La CFDT-Journalistes s’indigne de la façon dont Jean-Luc Mélenchon a traité Jérémy André, notre confrère du Point, co-auteur avec le journaliste Hadrien Brachet d’une enquête fouillée et circonstanciée intitulée « Mélenchon et la Chine, enquête sur des Liaisons dangereuses de la France insoumise », (n°2773, 18 Septembre 2025). Ils se sont attiré les foudres du chef des Insoumis.
Qualifié par Jean-Luc Mélenchon sur X de « journaliste complotiste », Jérémy André n’a fait que son métier. Reporter au service international en charge de l’Asie au magazine Le Point depuis 2020, il a passé des mois à enquêter, avec le souci de la rigueur et du contradictoire. Après avoir cherché en vain à interviewer Sophia Chikirou durant l’été, il a envoyé une demande d’interview à Jean-Luc Mélenchon avant la publication, l’accompagnant de questions écrites, auxquelles il fut répondu par un post de blog juste après le bouclage, en dépit d’un délai de deux jours pour réagir, usuel dans la presse écrite quotidienne et hebdomadaire.
Pour CFDT-Journalistes, le problème est double :
1/ Dans une première série de tweets rageurs, Sophia Chikirou a publié ses réponses, attaquant la légitimité des questions posées et affichant le nom et le visage du reporter, tel une cible. Jean-Luc Mélenchon a à son tour publié in extenso la demande d’interview et les questions envoyées, dans une présentation visant à disqualifier le travail du journaliste.
2/ Les injures, les invectives répétées, les insinuations, sont inacceptables sur le ton et infondées sur le fond. Où sont les preuves ? Elles visent à intimider et décrédibiliser un journaliste chevronné.
Ce comportement est inadmissible de la part d’un ex-candidat à la Présidentielle. Il contribue à « autoriser » la vindicte contre les journalistes, alors que le rôle des personnalités politiques devrait être de les soutenir, comme pilier fondamental de notre démocratie déjà vacillante. La Société des Rédacteurs du Point a d’ailleurs fortement réagi, dès le 19 septembre, lendemain de la parution du dossier de la discorde, alertant d’« une grave dérive ».
Ce n’est pas la première fois que Jean-Luc Mélenchon s’en prend à notre profession. Le 23 août dernier il excluait de son université d’été un journaliste du Monde et une de Libération, auteurs d’un livre critique à son endroit. Le 17 mars 2024, il intimait à un journaliste de France 3 de se taire. En 2010, déjà, il qualifiait un étudiant en journalisme de « petite cervelle » au service d’un « métier pourri », d’une « sale corporation voyeuriste et vendeuse de papier ». La liste est longue. Et ses provocations ne passent plus.
CFDT-journalistes dénonce avec force ces dérapages verbaux visant les journalistes : longtemps cantonnés à l’extrême droite, ils s’installent également dangereusement sur une autre partie de l’échiquier politique français.
Paris, le 23 septembre 2025
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