisme qui montrait ses limites. Ca a été le cas dans différentes instances journalistiques et notamment quand j’étais à la CPNEJ (la Commission Nationale Paritaire de l’Emploi et des Journalistes). Très souvent on était camp contre camp, pour ne pas dire classe contre classe, et ça n’avançait pas vraiment.

A l’époque, Frédéric Mitterand, ministre de la Culture, a eu l’idée de créer une instance qui ne soit pas uniquement paritaire mais élargie à d’autres acteurs notamment aux écoles pour discuter des questions de formation. Il m’a demandé à moi et à deux directeurs d’école d’essayer d’imaginer une structure, conçue comme un think-tank, une boite à idées, où on réfléchirait à plusieurs : les syndicats mais aussi tous ceux qui s’occupent de formation, les chercheurs, les pouvoirs publics, et qui pourraient essayer de réfléchir sur comment on pourrait mieux adapter la formation à l’évolution des métiers et des médias. Il y a 10 ans, on était déjà dans une explosion de nouveaux métiers et de médias qui ont complètement changé d’allure. Il fallait adapter la formation. La première édition de la CNMJ a été organisée en septembre 2010.

 

CFDT-Journalistes: Vous prenez part à divers lieux de réflexion sur la profession. En quoi la CNMJ est un évènement si particulier ? 

Sont réunies des personnes qui n’ont pas forcément d’intérêts divergents. Très souvent par exemple à la CPNE audiovisuel ou à la CPNEJ, nous pouvons avoir à un moment donné des intérêts contradictoires. A la commission de la carte c’est pareil. A la CNMJ il y a simplement, comme dans les think tank, des gens qui se réunissent, qui essaient de réfléchir, de faire progresser une réflexion et éventuellement de faire des préconisations.

Ce qui me parait important aussi : on publie systématiquement les actes de la conférence sous forme papier, parce que nous croyons toujours au papier. Tous les actes de la conférence, comme Les journalistes et les gens en 2020, Les journalistes doivent-ils innover en 2019, ont été publiés. (Voir sur le site de la CNMJ).

 

CFDT-Journalistes : Parmi les actions concrètes que vous avez menées, nous pouvons citer l’harmonisation des critères de reconnaissance du métier de journalisme entre la profession et le ministère et le passeport professionnel. Une réussite d’un côté, un échec de l’autre.

L’harmonisation a été une réussite et nous en sommes fiers. Il y avait d’un coté les critères de reconnaissance de la profession et de l’autre côté ceux du ministère. Nous avons réussi à harmoniser les deux à l’issue d’un travail commun avec la CPNEJ. 

En revanche, le passeport professionnel a été une excellent idée, mais n’a pas abouti. Il s’agissait de  donner un minimum de 100 heures de formation aux journalistes qui n’ont pas eu l’opportunité ou qui n’ont pas voulu passer par une école de journalisme, pour qu’ils apprennent les règles d’éthique et de déontologie indispensables pour exercer correctement son métier. Là, on peut parler d’intérêts contradictoires : on était tous d’accord, mais quand il a fallu mettre l’outil à disposition de tous, une partie des employeurs a dit : “non, on ne peut pas être sur la base de l’obligation, ça ne peut être que sur la base du volontariat”. Les responsables des journaux n’adhéraient pas totalement à cette idée de passeport parce qu’il fallait remplacer les personnes qui seraient prises en formation, que cela coutait de l’argent, que cela ne leur semblait pas quelque chose de fondamentalement utile. Le passeport a fonctionné dans deux ou trois écoles une ou deux fois et après c’était terminé. C’est très dommage.

 

CFDT-Journalistes : Comment évaluez-vous le rôle que joue la CFDT dans ce type d’évènements qui réfléchissent sur l’avenir du métier et qui essaient de lancer des pistes ?

La CFDT-Journalistes se veut réformiste tout en respectant un certain nombre de valeurs. Elle essaye de ne pas être corporatiste et de faire de la médiation quand cela est nécessaire. Nous réfléchissons à nos pratiques professionnelles, à notre déontologie, à notre éthique. Sur certains dossiers  nous avons une vision un peu originale, car intercatégorielle.

Education aux médias : vers une certification des journalistes intervenants

L’éducation aux médias se développe, les initiatives foisonnent : c’est une bonne nouvelle ! De nombreux journalistes s’y investissent. Pour se doter d’objectifs et méthodes communs, tout en gardant la diversité des approches, une certification des intervenants est en cours de réflexion. La CFDT participe aux travaux préliminaires, grâce à son engagement au sein des commissions paritaires nationales emploi formation qui concernent les journalistes. 

L’assassinat de Samuel Paty en octobre dernier a accéléré la réflexion 
entamée depuis quelques temps au sein de la section journalistes de la 
CPNEF audiovisuelle (où la CFDT est représentée par Jacqueline Papet) autour de l’éducation aux médias et à 
l’information (EMI). Après quelques réunions, la
 commission a estimé qu’il était opportun de créer une certification interbranche pour les professionnels de l’audiovisuel et de la presse qui 
interviennent dans les établissements scolaires ou dans les structures 
qui accueillent des jeunes.

Beaucoup d’initiatives existent déjà mais de façon dispersée. Doter 
ces bonnes volontés de compétences reconnues paraît indispensable pour
 qu’elles aient en commun une méthode, un référentiel, mais aussi encourager des personnes tentées par l’aventure mais ayant besoin de bases. Cette nouvelle formation, qui pourrait durer entre trois et dix jours, donnera lieu à un CQP ou CCP (Certificat de compétences professionnelles) intitulé ‘Eduquer aux médias et à l’information’

Une étude imminente

Comme cela avait déjà été fait il y a quelques années pour une étude
 sur l’insertion des diplômés en journalisme, les deux autres CPNE 
concernées ont été sollicitées : la CPNE Presse (la CFDT y est
 représentée) a déjà donné 
son accord officiel et participera au financement du projet. La CPNEJ (où la CFDT est aussi représentée) 
s’est déclarée très intéressée, notamment pour étudier comment les écoles de journalisme reconnues pourraient avoir un rôle à jouer en tant qu’opérateurs de la certification. L’Afdas et le CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à 
l’information) seront tout naturellement les partenaires de 
l’initiative.

On peut considérer que l’idée est maintenant en cours de réalisation. Les membres de la CPNEF de l’audiovisuel ont rédigé le cahier des charges d’un appel d’offres, sur le point d’être lancé, en vue de trouver le prestataire d’une étude sur l’ingénierie de la certification, et cela dans le cadre d’un EDEC 
(Engagement de développement de l’emploi et des compétences).

Les premiers stagiaires dès 2022

Cette étude visant à réaliser le référentiel de compétences et construire la certification pourrait être lancée fin mai et livrée à la rentrée de septembre 2021. Durant cette période, les porteurs de l’étude chercheront à recueillir les retours d’expériences, observations et préconisations d’acteurs de l’éducation aux médias (si c’est votre cas, n’hésitez pas à contacter CFDT)-Journalistes, qui transmettra).

De novembre 2021 à janvier 2022 pourraient être agréés les organismes de formation susceptibles de délivrer cette formation, pour de premières entrées en formation en février-mars 2022.



Qu’est-ce qu’une CPNEF ?

La Commission paritaire nationale emploi, formation est une instance composée à égalité en nombre de représentants des organisations syndicales des salariés d’un côté et de représentants des employeurs de l’autre. Elle a plusieurs missions: l’analyse prospective de l’évolution qualitative et quantitative des métiers et qualifications de son secteur; l’étude des moyens de formation existants; l’examen des mesures propres à assurer la pleine utilisation, l’adaptation et le développement de ces moyens, la formulation des orientations à donner aux actions de formation, la définition des priorités dans le domaine de la formation professionnelle, etc.


Lire l’avis du Conseil économique social et environnemental (CESE) de 2019 préconisant notamment de mieux former les acteurs et les actrices intervenant dans le domaine de l’éducation aux médias et à l’information (EMI)

 

Écoles de journalisme : coup de neuf sur les critères de reconnaissance et les programmes

Depuis décembre sont en vigueur un nouveau référentiel des attendus des programmes et de nouveaux critères de reconnaissance des écoles de journalisme. Procéder à l’actualisation des documents fut un long chantier, mené par les membres de la Commission paritaire nationale pour l’emploi des journalistes (CPNEJ), dont CFDT-Journalistes fait partie.

 

Actuellement, les écoles reconnues sont au nombre de 14. Leur reconnaissance est renouvelée tous les quatre ans, sur dossier. Mais régulièrement d’autres écoles de journalisme privées ou publiques – ainsi que des filières de formation dans certains IUT ou universités – souhaitent avoir une reconnaissance de la profession. Ils doivent alors déposer un dossier à la CPNEJ, une commission mixte réunissant syndicats de salariés et d’employeurs.

La rédaction du premier référentiel et des critères remontait aux années 2000. Une vingtaine d’années durant lesquelles le monde des médias a beaucoup évolué. La CPNEJ et la CEJ (Conférence des Écoles de Journalisme) étaient donc en attente de textes répondant aux changements d’exercice du métier sous toutes ses formes. Depuis 2018 le groupe de travail dédié de la CPNEJ (auquel CFDT Journalistes a participé) a travaillé notamment sur la base d’une enquête menée auprès des écoles et échangé régulièrement avec les entreprises de média comme avec les représentants de la CEJ.

En décembre 2020 deux documents ont été signés par les partenaires sociaux, et adjoints à la Convention collective : l’accord portant sur la définition des critères de reconnaissance, et celui, annexé à cet accord, détaillant le référentiel commun des compétences attendues dans les diverses formations au journalisme.

Web et lutte contre les fausses informations

Le référentiel repose sur quatre thématiques définissant les contenus des enseignements : les techniques et fondamentaux du métier, la profession, l’entreprise d’information et la culture générale.

Est par exemple désormais attendu de « maîtriser un content management system (CMS)« , d' »apprendre à travailler avec un développeur web« , de « savoir produire pour les réseaux sociaux et gérer des communautés » ou encore d' »être capable d’interagir avec les publics (lecteurs, téléspectateurs, internautes…)« .  La déontologie s’étend à la promotion des outils pour lutter contre les fausses informations et à la lutte contre les stéréotypes et les discriminations.

Marché du travail et paritarisme au menu

Au registre économique et social, toutes les écoles sont tenues de consacrer, par exemple, des enseignements sur la rémunération à la pige, sur les structures paritaires de la profession, sur les syndicats de journalistes, sociétés de journalistes et sociétés de rédacteurs…

Les étudiants doivent être informés de l’état du marché du travail par type de médias et par fonction ou encore être préparés à la création d’une entreprise d’information. Ils doivent savoir ce que sont les aides à la presse et la contribution à l’audiovisuel public, et les cours sur les caractéristiques économiques et industrielles des entreprises d’information doivent évoquer le financement participatif !

Consulter tout le référentiel des attendus des formations

La durée des stages précisée

Certains critères ont été durcis, car des établissements demandent une reconnaissance avec des équipes non dédiées à la formation des journalistes et avec des stages de six mois consécutifs. Chaque cursus doit bénéficier d’un encadrement pédagogique dédié principalement à la formation des journalistes et suffisamment pérenne. Les stages peuvent représenter entre 16 et 26 semaines pour un cursus de deux ans, entre 24 et 39 semaines pour un cursus de trois ans. Mais un même stage ne peut dépasser dix semaines.

Consulter les critères de reconnaissance

 

Actuellement, la CPNEJ est présidée par Antoine Chuzeville (SNJ) et les représentants de la CFDT sont Marie Goerg Lieby, titulaire, vice-présidente de la CPNEJ, et Dominique Martin, suppléant.

Nous avons des représentants dans les conseils pédagogiques de toutes les écoles reconnues.

49 étudiants admis au CUEJ

Le conseil d’administration du CUEJ (Centre universitaire d’enseignement du journalisme) s’est tenu le 16 juillet à Strasbourg, à la fois en distanciel avec le président Victor Rocaries au téléphone et deux représentants des étudiants en visioconférence.

Très peu de cours ont été annulés au CUEJ malgré la crise sanitaire. Sauf que la délocalisation des étudiants de M2 à l’étranger a été hélas annulée et que certains cours sur le terrain des M1 n’ont pas pu être réalisés et ne le seront qu’à la rentrée. Le directeur du CUEJ, Christophe Deleu, a rendu hommage à « l’investissement de l’équipe pédagogique ».

Le concours d’entrée 2020, évidemment sans épreuve en présentiel suite aux nouvelles modalités, a réuni 854 candidats pour l’écrit soit 150 de plus que l’an dernier. Quelque 200 candidats ont été retenus pour les épreuves orales et au final, 49 ont été sélectionnés. Parmi eux, 8 étudiants du Grand Est dont 7 Alsaciens, 14 de l’Ile de France, quatre de Bretagne, 3 de Bourgogne, etc. Leur formation d’origine ? Sciences Po prédomine puis Info-Com, lettres, sciences sociales, droit, histoire etc. La moitié des candidats ont fait des Prépa dont l’Académie ESJ Lille pour 8 sur 49 et la Chance, 4 sur 49. Enfin, douze étudiants sont boursiers soit 25%. Réponse du directeur à la question d’un délégué-étudiant : « La procédure a pris du temps, les résultats ont été plus tardifs c’est vrai ». Satisfaction par rapport au cursus de journalisme franco-allemand opéré avec l’université de Fribourg puisqu’il y a eu assez de candidats.

Renouvellement

Pour accueillir les anciens et futurs étudiants du CUEJ, plusieurs nouvelles têtes parmi le personnel administratif. Chez le personnel enseignant, plutôt des confirmations d’intervenants suite à des départs. Sont ainsi nommés Yannick Olland (RTL, Reporter, Strasbourg), Régis Massini (JRI France 2 Strasbourg), Christophe Busché (JRI indépendant, auteur de plusieurs documentaires), Aurélia Braud (réalisatrice TV) et Charlotte Dorn, rédactrice DNA. Raphaëlle Briaud qui était directrice des études à son arrivée il y a quelques mois obtient de litre de directrice adjointe, chargée des relations avec le monde professionnel, de l’alternance et de la spécialisation écrite Presse écrite et multimédia ou PEM. Elle devient aussi responsable de la spécialisation Presse écrite multimédia en M2 et des enseignements de ce domaine en M1, cette option étant ainsi renforcée. Côté budget, l’UNISTRA (Université de Strasbourg) finance entre autres deux projets (équipement de tournage, ordinateurs pour le personnel) à hauteur de 12 000 euros. Parmi les autres points évoqués, figurait aussi la notification des critères de sélection pour les étudiants aspirant à telle ou telle spécialité. Désormais ce sera fait et ces critères objectifs figureront sur le site internet du CUEJ.

Jurisprudence

Anne Beyl, représentante SNJ, avait pris la parole au nom des trois syndicats SNJ, SNJ-CGT et CFDT Journalistes, pour demander une réponse aux doléances de Jonathan T. un étudiant évincé de la filière rédacteur TV (10 places seulement…) qu’il souhaitait ardemment rejoindre en M2 et dont il a été empêché. Alors qu’il pensait avoir les qualités et sans qu’on lui en ait communiqué les raisons. Un tel cas ne devrait plus se reproduire, grâce à l’intervention de cet ancien étudiant, relayée en particulier par la représentante de CFDT Journalistes.

M.GL Publié le :  Dimanche, 9 Août, 2020