Des aides à la presse qui n’emploie pas de journalistes, c’est grave !

Le ministère de la Culture a publié le 2 septembre un décret modifiant une partie des critères de reconnaissance des titres de presse (print et web) par la CPPAP, reconnaissance qui donne droit à des avantages postaux, fiscaux, et à postuler à certaines aides directes à la presse. Alors qu’avait été introduite en 2022 l’obligation d’une équipe de journalistes professionnels, ce nouveau texte minimise largement cette obligation en lui assortissant une possibilité de dérogation sans cadrage dans la loi. Désormais la CPPAP, dont ne font partie que les patrons et l’État, pourra décider qu’un contenu est journalistique même si le média ne présente aucun journaliste professionnel. 

Voici la nouvelle formulation, très alambiquée : « Le caractère journalistique du traitement de l’information est réputé établi lorsqu’il est réalisé par des journalistes professionnels au sens de l’article L. 7111-3 du code du travail ou lorsqu’il est apporté par des agences de presse agréées au sens de l’ordonnance du 2 novembre 1945. Par exception, le caractère journalistique du traitement de l’information peut être apprécié au regard de l’objet de la publication, en prenant en compte sa périodicité, la composition de l’équipe rédactionnelle ainsi que la taille de l’entreprise éditrice. »

Traduction : Pour donner son feu vert, la CPPAP considèrera désormais qu’est journalistique ce qui est fait par des journalistes ou acheté à des agences de presse (jusque-là tout va bien) mais dans le cas où il n’y a pas de journalistes ni de contenus achetés à des agences, elle pourra malgré tout décider que le contenu est journalistique, en fonction de ses critères propres, et sans que ceux-ci ne soient fixés dans la loi. 

Ce décret, que nous avons combattu (réunions avec le ministère de la Culture et la CPPAP, communiqués), est pour la CFDT-Journalistes porteur d’un grand recul : 

  • il relativise le rôle des journalistes, en jugeant leur absence non rédhibitoire 
  • il fait du journalisme un objet flou, fonction de critères imprécis et abscons (comment comprendre le critère de la taille d’une entreprise, comme si être gros ou petit était en soi un gage ou non de journalisme !)
  • il piétine le code du Travail, qui établit que le journalisme est nécessairement réalisé dans le cadre d’un contrat de travail 

À l’heure où de plus en plus de citoyens mais aussi de responsables remettent en cause la place des journalistes, où la qualité devient un critère second, où les mots perdent de leur sens, où les éditeurs ne respectant pas la loi Cressard restent impunis, où les lobbies, la communication, la propagande tentent de prendre le pas sur l’information, ce texte ni fait ni à faire n’est en mesure d’aider ni profession, ni les éditeurs, qui subiront tôt ou tard une concurrence déloyale avec des acteurs moins-disants. Le citoyen sera toujours le perdant.

À l’heure où les économies budgétaires sont présentées par notre gouvernement comme le sujet prioritaire, assouplir l’accès à ces aides publiques sans aucun cadrage précis nous apparaît très surprenant. Si toutefois certains cas de figure nécessitaient des dérogations, le cadre existant le permettait sans nécessiter de modifier l’architecture socle. 

Dans ce contexte, ayant échoué à empêcher la sortie de ce texte, CFDT-Journalistes demande la construction de garde-fous fermes :

  • que les motifs de dérogation soient listés et non pas laissés à l’appréciation des éditeurs qui siègent à la CPPAP
  • que les organisations syndicales représentatives des salariés intègrent celles siégeant au sein de la CPPAP, afin qu’elle devienne enfin paritaire. 

Lire le décret sur Legifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052184788

Lire les épisodes précédents :

En 2025 : https://cfdt-journalistes.fr/2025/06/23/cest-toujours-non-aux-aides-a-la-presse-pour-les-medias-sans-journalistes

En 2022 : https://cfdt-journalistes.fr/2022/01/06/les-aides-postales-et-fiscales-a-la-presse-enfin-conditionnees-a-la-presence-de-journalistes

Les actualités

  • Finis les comportements sexistes au travail : tolérance zéro à Radio France

    Chaque 8 du mois la CFDT-Journalistes promeut un combat à mener pour  la place des femmes dans les médias. Ce 8 novembre, la bataille contre les violences sexistes et sexuelles à Radio France. Son délégué syndical Renaud Dalmar, particulièrement engagé pour qu’elles cessent, nous en explique le contexte et les leviers.    Depuis quelques jours, des…

  • La France doit soutenir la convention FIJ contre l’impunité des assassins de journalistes

      Ce mardi 2 novembre 2021 est célébrée la Journée mondiale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Dans un communiqué commun, les syndicats CFDT-Journalistes, SNJ et SNJ-CGT estiment que la France doit soutenir la convention FIJ contre l’impunité des assassins de journalistes. Ce 31 octobre, deux journalistes sont morts…

  • Forte hausse des tarifs de pige au Figaro !

    Cela faisait des années que les tarifs de pige au Figaro n’avaient pas augmenté. Victoire ! La NAO (négociation annuelle obligatoire) 2021 a permis une forte hausse. Comment ? Grâce à une belle collaboration entre le réseau des pigistes et les syndicats, dont la CFDT. Ensemble, on va plus loin ! Avant : 66,98€ brut le…

  • L’exploitant agricole ayant agressé des journalistes d’Envoyé Spécial devant le tribunal de police

    ACTUALISATION : le procès a été reporté au 20/12   Un exploitant agricole des Bouches du Rhône ayant agressé des journalistes de France2 lors de leur reportage pour Envoyé Spécial en septembre 2020 comparait ce 18 octobre devant le tribunal de police de Tarascon. La journaliste fixeuse nous livre son témoignage anonyme. La CFDT-Journalistes apporte…

  • Projet de PSE chez Virgin Radio et RFM : 30 postes de journalistes menacés

    Jeudi 07 octobre, la Direction de Virgin Radio et de RFM, appartenant au groupe Lagardère, a annoncé un projet de Plan de sauvegarde de l’emploi portant sur la fermeture de 30 de ses 71 stations en régions (26 Virgin Radio et 4 RFM). En l’état ce PSE provoquerait la suppression de 34 postes : 30 journalistes…