Concentration des médias : une nouvelle loi est nécessaire

Position de CFDT-Journalistes, de la fédération F3C et du Syndicat national des Médias et de l’Ecrit CFDT à l’occasion de la Mission conjointe de l’Inspection générale des affaires culturelles et de l’Inspection générale des finances sur les règles anti-concentration dans le secteur de la presse et de l’audiovisuel. 

 La fusion TF1 et M6 (qui avait auparavant avalé la radio RTL); le démantèlement des grands groupes de presse français; la concentration entre les mains d’un seul actionnaire de radios grand public comme Europe 1, RFM, et Virgin Radio; tout cela nous interpelle et pose la question des limites à la concentration de la presse.

Si l’on peut comprendre que les groupes de presse écrite et audiovisuelle ont besoin d’avoir une assise suffisante pour exister dans le nouveau paysage médiatique français, ce qui implique une certaine concentration, on constate qu’ils s’étendent désormais dans tous les domaines : presse écrite, audiovisuelle, web et édition. Ce qui induit, pour certains, une énorme capacité de diffusion, mais aussi un appauvrissement des contenus par les échanges et reprises d’un titre à l’autre des mêmes contenus éditoriaux. Cela a des conséquences sur l’emploi dans ces secteurs.

La constitution capitalistique de tels groupes de presse entraîne aussi un rétrécissement progressif du pluralisme de l’information, alors que les médias continuent d’avoir une place prépondérante dans le fonctionnement de notre démocratie.

C’est pour cela qu’il convient de légiférer à nouveau sur ce sujet pour prendre en compte, au-delà du seul champ de l’information ou de la presse « IPG », l’ensemble du spectre de la communication.

Autonomie, transparence, éducation aux médias

Pour la F3C CFDT, CFDT-Journalistes et le SNME-CFDT, une nouvelle loi devrait prendre en considération :

  • Le renforcement de l’autonomie des rédactions et le contrôle plus strict du respect du statut des journalistes, ce qui induit notamment la lutte contre la précarisation dans les rédactions.
  • Davantage de transparence dans l’octroi des aides à la presse en réservant des sièges aux syndicats de salariés représentatifs dans la gouvernance de la CPPAP ; et renvoyer à la négociation paritaire et conventionnelle la répartition des aides.
  • Le renforcement de la représentation des salariés par les organisations syndicales représentatives dans les conseils d’administration des entreprises.

Pour nous, trois points sont importants :

  • Il faut permettre l’équilibre des opinions dans tous les domaines : presse écrite, audiovisuelle et édition.
  • Il faut prendre en compte, notamment dans l’audiovisuel, l’ensemble de l’éditorial : l’information, la culture, le divertissement.
  • Il faut renforcer l’éducation aux médias.

Concrètement, nous plaidons pour la création d’une grande instance de régulation indépendante, légitime et crédible avec, par exemple, la fusion de l’ARCOM et de l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) dans laquelle siègeraient des représentants de la société civile, des représentants des salariés, des éditeurs, qui puisse regarder les contenus et soit garante de la pluralité de l’information, de la liberté d’accès à la culture quel que soit le support : papier, radio-tv, web. Il ne s’agirait pas de contrôler l’éditorial de chaque média, mais bien de veiller, en ayant une vue d’ensemble, au respect du pluralisme de la production à la diffusion.

En ce qui concerne le renforcement de l’autonomie des rédactions, la charte déontologique de Munich (1971) reconnue par la Fédération internationale des journalistes, donne une piste de réflexion en disposant que « L’équipe rédactionnelle doit être obligatoirement informée de toute décision importante de nature à affecter la vie de l’entreprise. Elle doit être au moins consultée, avant décision définitive, sur toute mesure intéressant la composition de la rédaction : embauche, licenciement, mutation et promotion de journaliste. »

Garantir l’indépendance de l’information et son pluralisme dans un contexte de fusions – concentration des organes de presse, pourrait enfin passer par la mise en place de nouveaux seuils, cela pour éviter la mainmise sur les médias, en limitant la participation des grands groupes au capital des médias.

Fait à Paris, le 18 janvier 2021

 

Les actualités

  • Dans la presse indépendante en ligne, un « cadre social » déjà rattrapé par le SMIC

    Communiqué SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes Il y a un an, les syndicats représentatifs des journalistes (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes) et les représentants du SpiiL, la presse indépendante en ligne, signaient un accord « historique » portant sur les classifications et les salaires minima des journalistes salariés des entreprises de cette « forme de presse ». A grands renforts de superlatifs, l’événement avait donné…

  • Prisma Media : non au carnage orchestré par l’empire Bolloré !

    Communiqué intersyndical SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes La nouvelle est tombée comme un coup de massue le 30 mars : la direction de Prisma Media (Capital, Télé-Loisirs, GEO, Voici, Femme Actuelle…), leader de la presse magazine française, vient d’annoncer un nouveau – et très mal nommé – « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE) d’une brutalité sans précédent. Au total, ce sont 261 postes…

  • Mission parlementaire sur l’IA : non à la banalisation de l’extrême droite

    Communiqué intersyndical SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes Ce jeudi 2 avril, les trois principaux syndicats français de journalistes (SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes) n’ont pas souhaité participer à une table ronde organisée à l’Assemblée nationale, intitulée « Création, diffusion et acquisition des connaissances : comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture ». Cette table ronde était organisée par…

  • TRIBUNE. La France a 36 jours pour transposer la directive européenne contre les procédures-bâillons !

    Tribune parue dans Le Monde le 1er avril 2026 « Quand la justice est instrumentalisée pour faire taire, le débat public s’effrite » Alors que les « procédures-bâillons » pour intimider une voix critique se multiplient, un collectif d’associations, de syndicats et de médias appelle, dans une tribune au « Monde », à transposer d’ici au 7 mai dans le droit français…

  • L’INC liquidé, 60 Millions doit continuer à exister !

    Communiqué du 30 mars 2026 L’Institut national de la consommation a cessé d’exister 60 Millions de consommateurs survivra-t-il ? Sauvons-le ! Le décret en conseil d’État appliquant la liquidation de l’Institut national de la consommation (INC) est paru au Journal officiel du 29 mars 2026 (n°2026-215 du 28 mars 2026) Le gouvernement a décidé de stopper la majeure partie des missions de l’INC, la…