Madame Dati, c’est parce que vous êtes ministre que vous ne pouvez pas dire n’importe quoi

Suite aux propos du 7 mai de la ministre de la culture sur France Inter, la CFDT de France Télévisions a publié le 12 mai 2025 cette lettre ouverte :

Mercredi 7 mai, dans la matinale de France Inter, Madame Dati, notre ministre de tutelle a franchi un cap. Le cap Nimportenaouak.

Il faut pourtant s’aventurer loin pour parvenir à cette extrémité d’absurdités et de contre-vérités. Pendant vingt minutes, à un rythme de galériens, Rachida Dati a enchainé les fakenews sur le service public. Sans laisser place à la contradiction ni au débat. Bel exercice démocratique.

Venue pour « sauver » le service public, elle lui a asséné, en direct, en conquérante, un gros coup de rame.

Quand elle affirme par exemple que la fusion des entités de l’audiovisuel public : France Télévisions, Radio France et l’INA, s’impose parce que « partout en Europe, il existe une société unique, nous sommes une anomalie », c’est faux.

Le modèle européen n’est pas unique et uniforme :

  • En Allemagne, ARD et ZDF sont deux puissants groupes publics distincts, dotés de financements et de gouvernances séparées.
  • En Belgique, la RTBF et la VRT coexistent sans fusion.
  • Quant à l’Italie, elle a bien une RAI centralisée, mais est-ce réellement un modèle de pluralisme et d’indépendance ?
  • La BBC, elle, bien qu’unifiée, subit aujourd’hui de fortes pressions politiques et des coupes budgétaires.

À moins, bien sûr, que cela soit in fine son but :  faire de l’audiovisuel public un organe de communication, une courroie de transmission, du pouvoir politique. Centralisé, il sera aussi plus « contrôlable », muselé. Futé en ces temps de poussées des extrêmes et des populismes. Mais, surtout, « N’ayez pas peur Madame Salamé »

Madame Dati semble aimer les bijoux de qualité. Pourquoi s’acharne-t-elle à brader ce que la France a de précieux ?  L’audiovisuel public doit rester au service de tous les citoyens, de la démocratie, et de l’intérêt général.

L’intérêt général. Peut-être Madame Dati n’a pas encore bien saisi ce que cette formule recouvre. Elle, qui, supposons, instrumentalise cette réforme pour marquer, d’un coup d’éclat, son mandat.  Et partir, tout auréolée d’un champ de ruines, à la conquête de la mairie de Paris.

Oui, Rachida Dati est en campagne. Déjà maire du très chic 7ᵉ arrondissement de Paris, elle prétend pourtant incarner une parole « populaire ».  Si ses préoccupations étaient réellement celles du plus grand nombre, qu’elle commence par briguer la mairie d’un arrondissement moins favorisé ou d’une ville où les enjeux sociaux sont plus proches du quotidien des Français.  L’exemplarité commence aussi par la cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait.

Et nous, nous refusons de servir de marche pied ou de carpette.

De plus, en accusant France Inter (et partant, l’audiovisuel public en général) de ne parler qu’aux « CSP+ et plus âgés », d’oublier le « maçon » ou les jeunes, propos démagogiques et factuellement faux, Rachida Dati adopte une posture populiste. Une posture caricaturale, où elle se pose encore, en porte-voix bling-bling d’un peuple qu’elle prétend défendre tout en appartenant aux élites qu’elle dénonce.

Un comble. D’autant que nos audiences, elles parlent à tout le monde : elles sont bonnes à France Inter comme à France Télévisions.

Qui trahit finalement le plus le peuple ? L’élue européenne, forte de son mandat populaire, soupçonnée de corruption et de trafic d’influence, qui vient nous donner des leçons de pluralisme et de transparence ? Ou l’audiovisuel public, en manque de financement, balloté de réformes en réformes, qui lui tend le micro pour se faire menacer en direct ?

Pour finir, non, non plus, cette réforme ne commence pas à « faire consensus ». Cette fusion, présentée comme une évidence, est en réalité une menace :

•   Elle menace la diversité éditoriale, en concentrant sous une gouvernance unique des médias aux identités, missions et publics bien distincts. La mise en place d’Ici dans les antennes régionales a d’ores et déjà plombé les audiences. Nos spectateurs n’y comprennent déjà plus rien.

•   Elle menace l’indépendance, déjà affaiblie par la suppression de la redevance, en préparant, nous l’avons dit, un mastodonte plus facilement contrôlable par le pouvoir politique.

•   Elle menace des salariés, aussi citoyens, plongés depuis des mois dans l’incertitude, sans projet clair, sans concertation, et face à des promesses aussi creuses que les arbitrages budgétaires. L’explosion des risques psychosociaux dans notre entreprise en témoigne.

Alors, certes l’indépendance n’a pas de prix, mais elle a un coût. Et l’heure est au choix, budgétaire, déontologique. Indépendance et pluralisme ou dérive arbitraire et populiste ?

« Normalement » la réforme devrait être examinée en juin au Parlement, nous dit-elle, sourire en coin.

À ce jour, elle n’a tout simplement pas lieu d’être. La CFDT FTV le réaffirme, la bouche grande ouverte.

Les actualités

  • Il est grand temps de relancer le dialogue social dans toutes les branches de la presse et des médias !

    Communiqué intersyndical SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes – SGJ-FO   Il aura fallu que les syndicats de journalistes représentatifs dans la branche de la convention collective (SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes – SGJ-FO) saisissent la Direction générale du travail, il y a un an, pour que les représentants des employeurs des différentes formes de presse…

  • International – Emprisonnement de Roman Protasevich en Biélorussie, mais aussi Palestine, Iran, Chine, Brésil… : les échos des syndicats de journalistes dans le monde

    Voici une sélection des derniers communiqués de la Fédération internationale des journalistes et de la Fédération Européenne des Journalistes, organisations dont nous sommes membres. Ils reflètent les combats des syndicats de journalistes dans le monde, auxquels nous nous associons. Biélorussie 25 mai – Un acte de terrorisme d’Etat pour arrêter un journaliste 25 mai – Libérez Roman Protasevich et tous…

  • Loi Sécurité Globale : le Gouvernement désavoué

      Le Conseil constitutionnel a censuré, jeudi 20 mai 2021 plusieurs dispositions de la loi dite « Sécurité globale » adoptée le 15 avril dernier. L’Intersyndicale des journalistes CFDT-CGT-FO et SNJ, soutenue par la Ligue des droits de l’homme, avait, dès l’automne dernier, tiré la sonnette d’alarme sur des dispositions de cette proposition de loi, notamment son article 24, devenu…

  • Journalisme et écologie : échangeons le 2 juin entre journalistes adhérents CFDT

    Les Assises du journalisme de Tours, du 29 septembre au 1er octobre 2021, auront pour thème « Urgence climatique et responsabilités journalistiques ». La CFDT-Journalistes en sera partenaire. Pour commencer à y réfléchir, nous organisons le mercredi 2 juin 2021 à 18 h 30 un temps d’échange en visio entre adhérents journalistes, sur ce sujet auquel nous sommes tous…

  • Risques du journalisme : 5 raisons de revoir la CNMJ 2021

    « Un grand reporter a le temps de se préparer avant d’aller sur le terrain. Après 2015, Charlie Hebdo, le Bataclan et les Gilets jaunes, les journalistes en France ont été confrontés à des violences qu’ils ne connaissaient pas. Plus globalement, les journalistes et notamment ceux qui enquêtent et font de l’investigation sont de plus en…