ÇA PRESSE ! Albert Ritzenthaler : « La CFDT est légitime sur les sujets environnementaux »

Depuis peu en retraite, Albert Ritzenthaler, était auparavant secrétaire confédéral CFDT. Il revient sur son expérience de président du groupe CFDT au CESE. En tant que membre de la commission Environnement, il a notamment rendu des avis sur les politiques de transition, dont, le 9 juillet, la résolution «Transition écologique : la société civile organisée appelle à maintenir le cap».

En quoi consiste le rôle d’un membre du CESE?

Le CESE est composé de représentants de la société civile, syndicats, patronat, associations, qui établissent des rapports et donnent des avis dans le but d’éclairer le gouvernement et le Parlement dans l’élaboration des politiques publiques. Ses propositions sont le résultat d’un consensus et sont publiées au Journal officiel. Elles se retrouvent très souvent dans les projets de loi. Par exemple, en tant que membre de la commission Agriculture, j’ai contribué à rendre un avis sur les circuits de distribution des produits alimentaires, qui a préfiguré la loi Egalim.

Tu as ensuite siégé à la commission Environnement. Quels ont été ses travaux?

En 2021, la commission a rendu un avis sur les politiques de sobriété, en considérant que la sobriété est une affaire individuelle mais qu’elle n’a de sens que si elle est soutenue par des politiques publiques. 

En juillet 2025, j’ai été le co-rapporteur de la résolution “La société civile organisée appelle à maintenir le cap de la transition écologique”. Il était indispensable d’alerter sur l’urgence d’agir au moment où l’on assiste à un “bashing” sur les engagements environnementaux. Le texte a été adopté à l’unanimité moins la voix de la Coordination Rurale, mais avec le soutien de la FNSEA. 

Il est intéressant de noter que l’autre co-rapporteur était Gilles Vermot Desroches, ancien directeur du développement durable de Schneider Electric, désigné par le Medef. Contrairement à certaines organisations syndicales, nous ne nous sommes pas opposés à l’utilisation du terme compétitivité dans le rapport, car on s’inscrit dans un principe de réalité. On essaie de pousser nos billes le plus possible mais il faut trouver des points d’équilibre. 

Pourquoi est-il important que la CFDT s’engage sur les sujets environnementaux?

Par rapport à notre cœur de métier autour du travail, les enjeux environnementaux sont devenus une urgence y compris en termes de santé. Cela crée parfois des tensions avec les organisations environnementalistes qui revendiquent l’expertise sur le sujet. Nous nous considérons légitimes en relayant les témoignages des élus des CSE sur les sujets de santé ou de politique industrielle. Nous sommes attachés à ce que les travailleurs aient un emploi de qualité compatible avec les enjeux environnementaux. De plus, face aux catastrophes qui nous attendent, tous les salariés et pas seulement les cadres doivent développer des compétences d’autonomie, de travail en équipe, d’imagination, d’initiative. C’est un enjeu de transformation sociale et de ressources humaines. Cela rejoint la notion d’émancipation que nous défendons. Il y a peu d’organisations qui portent cette vision globale. 

A titre personnel, qu’as-tu changé dans ton quotidien pour être en phase avec ces sujets?

La question mérite d’être posée mais je soutiens qu’une démarche individuelle ne vaut que si elle s’inscrit dans une volonté politique. A titre individuel, je voyage en train, je n’utilise pratiquement plus la voiture mais cela demande une organisation et c’est coûteux. Au sein du CESE, on a rendu des avis sur les mobilités en zones peu denses, sur les projets d’alimentation durable de proximité. Les ZFE (zones à faible émission) n’ont de sens que si elles sont accompagnées par des solutions alternatives : location, covoiturage, transports en commun fluides. Les personnes qui occupent des passoires thermiques n’ont pas les moyens d’être sobres, c’est une injustice. Le but n’est pas de culpabiliser les individus mais de leur donner des outils pour favoriser les démarches de sobriété et cela passe par des politiques publiques.

Albert Ritzenthaler est le coauteur de la résolution CESE intitulée « Transition écologique : la société civile organisée appelle à maintenir le cap ».

Lire aussi l’article de Syndicalisme Hebdo : https://www.syndicalismehebdo.fr/article/alerte-rouge-pour-la-transition-ecologique

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