Salaires des journalistes en presse spécialisée : la CFDT ne signe pas

Les négociations des barèmes minimum salariaux des journalistes de presse spécialisées ont abouti fin avril à une dernière proposition de la partie patronale (FNPS). Cependant, jugeant que cette très faible réévaluation ne relevait pas substantiellement les conditions d’existence de ceux dont les entreprises ne vont pas au-dessus de ces barèmes, la CFDT-Journalistes (F3C-CFDT) n’est pas en mesure de la valider.

 

Pour les journalistes permanents, dans cette proposition, le premier échelon a été remonté à 1652€ (contre 1518€ actuellement), avec maintien de l’écart actuel de la grille pour les autres échelons. Cette hausse de 8% peut sembler importante. En réalité, elle ne fait que cacher un rattrapage de début de grille qui était auparavant sous le minimum légal (le SMIC est passé de 1603 à 1645€ brut au 1ermai 2022). Concrètement, les salaires ne pouvant être inférieurs au Smic, la hausse n’est donc que de 0,4% pour le nouveau salaire d’entrée minimum garanti des journalistes de presse spécialisée. Une pirouette permet de passer pile au-dessus du Smic : les deux premiers échelons (90 et 95) de « stagiaires » (au sens des deux premières années de carte de presse) ont été fusionnés à 1652€.

C’est l’ensemble du début de grille qu’il aurait fallu revoir de manière raisonnable et pérenne. Car jusqu’à l’indice 110, ça ne décolle pas !

 

Pour les pigistes, dans leur dernière proposition, les employeurs ont refusé d’accéder à notre revendication d’un tarif au feuillet à 60 € brut (hors CP, 13e mois, ancienneté). Le prix reste en dessous de l’acceptable : 47,50 € bruts pour une diffusion dans un titre de presse à 5000 exemplaires et moins ; 50 € bruts pour une diffusion dans un titre de presse à plus de 5000 exemplaires et plus (hors ancienneté, CP et 13e mois). Pour gagner le SMIC, un pigiste d’un « petit » titre devrait produire 2400 signes par jour, tous les jours ouvrés d’un mois. Pour gagner 2500 € brut par mois, l’objectif à atteindre monte à 3600 signes par jour. Cela sans comptabiliser tout le travail de veille journalistique et administratif qui incombe au salarié journaliste non permanent (et qui ne fait l’objet d’aucune rémunération). A ce tarif, les pigistes travaillant à temps complet en presse spécialisée et à qui on applique les minima sont en réalité souvent sous le Smic.

Pour la CFDT Journalistes, utiliser la pige – travail sans référence horaire – pour contourner le SMIC horaire, n’est pas acceptable. Les pigistes sont des contributeurs essentiels aux titres de presse spécialisée. Ils sont plus de 1500 à collaborer avec celles-ci d’après les données Audiens, et nombre de titres présentent des contenus en très grande partie réalisés par eux.

 

Conclusion : pour les permanents et les pigistes, c’est bien insuffisant au regard du retard déjà enregistré sur la grille de la presse spécialisée… et de l’inflation (l’Insee annonce une augmentation de 4,8% des prix à la consommation d’avril 2021 à avril 2022).

 

La mise en place de cette nouvelle grille ne serait selon la FNPS qu’un « premier pas », avec une clause de revoyure à la fin de l’année. Mais la CFDT Journalistes ne souhaite plus marchander et chicaner avec des employeurs qui maintiennent des niveaux de salaires aussi bas.

 

La CFDT-Journalistes rappelle sa revendication adressée aux candidats à l’élection présidentielle : un Smic journalistes à 2000 € brut. C’est une base minimum pour des professionnels ayant la plupart du temps fait trois à cinq années d’études après le bac, soumis à des exigences et des rythmes de travail de plus en plus ardus, et responsables de la qualité de l’information diffusée auprès du public, à une époque où leur rôle est plus que jamais nécessaire. Il est également de la responsabilité des employeurs que la presse spécialisée puisse conserver ses équipes, souvent des experts de leur domaine thématique bien spécifique. Cela passe évidemment par des salaires décents.

 

Nous prenons date pour la revoyure de rentrée en espérant un vrai coup de pouce pour l’ensemble des personnels de la presse spécialisée.

 

Télécharger le communiqué en PDF

 

Salaires minimaux conventionnels journalistes de presse spécialisée

Tableau comparatif réalisé par la CFDT-Journalistes, en date du 3 mai 2022

Qualification Niveau Depuis le 1er/01/2019 en € brut Smic au 1er mai 2022 Au 1er/05/2022 en € brut
Directeur des rédactions 185 2 603 1645 2715
Rédacteur en chef 185 2 603 1645 2715
Rédacteur en chef adjoint 160 2 268 1645 2380
Chef de service rédactionnel 140 1 993 1645 2105
Secrétaire général de la rédaction 140 1 993 1645 2105
Premier secrétaire de rédaction 133 1 904 1645 2016
Premier rédacteur graphiste 133 1 904 1645 2016
Chef de rubrique 133 1 904 1645 2016
Secrétaire de rédaction unique 133 1 904 1645 2016
Reporter-photographe 110 1 594 1645 1706
Reporter-dessinateur 110 1 594 1645 1706
Reporter 110 1 594 1645 1706
Secrétaire de rédaction 110 1 594 1645 1706
Rédacteur-rewriter 110 1 594 1645 1706
Rédacteur réviseur 110 1 594 1645 1706
Rédacteur graphiste 110 1 594 1645 1706
Rédacteur unique 105 1 567 1645 1679
Rédacteur spécialisé 105 1 567 1645 1679
Rédacteur 100 1 549 1645 1661
Stagiaire 2e année 95 1 540 1645 1652
Stagiaire 1re année 90 1 518
Piges, au feuillet, en brut hors CP, 13è mois, ancienneté
titre de presse diffusé à 5 000 exemplaires et moins 43,20 €  

47,5

 titre de presse diffusé à plus de 5 000 exemplaires. 46,25 €  

50

 

Sept.info vend du rêve, mais c’est au détriment de ses pigistes

Au festival « Livre à Metz », les 8, 9 et 10 avril, l’éditeur du très beau magazine suisse Sept.info est présent. CFDT-Journalistes aussi pour informer ses lecteurs sur ses pratiques peu conformes avec ce qu’il prône par ailleurs et rappeler que le journalisme de qualité, ça se paie ! 

Dans un contexte de défiance médiatique, le public peut être tenté de délivrer ses bons et mauvais points. CFDT-Journalistes alerte les lecteurs, auditeurs, spectateurs, de médias grand public comme de niche, et les invite à se questionner sur les conditions de travail des journalistes et leurs conséquences sur la fabrication de l’information.

La charge de travail des journalistes est devenue insupportable dans certaines rédactions. Les journalistes pigistes subissent une précarité accrue. CFDT-Journalistes soutient l’indépendance des médias, mais cette indépendance ne peut pas conduire à un modèle économique reposant sur le quasi-bénévolat.

Des piges à un tarif bien trop bas

Avec la « slow information » prônée par Sept.info, le temps est gage d’un travail de qualité. Mais le temps, c’est de l’argent. Et l’argent, c’est l’indépendance du journaliste, comme le rappelle la Charte de déontologie des journalistes de Munich (1971) : « En considération de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour garantir son indépendance économique ». Or :

  • Sept.info rémunère ses journalistes pigistes extrêmement peu. Exemple : 20 feuillets (30. 000 signes) sont payés 700 francs suisses, environ 600€. Soit 35€ le feuillet. Si le pigiste veut le convertir en salaire et passer par du portage salarial, il lui en restera moins de la moitié… pour plusieurs semaines de travail.
  • Sept.info, défenseur du reportage au long cours, présent dans tous les salons de France et d’ailleurs, ne prend en charge aucun frais de déplacement ou de séjour. Il oublie qu’Albert Londres et Joseph Kessel – qu’il met en avant dans ses mooks – n’auraient pas pu réaliser de reportage sans un financement de leurs voyages et de leur travail.
  • Quand le travail est fait, il arrive alors que Sept le trouve finalement… mauvais, quelle que soit la qualité d’enquête et d’écriture reconnue précédemment au journaliste. Sans raison, ou plutôt quand le pigiste ose demander son dû. Pas de parution, pas de paiement. Il a pris le soin pour cela de leur faire signer non pas un contrat mais une “convention” stipulant qu’il s’en réservait le droit. Pratique !

Vendre du rêve, c’est le parti pris de Sept.info. Qui en paie le prix ? Le pigiste.

CFDT-Journalistes demande à Sept.info :

  • de payer tous les pigistes à qui il doit de l’argent ;
  • de mettre en place des contrats de travail : des droits et devoirs de part et d’autre ;
  • de verser des cotisations sociales ou l’équivalent qui sera à la charge du journaliste ;
  • de revoir ses tarifs à la hausse ;
  • de prendre en charge les frais de reportage.

Vous aussi, vous pouvez le demander à Sept.info ! redaction@sept.info

La CFDT-Journalistes et la F3C-CFDT travaillent toute l’année à une juste rémunération des journalistes et une juste reconnaissance de leur travail, apport essentiel à la production de valeur.

Baisse et arrêt des piges à Néon et Management : la CFDT a pesé pour améliorer les conditions de départ volontaire

La CFDT, le SNJ et la CGT ont signé le 22 février 2022 deux protocoles de départ conventionnel pour les pigistes touchés par la baisse ou la fin d’activité à Néon et à Management (Prisma Media). Deux textes aux termes mieux-disants que leur version initiale proposée par la direction du groupe et que les conditions de départ de la clause de cession en cours.

La parution de Néon, dans sa formule papier, s’est arrêtée en décembre 2021, et le repositionnement sur le web seul a entraîné la fin du recours aux pigistes. Celle de Management est passée d’une périodicité mensuelle à une périodicité bimestrielle (tous les deux mois) depuis janvier 2022, entraînant donc non pas un arrêt mais une baisse du volume de piges.

Pour accompagner les pigistes réguliers pénalisés par cette disparition ou par cette baisse d’activité, et qui seraient candidats à un départ volontaire, la direction a ouvert la négociation sur un accord collectif, visant à accompagner par une série d’indemnités les pigistes de ces deux titres, sous condition d’un minimum d’ancienneté et de revenus sur les trois années cumulées : 2019, 2020, 2021.

Seuil d’éligibilité abaissé, nombre de pigistes bénéficiaires accru

La CFDT a été présente à chacune de ces réunions, et a cherché à améliorer le seuil d’éligibilité retenu par la direction tant sur le plan de l’ancienneté requise que du niveau de revenu. En parvenant à convaincre d’abaisser ces paramètres, elle a obtenu un accroissement du nombre de pigistes potentiellement concernés par un départ, lequel, notamment, est passé de 15 à 25 pour ceux de Management.

Outre les indemnités de licenciement conventionnelles, calculées selon l’ancienneté, et les deux mois de préavis rémunérés par anticipation lors du départ, la direction a mis sur la table des indemnités, dites « supplémentaires » ou « transactionnelles », arrimées également à l’ancienneté. La CFDT a bataillé, avec succès, pour obtenir un montant plus élevé que ceux initialement proposés.

Néon : pouvoir revenir dès janvier 2023

Les deux accords ne sont pas identiques.

Pour les pigistes de Néon, les syndicats n’ont pas réussi à obtenir proportionnellement le même niveau d’indemnités transactionnelles que pour ceux de Management.

La CFDT a toutefois obtenu que les pigistes de Néon partant avec cet accord puissent avoir la possibilité de revenir travailler dans le groupe Prisma Media dès janvier 2023. Un point qui nous a semblé essentiel, puisque ces pigistes sont de jeunes journalistes, qui, en début de carrière, ne pouvaient se voir interdire toute contribution à une groupe de presse d’une telle dimension.

Management : un salaire de référence moins favorable que pour Néon

En revanche, pour les pigistes de Management, le calcul de la rémunération de référence servant à chiffrer le montant global de ces diverses indemnités, reste basé sur la moyenne des 12 derniers mois, ou des 24 derniers mois selon les textes en vigueur (on retient la moyenne la plus favorable) décompté à partir de la date de départ du pigiste.

Aucun des syndicats, CFDT, CGT et SNJ n’a pu obtenir que ce calcul s’opère sur les meilleures années 2020 et 2021, comme c’est le cas pour Néon.

 

A noter que les 3 syndicats représentatifs ont signé cet accord.

 

Télécharger l’accord Management_

Télécharger l’accord Néon

Le Courrier Messin : et le droit du travail dans tout ça ?


A Metz, la presse locale a récemment rapporté une polémique autour du nouveau bimensuel Le Courrier Messin, de la société Indola Presse, fortement soutenu financièrement par la municipalité, via l’achat d’espaces publicitaires, ce qui interroge sur l’indépendance du titre en question.

La CFDT-Journalistes et le S3C-CFDT Lorraine s’étonnent qu’un journal reçoive de confortables subsides publiques alors qu’il ne respecte pas le code du travail.

Au Courrier Messin comme à Bonnes Terres ou l’Estrade, les autres publications d’Indola Presse, les auteurs des articles sont payés en facture – ils sont autoentrepreneurs – ce qui est rigoureusement interdit en France pour l’emploi de journalistes et empêche tout accès de leur part à la carte de presse et aux dispositions de la convention collective des journalistes, notamment en terme de formation et de prévoyance.

Les tarifs pratiqués ne permettent pas non plus aux intéressés de financer eux-mêmes ces frais et de prétendre vivre dignement de ce métier : la rétribution au feuillet pratiquée par Indola Presse est inférieur au plus bas des barèmes conventionnels minimum appliqués en France.

Le droit des journalistes bafoué

Lancer un titre de presse aujourd’hui ne peut pas se faire en bafouant le droit. Indola est répertoriée en tant qu’entreprise d’Édition de revues et périodiques et en tant qu’entreprise de presse elle est donc tenue de rémunérer ses journalistes en salaire. Certes, tous ses contributeurs ne répondent pas nécessairement à la définition du journaliste professionnel, mais dès lors qu’ils reçoivent plus de la moitié de leurs revenus de travaux journalistiques réalisés pour une entreprise de presse, ils doivent l’être.

Rappelons aussi que le statut d’autoentrepreneur n’est pas adapté aux collaborations régulières et aux relations de travail instituant de fait un lien de subordination. Indola Presse doit choisir : il s’agit soit de presse soit de communication. Mais dans ce dernier cas, alors, ne trompons pas les lecteurs et les citoyens, et ne parlons pas de presse et encore moins de presse indépendante.

Alors que le ministère de la Culture est actuellement en train de réformer le régime économique des aides à la presse, en vue de renforcer la place des journalistes et que la crise de confiance des citoyens dans les médias invite à tout faire pour que la confusion des genres ne soit pas de mise, la CFDT-Journalistes et le S3C-CFDT Lorraine appellent :

  • la société Indola Presse à mettre ses pratiques sociales en accord avec la loi ;
  • les annonceurs collectivités locales à introduire des clauses de  Responsabilité Sociale et Environnementale dans leurs choix ;
  • les services de l’État à jouer leur rôle de contrôle pour faire respecter la Loi
    – les journalistes à refuser toute rémunération qui ne leur permettrait pas d’accéder à la reconnaissance de leur professio ;
  • les lecteurs à prendre conscience que journaliste est un métier, qui doit être protégé.

Le 31/01/2022
Contacts : journalistes@f3c.cfdt.fr et lorraine@f3c.cfdt.fr

Les aides postales et fiscales à la presse enfin conditionnées à la présence de journalistes

A l’issue d’un an de concertations entre le ministère de la Culture et les organisations syndicales de journalistes et d’éditeurs viennent d’être entérinées des conditions plus strictes pour l’accès aux aides postales et fiscales à la presse, qui devra pour cela justifier d’un contenu de nature journalistique et produit effectivement par des journalistes professionnels. Le décret du 21 décembre 2021 modifiant l’article D18 du Code des postes et des communications électroniques constitue un vrai pas en avant, auquel la CFDT-Journalistes et la F3C-CFDT ont contribué activement par leurs propositions et leur vigilance constante tout au long des débats.

La nouvelle écriture du décret n’apporte pas de réponses à l’ensemble des revendications de la CFDT notamment la limitation du recours en volume aux agences ou les critères d’appréciation par la CPPAP des tailles de rédaction justifiant l’octroi des aides. Cependant, cette version nous paraît de nature à être un outil potentiellement plus efficace que le texte précédent en vue de garantir à la fois le contenu journalistique des titres percevant des aides à la presse et le respect du droit du travail.

Un lien entre contenu journalistique
et auteurs journalistes

La CFDT est satisfaite que sa proposition de rédaction du décret établissant un lien entre contenu journalistique et auteurs journalistes (ils étaient précédemment distincts) ait été retenue. Selon ce texte, il n’est plus possible de prétendre recourir, pour des contenus journalistiques, à des contributeurs non salariés ou à des contributeurs salariés non journalistes. La rédaction est ainsi rétablie comme le lieu unique de production de l’information journalistique « maison » (ce à quoi s’ajoute les achats aux agences). Ce décret apparait comme un outil supplémentaire de lutte contre le recours illégal à l’autoentrepreneuriat ou le paiement en droits d’auteur qui sont un fléau actuellement dans la profession.

A partir de sa mise en application le 24 juin 2022, les titres en question (les journaux et écrits périodiques présentant un lien direct avec l’actualité) devront : 
> Présenter un contenu original composé d’informations ayant fait l’objet d’un traitement à caractère journalistique, notamment dans la recherche, la collecte, la vérification et la mise en forme de ces informations.
> Ce traitement, qui peut être apporté par des agences de presse agréées au sens de l’ordonnance du 2 novembre 1945, est réalisé par une équipe rédactionnelle composée de journalistes professionnels au sens de l’article L. 7111-3 du code du travail. 
> La composition de cette équipe est appréciée en fonction de la taille de l’entreprise éditrice, de l’objet de la publication et de sa périodicité » (Alinéa I de l’article D18).

Cela semble en effet ubuesque, mais jusqu’à maintenant un titre de presse écrite n’avait pas besoin de justifier qu’il employait vraiment des journalistes pour bénéficier de tarifs postaux et de conditions fiscales avantageux. Seuls les SPEL (services de presse en ligne) d’IPG (information politique et générale) devaient justifier d’au moins un journaliste professionnel. C’est le recours aux chargés de contenu, et non journalistes, chez Sciences et Vie (Reworld Média) qui avait poussé la ministre Roselyne Bachelot à confier une mission sur la question à Laurence Franceschini, conseillère d’Etat, présidente de la CPPAP.

La CFDT-Journalistes et la F3C-CFDT soulignent également le retrait de la dérogation un temps imaginée pour la presse technique et professionnelle, qui ne se serait alors pas vue appliquer ces critères. Il s’agit d’une reconnaissance de la nature pleinement journalistique de ces publications et du rôle capital assuré par les journalistes professionnels au sein de ces titres. Ce décret clarifie, en creux, la place des experts dans les titres de presse recevant des aides publiques, mais qui ne peuvent en aucun cas être pris en compte dans la composition de la rédaction.

Enfin, la CFDT-Journalistes et la F3C-CFDT soulignent avec satisfaction l’ajout d’une « clause de revoyure » dans deux ans ainsi qu’elles l’avaient proposé. Nous réitérons par la même occasion notre demande d’entrée dans la CPPAP afin que cette instance soit paritaire au sens commun du terme et afin qu’elle puisse bénéficier, dans ses appréciations, du regard des représentants des salariés, qui sont les producteurs de l’information.

Enfin, ce texte sera précisé par un autre concernant les seules publications de presse d’information politique et générale, et qui définira des seuils chiffrés. La CFDT attend une fermeté dans leur définition.

La nouvelle écriture du décret n’apporte pas de réponses à l’ensemble des revendications de la CFDT notamment celle concernant l’équilibre qui doit être recherché entre l’attribution d’une aide financière et la nécessité de respecter ou d’établir des dispositions sociales ou celle relative à la limitation du recours en volume aux agences, et n’intègre pas non plus de précisions sur les critères d’appréciation par la CPPAP des tailles de rédaction. 

Cependant, cette version nous paraît de nature à être un outil potentiellement plus efficace que le texte précédent en vue de garantir le contenu journalistique des titres percevant des aides à la presse, tout en rappelant qu’un contenu journalistique est forcément réalisé par des journalistes au sens de la loi.

La dernière modification, qui lie véritablement contenu journalistique et auteurs de ce contenu, et qui est apparue conséquemment à une proposition de reformulation par la CFDT, constitue pour nous une avancée significative par rapport aux versions précédentes débattues depuis un an. Selon ce texte, il n’est plus possible de prétendre recourir, pour des contenus journalistiques, à des contributeurs non salariés ou à des contributeurs salariés non journalistes. La rédaction est ainsi rétablie comme le lieu unique de production de l’information journalistique « maison » (ce à quoi s’ajoute les achats aux agences), étant bien entendu que font partie de la rédaction les journalistes multi-employeurs. Ce décret apparait comme un outil supplémentaire de lutte contre le recours illégal à l’autoentrepreneuriat ou le paiement en droits d’auteur qui sont un fléau actuellement dans la profession.

Par ailleurs les contributeurs salariés non journalistes gardent leur place pour ce qui est de contributions non journalistiques, mais ne peuvent en aucun cas compter dans la composition de la rédaction. 

Aide sociale pigistes : un tableau pour s’y retrouver !

L’aide sociale d’Etat aux pigistes subissant la crise sanitaire bénéficie
  • d’une enveloppe de 14,5 millions d’euros à verser en 2021 (sur les baisses effectives de 2020) > AIDE 1
  • d’une autre enveloppe de 14,5 millions d’euros à verser en 2022 (sur les baisses effectives de 2021) > AIDE 2
L’AIDE1 n’ayant pas été entièrement consommée a été créée une AIDE1bis, avec des critères plus souples, qui seront conservés pour l’AIDE2. La principale modification réside dans le fait que la baisse de revenu fiscal de référence n’est plus indispensable pour que le pigiste soit éligible à l’aide. S’il a perdu des piges mais compensées par d’autres revenus (hors journalisme par exemple) ou par son conjoint.e, il reste éligible.

Tableau à télécharger ici

Tableau récapitulatif

AIDE 1 AIDE 1 bis AIDE 2
Année concernée par la baisse de piges  

2020

2021
Dépôt des dossiers Du 30/09/2021 au 15/11/2021 (clos) De février à mi-mars 2022 (ouverts à tous les non aidés au 20/12/21, qu’ils aient déposé un dossier inéligible en 2021 ou pas) Sans doute mai 2022
Versement de l’aide 20/12/2021 Fin mars ou avril 2022 Sans doute juin ou juillet 2022
Critères d’éligibilité

(sélection des dossiers pouvant être aidés)

 

·      Au moins 5 bulletins de paie en 2019

·      Au moins 3 000€ de piges en 2019

+ Piges totales annuelles ayant baissé entre 2019 et 2020

 

+ RFR ayant baissé entre 2019 et 2020 (la baisse de piges ne suffit pas si compensée par d’autres revenus du pigiste ou conjoint.e)

NB : Revenus de remplacement (ARE, chômage partiel, IJ sécu) comptant comme des revenus donc pigiste non aidé si par exemple l’ARE compense ses baisses de piges (même si droits acquis antérieurement).

·       Au moins 5 bulletins de paie en 2019

·       Au moins 3 000€ de piges en 2019

+ Piges totales annuelles ayant baissé entre 2019 et 2020

Calcul de l’assiette de piges à compenser Piges 2019 moins piges 2020

>>> les « élus » à l’aide 1 ne sont pas pénalisés par rapport à ceux de l’aide 1bis car les critères de l’assiette à compenser sont les mêmes

Piges 2019 moins piges 2021
Taux de compensation des pertes RFR inférieur à 10 000 € en 2020 : 80%

RFR entre 10 000 et 20 000 € en 2020 : 70%

RFR entre 20 000 et 30 000 € en 2020: 60%

RFR entre 30 000 et 40 000 € en 2020: 50%

RFR entre 40 000 et 60 000 € en 2020: 30%

RFR entre 60 000 et 80 000 € en 2020: 10%

RFR supérieur à 80 000€ en 2020 : pas d’aide

 

Taux par tranches encore inconnus (sera fixé en fonction du nombre des dossiers et des pertes globales, pour rester dans l’enveloppe budgétaire)
Exemple 1 RFR de 9000 € (peu importe qu’il soit en baisse ou pas)

Baisse de piges : 3000€

Taux de compensation : 80%

Montant de l’aide : 80% de 3.000 = 2.400€

 

Exemple 2 RFR de 50.000€ (peu importe qu’il soit en baisse ou pas)

Baisse de piges : 10.000€

Assiette à compenser : 10.000€

Taux de compensation : 30%

Montant de l’aide : 30% de 10.000 = 3.000€

 

Exemple 3 RFR de 81000€ (peu importe qu’il soit en baisse ou pas)

Baisse de piges : 20.000€

Taux de compensation : 0%

Montant de l’aide : 0 €

 

Dans tous les cas, ne sont pas aidés ·      Ceux n’ayant pas de baisse de piges (même s’ils ont une baisse de RFR)

·      Ceux ayant commencé la pige après 2019

·      Ceux non payés en salaire (en tous cas seules les pertes de piges salariées sont compensées)

Sans doute cas similaires
NB sur le RFR : le RFR (revenu fiscal de référence), figurant sur l’avis d’impôt, correspond aux revenus globaux du foyer fiscal, donc pigiste + éventuel.le conjoint.e. Il est diminué en cas d’abattement fiscal du journaliste mais pour l’aide 1bis l’abattement a pu être neutralisé pour ne pas diminuer artificiellement les revenus de 2019 et donc être cause d’inéligibilité.

Point sur l’AIDE 1

  • 1107 dossiers ont été déposés sur la plateforme
  • 605 dossiers ont été éligibles soit un total de pertes cumulées (assiette) de 4,158 millions d’euros.
  • Sur les 605, 11 ont un RFR > 80000 euros et n’auront pas d’aide
  • Sur les 594 éligibles qui auront une aide, la moitié ont un RFR < 20000 euros  : 128 ont un RFR<10000 euros. Ils seront compensés à 80% de leurs pertes. 226 ont un RFR entre 10000 euros et 20000 euros. Ils seront compensés à 70% de leurs pertes.
Donc au global cela fait 2,63 M€  distribués autour du 20/12. Et il restera 11,4M euros à distribuer en février 2022 (AIDE1 Bis)

Calendrier à retenir

  • 20/12/21 : versement AIDE 1
  • De février à mi-mars 2022 : dépôt dossiers AIDE1bis
  • Fin mars ou avril 2022 : versement AIDE1bis
  • Mai 2022 : dépôt dossiers AIDE 2
  • Sans doute juin ou juillet 2022 : versement AIDE2
Lire aussi

Aide sociale pigistes : les critères sont assouplis !

Communiqué intersyndical SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et SGJ-FO, et association Profession : Pigiste

C’est une grande nouvelle : l’aide sociale accordée par le ministère de la Culture pour compenser les pertes de revenus des pigistes provoquées par la crise sanitaire verra ses critères d’éligibilité assouplis.

 

En effet, face aux faibles résultats de la première phase de cette aide, en raison notamment d’une série de critères trop restrictifs, les organisations syndicales représentatives des journalistes, SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et SGJ-FO, et l’association Profession : Pigiste ont pris l’initiative d’interpeller les ministres de la Culture, Roselyne Bachelot, et de l’Economie, Bruno Le Maire, afin de leur demander d’améliorer les critères et de ne pas utiliser ces sommes à autre chose qu’à soutenir les journalistes pigistes.

 

Lors d’une réunion qui s’est tenue ce 16 décembre, nous avons obtenu la confirmation qu’une phase de repêchage aurait lieu en début d’année prochaine et qu’une grande partie de nos demandes avaient été entendues.

 

A retenir :

  • Les journalistes rémunérés à la pige qui ont été écartés du dispositif mis en place jusqu’au 15 novembre pourront poster à nouveau leur dossier en février 2022 avec davantage de chance de le voir pris en compte.
  • Celles et ceux qui se pensaient inéligibles et qui ont raté l’information, pourront également également renouveler leur demande. Cela concerne aussi celles et ceux qui n’ont eu connaissance de cette aide que trop tard ou encore qui ne la découvrent que maintenant.
  • Les revenus de substitution, allocations chômage, indemnités journalières, etc., seront neutralisés. Seule la baisse de piges rendra un dossier éligible.
  • Un seul critère : avoir touché moins de piges en 2020 qu’en 2019, quel que soit le revenu global.

 

Le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, le SGJ-FO et Profession : Pigiste appellent tous les journalistes pigistes à redoubler de vigilance pour se tenir informés à partir de fin janvier. Le nouveau dispositif sera ouvert à compter de début février et durant six semaines.

 

Par ailleurs, les pigistes qui ont d’ores et déjà été sélectionnés comme éligibles recevront l’aide aux environs du 20 décembre.

 

Sur une enveloppe de 14,5 millions d’euros disponibles en 2021 pour compenser les pertes de 2020, seuls 2,63 M€  seront versés dans la première phase. Les bénéficiaires sont seulement 594 (dont la moitié a un revenu fiscal de référence inférieur à 20 000 € !) alors que le nombre de pigistes concernés par des pertes de revenus était estimé entre 5 000 et 6 000 fin 2020.

 

La perte en piges sera compensée à hauteur de 80% pour les journalistes dont le revenu fiscal de référence (RFR) est inférieur à 10 000 €, 70% si le RFR est compris entre 10 000 et 20 000 €, 60% pour la tranche de 20 000 à 30 000 €, 50 % si le RFR est de 30 000 à 40 000 €, 30 % pour les RFR de 40 000 à 60 000 € et 10% de 60 000 à 80 000 €.

 

Les annonces d’hier sont donc particulièrement appréciées, en vue d’assouplir des critères trop restrictifs et d’élargir le nombre de bénéficiaires.

 

Toutefois, nous rappelons aux employeurs leurs responsabilités vis-à-vis des journalistes pigistes. Les difficultés qu’ont connues ces derniers sont dues pour beaucoup au fait que de trop nombreux employeurs ne les ont pas pris en compte dans les mesures d’activité partielle.

 

Le 17 décembre 2021.

 

Lire aussi notre présentation de ce dispositif

Forte hausse des tarifs de pige au Figaro !

Cela faisait des années que les tarifs de pige au Figaro n’avaient pas augmenté. Victoire ! La NAO (négociation annuelle obligatoire) 2021 a permis une forte hausse. Comment ? Grâce à une belle collaboration entre le réseau des pigistes et les syndicats, dont la CFDT. Ensemble, on va plus loin !

Avant : 66,98€ brut le feuillet hors CP, 13è mois et ancienneté. C’était tout pile le barème minimum conventionnel pour la presse quotidienne nationale négocié par les partenaires sociaux au plan national. Pas un centime de plus.

A partir du 1er novembre 2022 : 75,66€ le feuillet

A partir du  1er novembre 2023 : 80€ le feuillet

Mais comment ont-ils fait ?

Depuis des années, les syndicats demandaient à la direction une hausse du tarif de piges. Depuis des années, les pigistes le demandaient aussi.

Au printemps, grâce au travail de fédération de l’un d’entre eux (élu SNJ), le réseau des journalistes pigistes collaborant au Figaro s’est structuré : une mailing liste, des échanges, une détermination à avancer. Ils seront 47 à cosigner un courrier à la direction. L’union fait la force.

Mais l’appui des représentants élus du personnel est capital. Un syndicat, deux syndicats, trois syndicats : CFDT (premier syndicat du collège journalistes), SNJ et SNJ-CGT soutiennent officiellement, conseillent des interlocuteurs, défendent bec et ongles ces propositions… La direction écoute.

Trois mesures

Quand la NAO arrive, cet automne, ce travail de plusieurs mois porte ses fruits, avec trois mesures importantes :

  • l’accès au CESU (chèque emploi service universel)  pour les pigistes dits « listés » (les plus réguliers) à hauteur de 750 euros par enfant de moins de 6 ans
  • la revalorisation du tarif du feuillet en 3 étapes
  • le paiement des heures de délégations pour les pigistes élus et mandatés. Certes, c’est normal, car un pigiste est un salarié comme un aitre, mais dans les faits, ce n’est pas toujours appliqué. Alors l’écrire noir sur blanc, c’est important.

Leurs revendications continuent ! Poursuite de la hausse du tarif de piges, meilleure communication en interne vis à vis des pigistes, baisse du seuil d’accès au système des pigistes listés….

Pigistes, syndicats, c’est ensemble qu’on avance !

 

Pigistes, vous avez subi la crise Covid ? Vous n’avez qu’un mois, à partir du 30 septembre, pour demander l’aide sociale de l’Etat

Les pigistes ayant connu des baisses de revenus depuis le début de la crise sanitaire vont avoir droit, sous certaines conditions, à une aide financière exceptionnelle accordée par l’Etat. ATTENTION, il ne faut pas louper le coche ! La plateforme de recensement des demandes n’est ouverte qu’un mois, du 30 septembre 2021 au 31 octobre 2021

Aller sur la plateforme de demande

 

D’où vient cette aide ?

Le 27 août 2020, le Président de la République annonçait la mise en place d’un plan de soutien à la filière presse comprenant un fonds de lutte contre la précarité, doté de 18 M€ par an sur deux ans (soit 36 M€), afin d’accompagner les acteurs les plus fragiles de la profession de journaliste : une aide sociale, une grande commande photo, et une aide à l’insertion professionnelle des étudiants.

Pendant un an de nombreuses réunions de concertations ont lieu entre les organisations syndicales de journalistes, l’association Profession pigiste et le ministère de la culture.

Le décret portant sur les critères d’éligibilité à l’aide est paru le 10 septembre 2021  mais les barèmes de montant de l’aide seront fixés par arrêtés ultérieurement.

Le 20 septembre le ministère de la culture annonçait le montant de l’enveloppe allouée à l’aide sociale : 29,5 M€ sur 2 ans, soit 14,75 M€ en 2021 et 14,75 M€ en 2022.

Cette aide n’est pas forfaitaire mais proportionnelle à la baisse des revenus du pigiste et limitée à ceux ayant le moins de ressources (revenus du foyer inclus). Par ailleurs elle sera partagée seulement entre les pigistes qui en auront fait la demande sur la plateforme dédiée, ouverte seulement pendant le mois d’octobre 2021.

Lire le communiqué du ministère de la culture.

A qui sera attribuée l’aide financière ?

Les critères ci-dessous sont cumulatifs :

  • être journaliste  (au sens du deuxième alinéa de l’article 2 de la loi du 29 juillet 1881)
  • être rémunéré à la pige, c’est-à-dire salarié (présomption de salariat prévue à l’article L. 7112-1 du code du travail) sans référence horaire (en cas de revenus mixtes, seule la baisse des piges sera prise en compte)
  • justifier de cinq bulletins mensuels de pige au cours de l’année 2019
  • avoir perçu en 2019 un montant annuel des revenus bruts de pige supérieur ou égal à 3 000 euros
  • avoir subi une diminution des revenus de pige annuels entre l’année 2019 et l’année 2020 (l’aide qui sera accordée en 2022 prendra elle en compte la baisse entre 2019 et 2021)
  • avoir, au titre des revenus de l’année au titre de laquelle l’aide est versée, un revenu fiscal de référence  (prenant donc en compte les revenus du conjoint/de la conjointe le cas échéant) inférieur à celui des revenus de l’année 2019 et faible (le montant sera fixé par arrêté des ministres chargés de la Communication et des Comptes publics pour chaque année au titre de laquelle l’aide est versée)

Quelles sont les conditions d’exclusion de l’aide ?

  • avoir exercé toute activité lucrative, salariée ou indépendante, à temps complet, c’est-à-dire, pour une activité salariée, au moins  1 607 heures ou à la durée fixée par la convention collective appliquée dans l’entreprise si celle-ci est inférieure à la durée légale, et pour une activité indépendante, un revenu soumis à cotisation sociale dont le montant brut annuel est au moins égal au montant du salaire minimum de croissance en vigueur au 1er janvier de l’année considérée calculé sur la base de 1 607 heures.

OU

  • avoir fait valoir ses droits à la retraite en 2019 ou au cours de l’année au titre de laquelle l’aide est versée (2020 puis 2021 pour l’aide qui sera versée en 2022), avec prise d’effets au cours de l’une de ces années. Le journaliste pigiste dont la retraite a pris effet en 2021 demeure éligible à l’aide versée au titre de l’année 2020.

On récapitule !

Eligibilité = minimum 5 fiches de paie de piges en 2019

⊕ minimum 3000 € brut de piges en 2019

⊕ une baisse de piges entre 2019 et 2020

⊕ une baisse du revenu du foyer entre 2019 et 2020

Toute activité à temps complet et tout départ en retraite demandé préalablement annule l’aide.

En 2022 il faudra remplacer dans cette formule 2020 par 2021.

Quel sera le montant de l’aide ?

Est d’abord calculée une assiette, c’est-à-dire le montant de la baisse des revenus du pigiste en question sur laquelle va être calculée l’aide. L’assiette est la différence entre les revenus de pige annuels nets perçus par le bénéficiaire en 2019 et les revenus de pige annuels nets perçus l’année au titre de laquelle l’aide est versée, diminuée des éventuels revenus de remplacement perçus au titre d’un événement intervenu au cours de l’année concernée (allocations de chômage, indemnités d’activité partielle et d’activité partielle de longue durée, indemnités journalières et allocations versées par les organismes de sécurité sociale ou, pour leur compte, par les employeurs, à l’occasion de la maladie, de la maternité ou de la paternité et de l’accueil de l’enfant, des accidents du travail et des maladies professionnelles).

Puis est calculé un taux, c’est-à-dire le pourcentage appliqué à l’assiette, qui n’est pas unique (seront proportionnellement plus aidés les pigistes les plus précaires). Le taux mentionné est fixé, pour chaque année au titre de laquelle l’aide est versée, par arrêté des ministres chargés de la Communication et des Comptes publics (l’arrêté 2020 n’est pas encore pris). Il est modulé en fonction du revenu fiscal de référence des revenus de l’année au titre de laquelle l’aide est versée et du nombre de parts composant le foyer fiscal du demandeur cette même année.

Cela donnera un pourcentage d’assiette.

Plafonnement : Si le montant de l’aide ainsi calculé est supérieur à la différence entre le revenu fiscal de référence des revenus de l’année 2019 et celui des revenus de l’année au titre de laquelle l’aide est versée, le montant de l’aide versée au bénéficiaire est plafonné à cette différence.

On récapitule !

Aide = Piges 2020 (en net)

— Piges 2019 (en net)

— Revenus de remplacement (ARE, IAP, IJ…)

⊗ le pourcentage correspondant au pigiste en question

Plafond de l’aide = Revenu fiscal de référence 2020 (celui du foyer fiscal, pas seulement du pigiste) — Revenu fiscal de référence 2019 (celui du foyer fiscal, pas seulement du pigiste)

Concrètement, comment obtenir cette aide ?

SE CONNECTER A LA PLATEFORME WEB https://aide-pigistes-covid.fr

ATTENTION ELLE N’EST OUVERTE QUE DU 30 SEPTEMBRE AU 31 OCTOBRE 2021. APRES IL SERA TROP TARD

Il y a dans la rubrique « contacts » la possibilité d’envoyer un courriel sécurisé pour toute question. Un numéro d’assistance téléphonique (02 97 87 25 52) est également disponible de 8h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h.

La gestion de cette aide est confiée à un opérateur – Deloitte – chargé

  • De réceptionner les demandes d’aide
  • D’opérer des contrôles en vue de s’assurer de la réalité des éléments déclarés ;
  • En cas d’inéligibilité, d’en notifier le rejet au demandeur. En cas d’éligibilité de la demande, de notifier au demandeur une décision d’attribution précisant le montant d’aide qui lui sera attribuée ;
  • De verser l’aide aux bénéficiaires ;
  • Le cas échéant, de recouvrer les sommes indûment perçues pour le compte de l’Etat ;
  • De traiter les réclamations et recours relevant de sa responsabilité.

ATTENTION : il est inutile de se tourner vers ses employeurs (hormis pour les inciter à faire connaitre cette aide à leurs pigistes bien-sûr). A la différence du chômage partiel, l’aide sociale pigistes n’est pas attribuée par l’employeur mais directement par l’Etat. Cette aide ne doit pas non plus être confondue avec celle versée par Audiens.

Comment préparer sa demande pour être prêt au 30 septembre 2021 ?

Les délais sont courts donc il est bon de préparer les documents à envoyer sur la plateforme de demande, si toutefois vous n’êtes pas parfaitement ordonnés, si vous ne connaissez pas vos mots de passe du site des impôts par cour, par exemple !!!!

Si vous pensez être éligible à l’aide, préparez donc les documents suivants, au format pdf (Mais comment on fait ? Trop simple : « enregistrer sous » > « format PDF »)

  • Pièce d’identité en cours de validité (CNI, passeport, permis de conduire) ;
  • Justificatif de domicile de moins de trois mois ;
  • Relevé d’identité bancaire ;
  • Avis d’imposition de l’année 2019 et de l’année 2020 ;
  • Déclarations des revenus des années 2019 et 2020 ;
  • Au moins 5 bulletins mensuels de pige permettant de justifier un revenu annuel brut de 3 000 euros

 

Quel a été le rôle des organisations syndicales représentatives des journalistes dans la mise en place de cette aide ?

La CFDT-Journalistes, le SNJ, le SNJ-CGT, le SGJ-FO, mais aussi l’association Profession:Pigiste ont été convoqués à une petite  dizaine de réunions avec le ministère de la Culture entre septembre 2020 et juin 2021. Il nous a été demandé notre avis à chaque étape de la construction de l’aide, et nous avons dans la mesure du possible essayé d’y répondre à l’unisson. Nos organisations n’étaient pas toujours d’accord mais nous sommes fiers d’avoir, vu l’enjeu, réussi à nous entendre.

Une des difficultés a été de choisir à qui devait être attribuée cette aide. La population de journalistes rémunérés à la pige n’est en effet pas très bien connue, car tous ne sont pas détenteurs de la carte de presse et tous ne sont pas pigistes la majeure partie de leur temps. Les chiffres fournis par Audiens étaient très instructifs mais s’ils permettaient de savoir la masse de pigistes ayant perdu des piges, ils ne permettaient pas de savoir qui parmi eux ne vivaient que de la pige et qui avait reçu par ailleurs du chômage partiel.

Nous aurions souhaité que tous les pigistes ayant subi une perte de revenus soient aidés, mais bien que l’enveloppe semble élevée (14,75 M€ par an), l’aide accordée par personne est d’autant plus faible que le nombre de personnes est élevé. Ne souhaitant pas saupoudrer l’aide, nous avons fait certains choix. Par exemple prendre en compte les revenus de leur conjoint. Ce dernier point a fait l’objet de vifs débats et d’un douloureux renoncement car il nous semblait incompatible avec la nécessaire indépendance financière des conjoints. Nous avons tranché par souci d’aider les plus fragiles.

Cependant nous avons aussi décidé d’appliquer un plancher (minimum 5 fiches de paie et 3000 euros brut en 2019) et donc que ne soient pas aidés les pigistes ayant gagné moins que cela en 2019. Cela en vue d’aider prioritairement les journalistes à rester dans la profession.

L’aide sociale Covid ne doit pas compenser le chômage partiel non attribué ni les licenciements déguisés  !

Nous rappelons également qu’il s’agit d’une aide sociale et pas de revenus de remplacements (à ne pas confondre avec l’allocation chômage). Cette aide, certes appréciable pour les intéressés, et que nous saluons, ne peut pas remplacer le devoir des employeurs à assurer un maintien de revenus de leurs pigistes réguliers, quelles que soient les circonstances. La crise sanitaire n’enlève rien au fait qu’un pigiste est un salarié et ne plus lui donner de travail correspondant en droit du travail à un licenciement, qui doit être traité comme tel (avec indemnités de licenciement et droit au chômage). Rappelons que le décret d’avril 2020 a déterminé l’éligibilité des pigistes au chômage partiel (il suffit de 4 fiches de paie sur l’année, sans minium de revenus) et que tout employeur ne l’appliquant pas et ne donnant pas par ailleurs de travail à son pigiste procède de fait à un licenciement. Malheureusement un pigiste non officiellement licencié ne peut prétendre au chômage « classique » à Pôle emploi (pas chômage partiel) car Pôle emploi demande que soit cochée la case « fin de contrat », or la pige est un CDI et le CDI est réputé courir tant qu’il n’est pas officiellement rompu. Les organisations syndicales ont à multiples reprises alerté le ministère de la Culture et celui du Travail sur ces manquements.

Réforme de l’assurance chômage : le livre noir de la CFDT

Uniquement suspendue par le Conseil d’Etat, la réforme de l’assurance-chômage, qui aurait dû s’appliquer à partir du 1er juillet, n’est pas abandonnée, et elle reste injuste. La juge des référés ne remet pas en cause le principe de la réforme elle-même. Les recours « au fond » des syndicats contre le décret réformant l’assurance-chômage seront jugés par le Conseil d’État d’ici quelques mois, mais le chef de l’Etat a martelé qu’elle s’appliquerait au 1er octobre. L’inquiétude est grande, notamment chez ceux qui alternent des périodes travaillées et chômées.

Lire la décision du Conseil d’Etat

Parmi les journalistes, ce sont tous les précaires, CDD et pigistes, qui vont en faire les frais. 

La confédération CFDT  a édité un livret intitulé  « Le chômage n’est pas un choix – Le livre noir d’une réforme injuste » qui donne la parole à des personnes victimes du chômage et de la précarité à un moment où la gestion de l’assurance chômage n’est vue par l’État que sous un angle purement budgétaire qui occulte tout le reste.

Télécharger le livre noir CFDT

 

Au sommaire de ce livret :

TÉMOIGNAGES “ Le chômage et la précarité : ce n’est pas un choix de ma part ”

CHIFFRES Qui sont les chômeurs indemnisés ?

INTERVIEW “ Les chômeurs sont des personnes comme vous et moi ”

HISTORIQUE DE LA RÉFORME Voyage au bout de l’absurde

DE L’AUTRE CÔTÉ De l’autre côté du guichet, les agents ont les nerfs à vif

Enable Notifications    OK No thanks