Europe 1 en grève : et si on écoutait les journalistes plutôt qu’espionner leurs AG ?

Un journaliste menacé de licenciement, une DRH qui capte clandestinement une AG, et une grève bien légitime. Pour la CFDT-Journalistes, Europe1 version Bolloré, c’est non. 

Communiqué de la SDR d’Europe1 et de l’intersyndicale publié dans leMonde

« A Europe 1, nous refusons de devenir un média d’opinion »

En liant son sort à CNews qui porte un « activisme politique de droite, voire parfois d’extrême droite », la radio va perdre son capital de crédibilité, dénoncent, dans une tribune au « Monde », la Société des rédacteurs et l’intersyndicale de la station.

Nous vivons une époque singulière, marquée par une montée des tensions dans la société, la multiplication de « fake news », un repli identitaire certain. Un contexte qui favorise ces dernières années la cristallisation du débat politique, certains, même, n’hésitant plus à appeler à la sécession.Plus que jamais, dans ce climat de crispation, les médias ont la responsabilité de décrypter cette époque, démêler le vrai du faux, créer du lien social et de savoir faire dialoguer les uns et les autres dans le respect du pluralisme. Une mission qu’a toujours su faire vivre Europe 1, depuis sa création.

L’heure est décisive et le rôle d’une telle radio nationale est d’autant plus important à l’aube d’une année électorale. Or, aujourd’hui, Europe 1 amorce un virage qui l’éloigne de cette histoire dont ses équipes sont fières depuis plus de soixante ans.

Mise à l’écart de voix « maison »

Jour après jour, la station semble s’arrimer un peu plus à l’antenne de CNews [propriété de Vivendi], conformément au rêve de Vincent Bolloré depuis des années. Devenu premier actionnaire du Groupe Lagardère [par l’intermédiaire de Vivendi], il a désormais les coudées franches pour concrétiser son projet… sans même avoir besoin de racheter la radio. La mise à l’écart de voix « maison » et leur probable remplacement par des nouveaux venus « vus sur CNews », ainsi que la méthode consistant à mettre à pied ceux qui expriment trop fort leur désaccord nous montrent que ce projet est enclenché.

La rédaction, par la voix de sa Société des rédacteurs, a d’ailleurs déjà eu l’occasion ces derniers mois d’alerter sa direction sur des prises de position de plus en plus marquées dans certains rendez-vous-clés de sa matinale, et de s’en inquiéter.

Les exemples récents d’autres grands pays, comme les Etats-Unis, montrent une nouvelle fois combien les médias d’opinion contribuent à fracturer les sociétés, en perdant leur indépendance au service d’un camp.

En liant son sort à une chaîne qui s’illustre à longueur de journée par un activisme politique fortement ancré à droite, voire parfois à l’extrême droite, Europe 1 va perdre ce qui lui reste de plus précieux : son capital de crédibilité auprès des auditeurs.

Nous estimons qu’un tel positionnement tourne le dos à ce qu’a toujours été Europe 1 depuis sa création : une radio d’information et de divertissement indépendante, plaçant le pluralisme au cœur de sa ligne éditoriale. Nous refusons de devenir un média d’opinion.

Pour ces raisons, la Société des rédacteurs et l’intersyndicale SNJ, CGT, CFTC et FO d’Europe 1 saisissent le comité d’éthique de la station.

Ils demandent à Arnaud Lagardère et à la direction de l’information de clarifier leurs positions en montrant clairement, au-delà des déclarations d’intention, comment ils comptent assurer la pérennité de cette pluralité d’expression et le maintien d’une ligne éditoriale généraliste et indépendante.

A défaut de quoi chacun devra pouvoir décider s’il reste dans le navire Europe 1, ou le quitte via une clause de conscience [dispositif pouvant permettre à un journaliste de quitter sa rédaction avec une indemnité s’il n’est plus en accord avec la ligne éditoriale].

 

La Société des rédacteurs et l’intersyndicale SNJ, CGT, CFTC et FO d’Europe 1.

 

 

 

Paris le 17 Juin 2021

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