Mobilisation le 28 juin pour la défense de l’audiovisuel public

A l’appel de l’intersyndicale CFDT, CGT, FO et SNJ, l’ensemble des salariés de l’audiovisuel public sont invités à cesser le travail à partir du 28 juin 2022 à minuit pour de 24 heures afin de « sauver l’audiovisuel public ».

La suppression de la redevance, « seul mode de financement pérenne garantissant l’indépendance de l’audiovisuel public » selon les syndicats, fait planer sur ce secteur des menaces sérieuses : privatisation de France 2, fusions France 3 / France Bleu, filialisation de La Fabrique, fusions suivies de licenciements sont ainsi parmi les hypothèses sur la table, menaçant la diversité culturelle et le pluralisme dans notre pays.

L’enjeu est considérable et « la perspective du démantèlement au profit d’un secteur privé où règnerait les milliardaires des médias est insupportable (…) Les Citoyens n’ont jamais autant eu besoin d’une information indépendante et pluraliste avec des contenus qui échappent à la mainmise des plateformes mondialisées (…) Supprimer la redevance, ressource affectée, c’est précariser et paupériser l’audiovisuel public en le basculant sur le budget général de l’Etat en simple supplétif du secteur privé. »

Pour la mise en place d’une taxe universelle

Les syndicats revendiquent la mise en place d’une taxe universelle affectée à l’audiovisuel public inspirée du modèle Allemand et dont le rendement serait au moins équivalent au montant actuel de la redevance ; une indexation de cette taxe sur l’inflation assortie d’un plan pluriannuel d’évolution sur cinq ans via un Contrat d’objectifs et de moyens ; des orientations stratégiques permettant au service public de se développer plus amplement encore sur le numérique ; et un financement pour lutter contre les fake news et défendre un journalisme exigeant et indépendant, afin de protéger notre modèle démocratique.

La grève du 28 juin sera accompagnée d’un rassemblement à Paris.

Inaction de l’Arcom face à Bolloré : RSF saisit le Conseil d’Etat

Pour dénoncer « l’inaction de l’Arcom face aux manquements de CNews à ses obligations », Reporters sans frontières – association dont la CFDT-Journalistes est adhérente – annonce saisir le Conseil d’État.

Avec cette saisine, RSF souhaite que le Conseil d’État saisisse le Conseil constitutionnel pour une QPC (Question préalable de constitutionnalité) sur la conformité de la loi de 1986 sur l’audiovisuel à la Constitution… Explications.

« Les pratiques de l’homme d’affaires Vincent Bolloré dans le secteur des médias créent un précédent dangereux pour la démocratie, par sa conception d’un journalisme aux ordres et d’une télévision d’opinion », estime RSF qui constate « le refus de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle (Arcom) d’agir contre les manquements de CNews ». Et de développer : « Dès novembre 2021, RSF avait formellement demandé au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) – devenu l’Arcom en janvier 2022 – de mettre en demeure CNews de respecter ses obligations légales. Dans un courrier du 5 avril 2022, l’Arcom reste silencieuse sur des éléments majeurs de la demande, en particulier sur l’ingérence de l’actionnaire de CNews, et tend même à justifier son inaction en renvoyant à la loi de 1986. L’Arcom ne donne pas de contenu véritable aux obligations d’indépendance, de pluralisme et d’honnêteté de l’information dont elle est garante. Elle n’a pas développé de critères précis à ces dispositions prévues dans les conventions avec les chaînes de télévision et ne se donne pas les moyens de le faire. Ces principes ressemblent à des incantations voire à des vœux pieux. »

Un manque de pluralisme mesuré

Pourtant, pour le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, « l’Arcom a un rôle éminent à jouer pour la préservation de la liberté de communication, y compris face aux demandes incessantes de censure de tel ou tel (…) Mais la loi lui impose aussi de garantir l’indépendance, le pluralisme et l’honnêteté de l’information, conditions nécessaires du droit à l’information. »

RSF reproche notamment à la chaîne de Bolloré un manque de pluralisme et s’appuie notamment pour le démontrer sur une étude de François Jost, sémiologue et professeur émérite en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne-Nouvelle dont il ressort que l’information stricto sensu n’occupe que 13 % du temps d’antenne et qu’en plateau, « alors que les invités de gauche représentent 10 % et ceux de LREM 4 %, les invités de droite et d’extrême-droite représentent plus des 3/4 des présences (78 %). »

Avec sa QPC, RSF entend aussi faire valoir qu’il convient de revoir le cadre légal pour imposer et permettre à l’Arcom d’exercer la plénitude de son rôle. Et de conclure : « La révision en profondeur de la loi de 1986 est l’une des 10 propositions soumises par RSF aux candidats à l’élection présidentielle de 2022. Seul un cadre légal rénové permettra en effet de garantir effectivement le droit du public à une information libre, pluraliste et indépendante. »

Appel STOP BOLLORE : Pour une information libre !

Débat Macron – Le Pen : CFDT-Journalistes demande donc aux candidats de respecter l’indépendance de la presse et le pluralisme

Anne-Sophie Lapix, animatrice du 20h sur France 2, finalement écartée du débat télévisé de l’entre-deux tours. Une question de choix direz-vous ? Certes.  Mais ce choix-là doit revenir aux rédactions, pas aux candidats, jamais. 
 
Les journalistes ne sont pas des patates qu’on prend ou pas sur un étal parce qu’ils sont trop fermes, noirs, violets, fondants ou à peau dure. 
Les candidats ne font pas leur marché. C’est ça le marché justement dans une démocratie. Etre interviewé par des professionnels, de divers bords, mais qui savent garder leur honnêteté intellectuelle, leur pertinence, leur impertinence aussi. Etre bousculé oui peut-être aussi parfois : c’est ça un débat.  
 
Gommer et dégommer toute pensée a priori dérangeante c’est moralement nier le débat public, démocratique. C’est en faire pour rester dans la métaphore : de la purée. Prémâchée, lisse, insipide. Indigeste. 
 
CFDT-Journalistes condamne fermement les pressions exercées par les états-majors des candidats du second tour de l’élection présidentielle en vue de l’animation du traditionnel débat d’entre-deux tours prévu le 20 avril.

Une ingérence qui menace l’indépendance du service public

Le président du Rassemblement National, Jordan Bardella, a reconnu et toute honte bue justifié cette pression directe lundi 11 avril sur le plateau de CNews : « Marine Le Pen ne souhaite pas qu’Anne-Sophie Lapix anime le débat ».   
 
De l’autre côté ça ne vaut guère mieux.  L’entourage d’Emmanuel Macron avait, quant à lui, déjà évoqué le nom de la journaliste pour justifier la non-participation du candidat à certaines émissions de France 2. 
 
Cette ingérence qui menace l’indépendance du service public et le bon déroulement du débat démocratique est d’autant plus inacceptable qu’elle intervient dans un contexte général d’entraves répétées, quasi systémiques, du travail journalistique par les candidats. Marine Le Pen a ainsi assumé ne pas considérer les équipes de Quotidien (TMC) comme des journalistes. Elle a refusé de les accréditer (alors que ces mêmes équipes sont détentrices de la carte de presse). Avant le premier tour, les équipes d’Emmanuel Macron ont, elles, tout simplement interdit l’accès à l’unique meeting du candidat aux journalistes du média écologiste indépendant Reporterre.  
 
Ces choix montrent bien le peu de considération qu’ont les politiques pour les journalistes. Ne seraient-ils à leurs yeux que de simples porte-micro ?  
Ces choix, oui, ne font que décrédibiliser une profession déjà mise à mal et qui connait, depuis les gilets jaunes ou le mouvement des antivax, une réelle crise de confiance.  
 
  • CFDT-Journalistes demande donc aux candidats de respecter l’indépendance de la presse et le pluralisme.  
  • CFDT-Journalistes demande aux rédactions, de France Télévisions en l’occurrence, de défendre ses choix et ses salariés.  
Il en va de l’image du service public.  

Représentativité syndicale : la CFDT : 1re organisation de salariés dans l’audiovisuel public et privé

Avec la communication par la Direction générale du travail de la dernière mesure de représentativité qui manquait dans l’ensemble du secteur  d’activité de l’audiovisuel, la CFDT est placée première OS par les salariés de la télédiffusion (publique et privée) avec 27,4 %.

Sur les sept conventions collectives de l’audiovisuel, la CFDT est première dans  4 d’entre elles et demeure ainsi première organisation syndicale dans l’ensemble de l’audiovisuel public et privé.

La F3C CFDT, le Syndicat national des médias et de l’écrit et la CFDT Journalistes remercient toutes les salariées, tous les salariés, de l’audiovisuel qui continuent de leur apporter leur confiance. Ils montrent ainsi qu’un syndicalisme de construction de droits entre partenaires sociaux, qu’une action revendicative ferme, déterminée, cohérente et persévérante constitue une voie syndicale qui fait progresser les droits sociaux conventionnels dans l’ensemble des secteurs de l’audiovisuel.

Grille, droits voisins, télétravail

Beaucoup reste évidemment à faire et la CFDT y travaille quotidiennement dans les branches professionnelles : qu’il s’agisse des droits voisins pour les journalistes et les interprètes de télévision, de la révision de la convention collective de la production audiovisuelle, des négociations en cours ou à venir sur le télétravail dans la radio privée, dans la télédiffusion et dans la production de films d’animation, de la création d’une grille de classification et de salaires minima pour les journalistes de la télédiffusion, du travail paritaire de certification sociale pour les entreprises de prestation technique de l’audiovisuel, de la création d’un Kit VHSS dans le cinéma et la production audiovisuelle destiné à prévenir et résoudre tout type de harcèlement au travail…

Dans ce contexte national et mondial où une pandémie et une guerre d’expansion pèsent très lourdement sur le quotidien de chacun, l’accès à l’information, au divertissement, à l’éducation et à la culture tout autant que la diffusion de l’information, du divertissement, de l’éducation et de la culture demeurent des piliers fondamentaux d’une société libre. L’action des équipes CFDT dans l’audiovisuel visent et viseront toujours la défense et la consolidation d’un modèle démocratique de société au cœur duquel le dialogue doit constituer le premier levier de progrès social.

Les chiffres de la représentativité des organisations syndicales de salariés dans les conventions collectives du secteur de l’audiovisuel* :
  • CCN de la télédiffusion (publique et privée) : 1re avec 27,41 % (CGT 2e avec 23,79 %)
  • CCN de la radiodiffusion privée : 1re avec 68,04 % (CGT 2e avec 18,92 %)
  • CCN de la prestation technique : 1re avec 57,78 (CGT 2e avec 17,13 %)
  • CCN de la production audiovisuelle : 4e avec 16,30 % (CGT 1re avec 37,72 %)
  • CCN de la production de fils d’animation : 1re avec 49,53 %
  • CCN de la production cinéma : 3e mais non représentative (SNTPCT : 55 %, CGT : 45 : %)
  • CCN des journalistes : 3e avec 25,06 % (1re Solidaires : 37,91 %, CGT 2e avec 25,49 %)

* Dans les CCN de la radiodiffusion et de la télédiffusion, l’ensemble des voix des salariés administratifs, techniciens et journalistes est comptabilisé)

Suppression de la contribution à l’audiovisuel public : et maintenant ?

Le Président de la République l’a répété mardi : la redevance sera supprimée afin de contribuer au maintien du pouvoir d’achat des Français.

Une suppression annoncée de longue date, puisque la redevance est adossée à la taxe d’habitation qui va disparaitre pour tous en 2023 pour être remplacée par… autre chose, la contribution à l’audiovisuel public étant la principale source de financement de France Télévisions, Radio France, Arte, France Médias Monde, TV5 Monde et de l’INA.

La CFDT de l’audiovisuel public est régulièrement sollicitée par les parlementaires dans le cadre de leurs travaux sur la loi de finance qui détermine le budget de nos entreprises. Et régulièrement, sénateurs et députés nous questionnent sur notre position sur le remplacement de la CAP : « Comment prélever une nouvelle redevance qui s’appellerait autrement ? Quels supports – téléviseurs, mais aussi ordinateurs ou téléphones portables – déclencheraient le paiement de cette nouvelle taxe, qui surtout ne doit pas se nommer ainsi ?

Augmenter la dotation

Pour France Télévisions, faut-il miser sur un retour de la publicité après 20 heures, pour augmenter la part des ressources propres de FTV ? » La F3C CFDT et le SNME CFDT ont toujours été clairs : la dotation financière doit être augmentée globalement afin de permettre aux entreprises de l’audiovisuel public de travailler correctement et de remplir leurs missions. Elle doit être adaptée aux usages modernes ; tout détenteur d’un accès à nos contenus doit la payer. Il faut donc la déconnecter de la détention d’un téléviseur et élargir le périmètre de perception de cette « taxe », ce qui permettrait de diminuer le montant perçu individuellement en augmentant le nombre de contributeurs au paiement de la taxe.

En Allemagne, la nécessité pour l’audiovisuel public de disposer de budgets pour remplir ses missions est inscrite dans la constitution. En France, il faut cesser les doubles discours. Le temps est venu de donner à l’audiovisuel public les moyens d’assurer ses missions en rendant son financement pérenne et publiquement assumé. Le temps est venu que notre actionnaire principal, l’État, prenne des engagements et les tienne.

Un service essentiel

S’il en était encore besoin, l’audiovisuel public a démontré pendant la crise sanitaire qu’il n’a rien d’un parasite qui engraisserait ses salariés aux frais du contribuable. Et la période d’incertitude qui vient de s’ouvrir avec l’invasion de l’Ukraine par les armées du pouvoir russe le prouve à nouveau dans un contexte différent. L’audiovisuel public est un service essentiel, fiable et vecteur d’un accès pluraliste à la culture, l’éducation, le loisir et l’information. Et tous ses salariés sont au service de ses missions.

La F3C CFDT et le SNME CFDT considèrent qu’il est temps que l’État respecte les contrats qu’il signe avec l’audiovisuel public, les Contrats d’objectifs et de moyens. La F3C CFDT et le SNME CFDT considèrent qu’il est temps que l’État reconnaisse que le service public de l’audiovisuel n’est pas une variable d’ajustement dans ses finances mais bien une des fondations de la démocratie française

RT France : un organe de propagande sous l’habillage d’une chaîne d’infos

La décision de la commission européenne de faire cesser la diffusion de toutes les antennes de Russia Today en Europe, dont celle de RT France (ainsi que les canaux de diffusion de l’agence multimedia Sputnik France), suscite le débat au sein même de la profession.

Dans une interview à Arrêt sur images, la F3C CFDT a pris une position claire à ce sujet : « En tant que syndicat, on est attentifs à la capacité du bon exercice du métier, qu’il s’agisse bien du métier de journaliste et pas de celui de la diffusion de dossiers de presse d’État. À partir du moment où le respect d’un cadre de travail à la fois légal et éthique n’est pas visible, ça ne nous dérange pas que dans la situation actuelle, ce média ne puisse pas être vu et entendu par ses téléspectateurs ».

Si CFDT-Journalistes et la F3C CFDT peuvent être solidaires des salariés qui risquent de perdre leur emploi, il convient de ne pas oublier ce qu’est RT France : un organe de propagande logiquement lié au pouvoir politique russe qui se présente sous l’habillage d’une chaîne d’infos ; en clair, une entreprise de médias piloté par un état non démocratique qui mène une guerre d’invasion sur le territoire d’un pays voisin et démocratique.

La F3C CFDT et CFDT Journalistes dénoncent cet outil d’influence internationale mis en place pour servir la cause de Vladimir Poutine et sa volonté de déstabilisation des démocraties occidentales.

Dans les instances où ils siègent, les représentants de la CFDT feront cependant tout pour défendre les droits sociaux des salariés de RT France.

La F3C CFDT et CFDT-Journalistes  appellent à participer aux rassemblements du 5 mars et rejoint l’appel à la marche parisienne en soutien à l’Ukraine qui partira de la place de la République à 15h. Dans les régions rapprochez-vous de vos URI ou syndicats.

Un soutien sans réserve à Ophélie Meunier (M6), menacée après un reportage

C’est un soutien sans réserve qu’apportent CFDT-Journalistes et la section CFDT de M6 à Ophélie Meunier, notre consoeur présentatrice de M6, placée sous protection policière après avoir reçu des menaces, suite à la diffusion d’un reportage de Zone Interdite sur l’emprise des islamistes sur Roubaix (Nord).

Egalement menacé de mort, Amine Elbahi, lanceur d’alerte qui dans le reportage explique avoir alerté la préfecture du Nord fin 2020 sur le cas d’une association de la ville diffusant des « cours coraniques » sous couvert de soutien scolaire, a lui aussi dû être placé sous protection policière.

Les sociétés des journalistes de M6, RTL et BFM TV, ainsi que les rédactions de plusieurs médias (dont Le Figaro et L’Express) ont affiché leur soutien à la journaliste de M6, de même que l’avocat Richard Malka (qui appelle l’ensemble des médias à la soutenir). Plusieurs candidats à la présidentielle lui ont également apporté leur soutien.

Côté syndical, sur Twitter, le SNJ et le SNJ-CGT ont également apporté leur soutien à Ophélie Meunier.

Pour sa part, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a enfin indiqué avoir « donné instruction qu’à chaque fois qu’un journaliste fait l’objet de menaces caractérisées, il bénéficie d’une protection policière ». Une annonce dont ne peuvent que se féliciter CFDT-Journalistes et la section CFDT de M6.

Rappelons que les violences contre les journalistes sont en hausse constante. La CFDT-Journalistes  soutient d’ailleurs un projet de loi visant à davantage les réprimer. 

Agressions de journalistes : il est temps de renforcer la loi

(photo : Ophélie Meunier – DR)

Concentration des médias : une nouvelle loi est nécessaire

Position de CFDT-Journalistes, de la fédération F3C et du Syndicat national des Médias et de l’Ecrit CFDT à l’occasion de la Mission conjointe de l’Inspection générale des affaires culturelles et de l’Inspection générale des finances sur les règles anti-concentration dans le secteur de la presse et de l’audiovisuel. 

 La fusion TF1 et M6 (qui avait auparavant avalé la radio RTL); le démantèlement des grands groupes de presse français; la concentration entre les mains d’un seul actionnaire de radios grand public comme Europe 1, RFM, et Virgin Radio; tout cela nous interpelle et pose la question des limites à la concentration de la presse.

Si l’on peut comprendre que les groupes de presse écrite et audiovisuelle ont besoin d’avoir une assise suffisante pour exister dans le nouveau paysage médiatique français, ce qui implique une certaine concentration, on constate qu’ils s’étendent désormais dans tous les domaines : presse écrite, audiovisuelle, web et édition. Ce qui induit, pour certains, une énorme capacité de diffusion, mais aussi un appauvrissement des contenus par les échanges et reprises d’un titre à l’autre des mêmes contenus éditoriaux. Cela a des conséquences sur l’emploi dans ces secteurs.

La constitution capitalistique de tels groupes de presse entraîne aussi un rétrécissement progressif du pluralisme de l’information, alors que les médias continuent d’avoir une place prépondérante dans le fonctionnement de notre démocratie.

C’est pour cela qu’il convient de légiférer à nouveau sur ce sujet pour prendre en compte, au-delà du seul champ de l’information ou de la presse « IPG », l’ensemble du spectre de la communication.

Autonomie, transparence, éducation aux médias

Pour la F3C CFDT, CFDT-Journalistes et le SNME-CFDT, une nouvelle loi devrait prendre en considération :

  • Le renforcement de l’autonomie des rédactions et le contrôle plus strict du respect du statut des journalistes, ce qui induit notamment la lutte contre la précarisation dans les rédactions.
  • Davantage de transparence dans l’octroi des aides à la presse en réservant des sièges aux syndicats de salariés représentatifs dans la gouvernance de la CPPAP ; et renvoyer à la négociation paritaire et conventionnelle la répartition des aides.
  • Le renforcement de la représentation des salariés par les organisations syndicales représentatives dans les conseils d’administration des entreprises.

Pour nous, trois points sont importants :

  • Il faut permettre l’équilibre des opinions dans tous les domaines : presse écrite, audiovisuelle et édition.
  • Il faut prendre en compte, notamment dans l’audiovisuel, l’ensemble de l’éditorial : l’information, la culture, le divertissement.
  • Il faut renforcer l’éducation aux médias.

Concrètement, nous plaidons pour la création d’une grande instance de régulation indépendante, légitime et crédible avec, par exemple, la fusion de l’ARCOM et de l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) dans laquelle siègeraient des représentants de la société civile, des représentants des salariés, des éditeurs, qui puisse regarder les contenus et soit garante de la pluralité de l’information, de la liberté d’accès à la culture quel que soit le support : papier, radio-tv, web. Il ne s’agirait pas de contrôler l’éditorial de chaque média, mais bien de veiller, en ayant une vue d’ensemble, au respect du pluralisme de la production à la diffusion.

En ce qui concerne le renforcement de l’autonomie des rédactions, la charte déontologique de Munich (1971) reconnue par la Fédération internationale des journalistes, donne une piste de réflexion en disposant que « L’équipe rédactionnelle doit être obligatoirement informée de toute décision importante de nature à affecter la vie de l’entreprise. Elle doit être au moins consultée, avant décision définitive, sur toute mesure intéressant la composition de la rédaction : embauche, licenciement, mutation et promotion de journaliste. »

Garantir l’indépendance de l’information et son pluralisme dans un contexte de fusions – concentration des organes de presse, pourrait enfin passer par la mise en place de nouveaux seuils, cela pour éviter la mainmise sur les médias, en limitant la participation des grands groupes au capital des médias.

Fait à Paris, le 18 janvier 2021

 

Virgin/RFM (Lagardère) : du PGE au PSE !

A six mois de l’élection présidentielle, qui peut répondre à cette question : un groupe qui a bénéficié de 465 M€ de PGE (prêt garanti par l’Etat) peut-il licencier 34 salariés appartenant à des entreprises qui lui ont fait remonter 3,6 M€ de dividendes et dont la société mère affichait, fin 2020, une trésorerie nette de plus d’un demi-milliard d’euros sur un compte à Monaco ? 

Communiqué intersyndical CFDT-CGT :

Lagardère : du PGE au PSE !

Vendredi 17 novembre, le comité de groupe du groupe Lagardère se réunira dans les locaux d’Hachette Livre, à Vanves. La situation des deux radios RFM et Virgin Radio, où un PSE est soumis à information-consultation, figurera au premier rang des sujets évoqués. 34 postes d’animateurs et de journalistes sont menacés.

En janvier 2021, le groupe d’Arnaud Lagardère a bénéficié d’un PGE à hauteur de 465 M€. En pleine crise sanitaire, il a également profité des mesures de financement de chômage partiel. A la même époque, Lagardère Active Broadcast (LAB), société mère d’Europe 1 et des deux radios musicales, domiciliée à Monaco, disposait d’une trésorerie nette de plus d’un demi-milliard d’euros !

A elles seules, en 2020, RFM et Virgin Radio ont fait remonter 3,6 M€ de dividendes à Monaco, en dépit d’une crise économique d’une ampleur inédite.

Arnaud Lagardère souhaite aujourd’hui se débarrasser de 34 salariés, payés moins de 2000 euros nets par mois. La présence à l’antenne d’animateurs et de journalistes de proximité est pourtant essentielle à l’activité des territoires comme en témoignent les nombreuses lettres de soutien d’élus que nous recevons.

Animateurs et journalistes sont les relais quotidiens des acteurs culturels, économiques, politiques, sociaux, sportifs, associati… Comme l’ont souligné nos collègues du groupe NRJ dans un chaleureux communiqué de soutien : l’information de proximité est un bien public que doit protéger le CSA au regard des engagements signés par le groupe Lagardère en échange de l’exploitation gratuite de fréquences locales.

Tant sur le plan économique, que règlementaire, rien ne justifie ces 30 fermetures de stations. Les salariés n’ont pas à payer les erreurs stratégiques répétées de ce groupe. Nous connaissons d’ailleurs la dernière en date : la direction des deux radios musicales a choisi de ne pas candidater à l’attribution des fréquences locales en DAB, cette radio numérique terrestre présentée par le CSA comme l’avenir de notre média. Dans certaines villes où le DAB est déjà accessible, le programme national d’RFM et de Virgin Radio vient donc concurrencer les antennes locales de ses deux radios diffusées seulement en FM !!!

CGT et CFDT exigent le retrait pur et simple de ce PSE de trop !

Laurent Lemaire délégué syndical CFDT 06.03.34.79.21

Jean-Charles Fontlupt délégué syndical CGT : 06.62.63.31.93

Finis les comportements sexistes au travail : tolérance zéro à Radio France

Chaque 8 du mois la CFDT-Journalistes promeut un combat à mener pour  la place des femmes dans les médias. Ce 8 novembre, la bataille contre les violences sexistes et sexuelles à Radio France. Son délégué syndical Renaud Dalmar, particulièrement engagé pour qu’elles cessent, nous en explique le contexte et les leviers. 

 

Depuis quelques jours, des affiches colorées fleurissent sur les murs de la Maison de la Radio et de la Musique, à Paris, et dans les stations locales du réseau France Bleu. « Elle est énervée, elle doit avoir ses règles », « on n’est pas des pédés », ces slogans provocateurs illustrent une campagne interne contre le harcèlement sexuel et les comportements discriminatoires au sein de la société nationale de radiodiffusion.

La direction de Radio France veut susciter une prise de conscience et montrer que les temps ont changé. Plusieurs salariés de Radio France ont d’ailleurs été récemment suspendus, voire remerciés, après des années de comportement inapproprié, notamment à Bayonne, à France Bleu Pays Basque.

La direction encourage à parler

« Lors des deux dernières années, 16 sanctions disciplinaires ont été prises, dont cinq licenciements », précise un communiqué posté le 15 octobre 2021 sur le site intranet de Radio France.  « Que vous soyez victime ou témoin, n’hésitez plus à parler : toute personne qui signale ou témoigne est protégée, quel que soit son statut. Tout fait remonté donne lieu à une action. Des sanctions sont appliquées ».

La diffusion en mars 2021 sur Canal+ du documentaire de Marie Portolano, « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste », sur le sexisme dans plusieurs rédactions sportives, a donné un coup d’accélérateur à une évolution initiée en 2018 déjà avec la nomination d’un référent harcèlement sexuel, une responsabilité assurée actuellement par le délégué central CFDT Renaud Dalmar.

Des comportements enracinés

Devant le CSE central il y a un an, Renaud Dalmar évoquait des « comportements enracinés, peu contestés par le reste des salariés ». Des salariés, cadres ou non, témoins ou victimes, qui choisissent de rester silencieux par crainte des conséquences pour leur carrière ou pur leurs conditions de travail.

« A ce jour de nombreuses affaires ne peuvent être traitées car les victimes ne veulent absolument pas témoigner même anonymement, car ce témoignage risquerait de compromettre leur chance d’intégration », souligne le référent.

« C’est de l’humour ! »

Renaud Dalmar dénonçait aussi devant les élus du CSE central «une réelle pression caractérisée ». Les précaires, les nouveaux venus doivent se fabriquer une carapace. « Certains CDD, surtout des jeunes femmes, se sont vu répondre qu’elles ne seraient pas « capables de poursuivre dans cette voie si elles n’étaient pas capables d’apprécier cet humour ». Une sorte de « troisième degré », ne pas le comprendre révélerait une sorte de «déphasage avec le milieu professionnel ».

Renaud Dalmar constate « une défaillance managériale ». Cependant le délégué central CFDT reconnait que « l’encadrement est très démuni pour répondre à une partie des situations exposées. Il manque parfois de soutien. Il peut aussi se retrouver confronté à un fonctionnement très ancien et installé, contre lequel il est très difficile de lutter seul ».

La passivité complice

Il dénonce ce qu’il appelle la « passivité complice », c’est à dire « le fait de rire à une blague sexiste ou à connotation sexuelle. Il est dès lors très compliqué de dénoncer la situation. Dans l’une des stations pour lesquelles j’ai lancé une alerte, tel était le cas au quotidien : l’encadrement avait fait preuve de passivité complice, or nous pourrions dire aujourd’hui que la dégradation de la situation engageait sa responsabilité ».

La juriste et collaboratrice de la défenseure des droits, Sophie Latraverse, a été chargée de conduire une enquête sur les dérives signalées à Radio France. Son rapport, publié en septembre 2021, confirme les inquiétudes des élus. Cette juriste indépendante a pu s’appuyer sur 80 entretiens. Elle a aussi eu accès aux enquêtes menées ces deux dernières années en interne par les services RH.

Un dispositif d’alerte pour repérer les dérives sexistes

Pour lutter contre ces dérives, Radio France a développé plusieurs outils, comme des « conférences théâtralisées » qui proposent aux équipes de se glisser dans la peau d’une victime ou d’un collègue témoin de harcèlement sexiste. La société propose aussi une formation en ligne sur cette thématique, que chacun peut suivre en moins d’une demi-journée.

Un dispositif d’alerte interne en ligne a également été mis en place, ainsi qu’une messagerie dédiée aux alertes. Enfin, à la demande des syndicats, la direction de Radio France s’est engagée à communiquer davantage sur les enquêtes en cours et sur les sanctions infligées aux salariés qui ne respectent pas leurs collègues.

 

Lire le communiqué CFDT Radio France du 6 octobre 2021 : Violences sexistes et sexuelles au travail : nous sommes sur la même longueur d’ondes Madame la présidente

 

 

 

 

Télécharger l’outil de la Fédération Communication conseil culture CFDT pour évaluer sa propre exposition aux  violences sexistes et sexuelles au travail 

 

 

 

 

Lire tous nos articles publiés le 8 de chaque mois, afin de faire vivre toute l’année les droits des femmes, et pas seulement le 8 mars.

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