
Ancien secrétaire général de la fédération F3C-CFDT (communication, conseil, culture), à l’origine de la création des Sentinelles Vertes, Jérôme Morin est depuis cet été secrétaire national à la confédération CFDT en charge de plusieurs sujets de transformation dont la transition écologique. Il explique les revendications du syndicat en matière d’environnement.
Le bureau national de la CFDT a publié en septembre une déclaration, “L’inaction climatique est une inaction politique”. Quel est le sens de ce texte?
Après l’été de canicules et d’incendies que l’on a vécu, on ne voulait pas que le sujet du climat retombe dans l’oubli. Comme pendant le covid, il y a eu le temps de la solidarité mais on ne souhaite pas simplement des mesures d’urgence. Il faut des décisions structurelles. Particulièrement dans une période de discussions budgétaires, il est important de réaffirmer que ce qui s’est passé cet été n’était pas une catastrophe exceptionnelle mais un événement amené à se reproduire.
La transition écologique est souvent considérée comme un sujet lointain, difficilement palpable. Cet été tout le monde a pu ressentir physiquement ce que cela signifiait. En tant que syndicat nous appelons à repenser les organisations de travail pour protéger les salariés tout en réfléchissant à la poursuite de l’activité. En effet mettre l’entreprise à l’arrêt lors d’événements climatiques extrêmes a des conséquences sur l’emploi alors que les inégalités sont déjà fortes.
À qui s’adresse cette déclaration?
On s’adresse d’abord aux élus locaux et nationaux pour qu’ils prennent leurs responsabilités. On a constaté ces derniers mois des reculs sur les aides à la rénovation des logements, des contresens sur la loi d’urgence agricole… On se désole de voir que certains partis climato sceptiques s’érigent en premiers défenseurs des citoyens alors qu’ils ont contribué à l’aggravation de la situation. Les politiques ne peuvent plus ignorer les études scientifiques.
Dans les territoires directement touchés par les catastrophes comme Nouvelle-Aquitaine ou les Hauts-de-France, les décideurs arrivent à se mobiliser. Mais la question est de mettre en place des mesures structurelles pour éviter de se retrouver dans des situations d’urgence. Aménager les horaires et les lieux de travail pour ne pas être dépendants des canicules ou des inondations est une chose, mais il faut aussi penser à l’adaptation de toute la société : les transports, les gardes d’enfant, l’accès aux services publics… On a une culture de la réparation plutôt que de la prévention en France.
Qu’est-ce qu’il faudrait changer dans la loi?
Pour prendre un exemple, en mai 2025 un décret est paru qui définit les obligations pour les employeurs en cas de chaleur intense. Il n’y a jamais eu autant de contrôles de l’inspection du travail suite à ce décret et 10% d’entre eux ont conduit à un procès-verbal. Celui-ci pose un constat mais il n’a pas la capacité à faire arrêter le travail, contrairement à l’Espagne. Pourtant le code du travail fixe une obligation pénale de l’employeur vis-à-vis de la santé et de la sécurité de ses employés. On a du mal à faire évoluer notre modèle de pensée de la réparation vers l’anticipation. Le point positif, c’est que le ministère du Travail a engagé des discussions sur ce sujet mais il essaie aussi de préserver les organisations d’employeurs de mesures de coercition.
Quel peut être le rôle des élus en entreprise? Les interviews réalisées par Ça presse ! montrent qu’il faut souvent faire des compromis entre des attentes contraires.
Nous ne sommes pas contre le compromis. On prône le dialogue professionnel. Un employeur ne peut pas imposer une organisation de travail sans tenir compte des réalités de chacun des travailleurs. De leur côté les travailleurs ont une très bonne connaissance de leur activité professionnelle et savent quelles mesures d’adaptation sont acceptables ou non. Ce dialogue de proximité est nécessaire, en prenant en compte les conditions de vie au travail dans chaque entreprise.
On peut comprendre que toutes les entreprises n’avancent pas au même rythme sur la transition écologique mais tout le monde doit s’engager sur ce sujet. On revendique la création de commissions environnementales dans les CSE et on souhaite que tous nos délégués syndicaux soient en capacité de négocier, même s’ils ne sont pas experts. Cela prend du temps mais cela nous permet de mettre en marche une réflexion sur la durée. Nous agissons aussi au travers de nos représentants aux conseils d’administration, là où se discutent les grandes orientations et les choix d’investissements de l’entreprise. Il y a eu des innovations comme l’accord sur le permadialogue chez Norsys, qui a permis de créer des indicateurs en correspondance avec le réel de l’entreprise. Cela montre l’intérêt du dialogue de proximité pour aller au-delà des belles raisons d’être qui n’ont souvent pas d’application pratique.
Comment la CFDT entend-elle peser sur ces questions pendant la campagne présidentielle?
On revendique un changement global de société avec une redirection de la croissance. Une idée nous semble simple : on doit pouvoir produire dans le respect des ressources planétaires et de la régénération de l’environnement. Si l’on applique un regard froidement économique à court terme, on détruit la planète.
Il existe des leviers, comme l’orientation des aides publiques vers les entreprises qui mettent en place des mesures pour la transition écologique. On a besoin d’une planification écologique. Cette déclaration est là aussi pour réveiller les consciences.
