Agressions de journalistes : il est temps de renforcer la loi

CFDT-journalistes soutient une proposition de loi déposée par le député Belkhir Belhaddad visant à renforcer la protection des journalistes.

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Samedi 15 janvier 2022 à Paris, une équipe de l’AFP qui couvrait une manifestation d’opposants au passe vaccinal a été violemment prise à partie par une foule haineuse.

Ces confrères rejoignent la trop longue liste des journalistes agressés lors de manifestations, mais aussi lors de reportages en contexte à priori plus « tranquille », du micro-trottoir sur un marché à une enquête / magazine en milieu rural en passant par un meeting politique. Ce phénomène est inacceptable et doit cesser.

Protéger les journalistes

Depuis le printemps 2021, CFDT-Journalistes travaille avec le député de Moselle, Belkhir Belhaddad (LREM) à l’élaboration d’une proposition de loi visant à mieux protéger les journalistes.

Actuellement, si un journaliste n’est pas grièvement blessé (si ce sont des violences volontaires avec une ITT inférieure ou égale à 8 jours) son agresseur ne risque qu’une amende courante (tribunal d’instance, pas tribunal judiciaire, 750€ maximum). Cela peut conduire à banaliser cette violence.

Le code pénal prévoit à l’article 222-12 des peines alourdies quand les violences sont commises sur un certain nombre de personnes : magistrat, avocat, gendarme, policier, agent de sécurité privé, pompier, gardien d’immeuble, enseignant, agent d’un exploitant de réseau de transport public de voyageurs, toute personne chargée d’une mission de service public, professionnel de santé, mais aussi prostituée, etc. L’agression devient alors immédiatement un délit quelle que soit la gravité des blessures et la plus petite peine encourue (celle sans ITT ou avec ITT<8 jours) passe alors à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.  Les journalistes ne font pour l’heure pas partie de cette liste. Les faire entrer dans le cadre de ces professions « protégées » serait un alignement logique sur ce que la loi prévoit pour d’autres personnes reconnues comme ayant un rôle public dans notre société.

Le texte déposé à l’Assemblée nationale

Le texte a été déposé le 21 décembre à l’Assemblée nationale. Il est soutenu par la majorité et nous souhaitons vivement qu’il soit examiné d’ici la fin de la mandature. Alors que les tensions sont fortes en France, que s’approchent des échéances électorales importantes et que l’Europe nous presse d’agir, CFDT Journalistes appelle l’ensemble des parlementaires à s’en saisir et voter en sa faveur.

Parce que les journalistes ne sont pas des punching-balls, parce que la presse est un vecteur important de la démocratie, ensemble, protégeons les journalistes.

A Paris, le 17 janvier 2022

Procès de Tarascon : la justice doit considérer les violences contre les journalistes comme des délits

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Emoi après l’agression de Christian Lantenois

Stop aux agressions de journalistes lors des manifestations

Emmanuel Macron : « Comme je suis optimiste pour la France, je suis optimiste pour la presse »

C’est en comité restreint que se sont déroulés les vœux aux associations, organisations et syndicats de presse, mardi 11 janvier 2022 au Palais de l’Elysée à Paris.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, y a plaidé en faveur d’une presse libre, forte et indépendante, mais aussi d’une presse de qualité, qui prenne le temps de vérifier et recouper les informations pour lutter contre les « infox », répondre au complotisme et à enfermement algorithmique. Il venait de recevoir le rapport « Les Lumières à l’ère numérique » de la commission Bronner.

Selon la tradition, c’est le président de l’Association de la Presse Présidentielle qui a d’abord présenté ses vœux au Président de la République n’hésitant pas, dans son discours, à le titiller quelque peu sur des thématiques comme le « secret des sources » parfois mis à mal, le « secret d’Etat » trop souvent utilisé pour justifier un manque de transparence, déplorant aussi que dans notre République, des médias puissent être poursuivis pour « violation du secret des affaires » ou que le modèle économique des entreprises de presse soient trop fragile face aux GAFAM.

Mais en premier lieu, il a bien sûr été évoqué la situation d’Olivier Dubois, journaliste pigiste retenu en otage au Mali pour lequel le Président de la République a affirmé « le soutien de la Nation », expliquant, sans donner de détails, que les services de l’Etat sont « pleinement mobilisés » pour obtenir sa libération.

« Distinguer le vrai du faux »

Dans le contexte sanitaire et politique actuel, « jamais le besoin d’une presse forte et indépendante n’a été aussi justifié » a estimé le Président de la République, évoquant une presse qui sait « distinguer le vrai du faux » et « raconter le monde de manière éclairée » : dans le contexte pandémique, Emmanuel Macron estime ainsi que « sans le travail de la presse, la vague des fausses informations aurait été plus puissante et plus dangereuse ».

Le Chef de l’Etat a aussi évoqué l’engagement du pays pour la défense des droits de l’Homme dans le monde, citant entre autres l’initiative Marianne pilotée depuis l’Elysée et rappelant que sur 400 Afghans protégés par la France, un tiers sont des journalistes ; il a aussi rappelé le « combat pour toutes les libertés, y compris celles de la caricature et de la satyre (…) qui sont au cœur de l’Histoire de France et de la liberté de la presse ». L’occasion de préciser que la Maison du Dessin de presse, dont le projet était porté par Georges Wolinski avant son assassinat dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, verra prochainement le jour à Paris, dans le 6e arrondissement.

Estimant encore que « la presse est un bien commun qui relève de l’exigence démocratique et citoyenne », Emmanuel Macron a rappelé que depuis 2020, ce sont 483 millions d’euros qui ont été versés au soutien de la filière presse.

Et d’espérer, avant de souhaiter une bonne année à chacun, que 2022 sera une année de combat pour la réhabilitation de l’information documentée avant de conclure : « Comme je suis optimiste pour la France, je suis optimiste pour la presse ».


Les propositions de CFDT-Journalistes pour des actions concrètes

En marge de cette cérémoinie, CFDT-Journalistes a remis à la ministre de la Culture et de la Communication, Roselyne Bachelot, ainsi qu’au cabinet d’Emmanuel Macron une note revendicative sur les « actions concrètes possibles à court terme pour améliorer concrètement le travail des journalistes »:

LUTTER CONTRE LA PRECARITE ECONOMIQUE ET SOCIALE

  • Donner des moyens pour lutter contre le travail illégal dans la profession (journalistes rémunérés en autoentrepreneurs ou droits d’auteur au lieu du salariat, cf loi Cressard) et les contrats précaires non autorisés (CDD à répétition, CDDU) : Nommer des inspecteurs du travail dédiés à ces salariés et ces fraudes, créer une cellule interministérielle Culture+Travail, rappeler la loi aux éditeurs.
  • Accorder une dérogation aux règles internationales de sécurité sociale pour permettre à environ 500 correspondants à l’étranger de médias français, vivant à l’étranger, de bénéficier de la sécurité sociale française et de sortir de l’angoisse de la maladie, l’accident, la grossesse, la vieillesse après une carrière au service de l’info des Français.

AFFIRMER LE ROLE DEMOCRATIQUE DES JOURNALISTES

  • Dire stop à la montée de la violence envers les journalistes en soutenant la priorisation de la loi portée par le député LREM de Moselle Belkhir Belhaddad, ajoutant les journalistes dans la liste des victimes de violences volontaires amenant des circonstances aggravantes.
  • Tout entreprendre pour la libération d’Olivier Dubois, otage au Mali.

SOUTENIR UNE INFORMATION DE QUALITE

  • Soutenir le projet de loi protégeant les lanceurs d’alerte (cf PPL Wasermann) et lutter contre son détricotage en cours au Sénat sous la pression des lobbies : les lanceurs d’alerte sont des informateurs précieux pour les journalistes et doivent être protégés.
  • Faire entrer les syndicats de salariés dans le paritarisme de la CPPAP pour que l’attribution des aides à la presse prenne en compte la connaissance de l’intérieur des salariés.

A lire aussi, les autres sujets sur lesquels planche CFDT-Journalistes :

Lanceurs d’alerte : CFDT-Journalistes écrit aux Sénateurs

Par mail, CFDT Journalistes s’est adressé aux Sénateurs afin de soutenir la proposition de loi sur les lanceurs d’alerte, que certains amendements risquent d’affaiblir considérablement. Voici ce courrier :

Madame, Monsieur le Sénateur

Dans le cadre de votre mission parlementaire, vous allez être amené à vous prononcer sur les propositions de loi n°4375 et 4398 qui concernent les lanceurs d’alerte ; ces propositions de loi devant transposer la directive (EU) 2019/1937 adoptée en 2019.

CFDT-Journaliste, membre de la Maison des lanceurs d’alerte, s’inquiète d’un certain nombre d’amendements, adoptés en commission des lois, qui ne prennent pas la mesure des enjeux et pourraient, s’ils étaient adoptés, réduire singulièrement la portée de ce texte.

La proposition de loi sur la protection des lanceurs d’alerte portée par le député Sylvain Waserman est en effet issue de plus de deux années de mobilisation de la société civile. Elle a été adoptée à l’unanimité des groupes politiques en première lecture à l’Assemblée nationale, et porte en elle l’espoir d’un réel renforcement des droits des lanceurs d’alerte.

Cette loi est d’une importance cruciale pour notre pays. Elle doit permettre de protéger celles et ceux qui se soucient de l’intérêt général et nous alertent sur les crises sanitaires, sociales et écologiques en cours et à venir.

Vous avez aujourd’hui le pouvoir de changer la donne en proposant des amendements qui rétablissent les avancées votées unanimement par l’Assemblée.

À la veille de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, peut-on sérieusement envisager que la France ne respecte pas ses engagements européens en adoptant de telles dispositions ? Elle se doit au contraire donner l’exemple.

Vous remerciant de votre attention, veuillez agréer, Madame, Monsieur le sénateur, l’expression de nos sincères salutations.

A Paris, le 6 janvier 2021

Pour le bureau national de CFDT-Journalistes
Laurent Villette
Secrétaire national.

45 journalistes ont été assassinés à travers le monde en 2021, déplore la Fédération internationale des journalistes

En 2021, 45 journalistes et professionnels des médias ont été assassinés   dans 20 pays.

« Les journalistes sont ciblés de manière croissante par ceux qui veulent faire taire les messagers », rappelle la Fédération internationale des journalistes (FIJ, dont CFDT Journalistes est membre) à l’heure de dresser, comme tous les ans, sa triste liste annuelle de journalistes et de professionnels des médias tués dans l’exercice de leur métier.

Ce chiffre représente l’un des plus bas bilans depuis que la FIJ a commencé à publier des rapports annuels sur les journalistes tués dans l’exercice de leur profession. On déplorait ainsi 65 journalistes tués en 2020.

L’Asie en tête de la liste macabre

On y constate que la région Asie-Pacifique est en tête de la macabre liste régionale avec 20 assassinats, devant les Amériques (10), l’Afrique (8), l’Europe (6) et le Moyen-Orient et le Monde arabe (un seul). Un accident mortel a également coûté la vie à deux journalistes en Iran.

« Si cette diminution est une bonne nouvelle, elle n’est qu’un maigre réconfort face à la violence continue qui a coûté la vie à des journalistes dans des pays comme l’Afghanistan (9), le Mexique (8), l’Inde (4) et le Pakistan (3) », souligne encore la FIJ.

« Cela apporte également une preuve supplémentaire à un constat récurrent : les journalistes et les travailleurs des médias sont le plus souvent tués pour avoir dénoncé dans leurs médias la corruption, la criminalité et les abus de pouvoir dans leurs communautés, villes et pays. »

« Ces 45 collègues que nous avons perdus cette année nous rappellent le terrible sacrifice que les journalistes du monde entier continuent de faire pour servir l’intérêt public et nous leur restons à jamais redevables, ainsi qu’aux milliers d’autres qui ont payé le prix ultime », souligne pour sa part Anthony Bellanger, le secrétaire général de la FIJ.

Une violence qui monte en France

Si aucun meurtre de journaliste n’a – heureusement – été commis en France contre des journalistes, on ne peut que déplorer – et s’inquiéter – de la violence qui monte dans le pays envers les professionnels de l’information qui se retrouvent confrontés, quasi quotidiennement, aux insultes, aux menaces, voire aux coups de la part d’une minorité d’extrémistes agités par la propagande de populistes adeptes des « fakes news ».

Une situation que ne cesse de dénoncer CFDT-Journalistes, qui soutient une proposition de loi visant à aggraver les peines pour les auteurs d’agressions envers les journalistes.

Procès de Tarascon : la justice doit considérer les violences contre les journalistes comme des délits

CFDT-Journalistes, le SNJ et le SNJ-CGT étaient, lundi 20 décembre 2021, parties civiles au procès de l’agriculteur ayant agressé des journalistes lors d’un reportage.

Le prévenu, un gros exploitant local, répondait devant le tribunal de police de Tarascon de « violences légères » envers une équipe de reporters du magazine de France 2 Envoyé Spécial qui enquêtaient sur l’exploitation de travailleurs saisonniers dans le sud de la France en 2020.

Reporters d’Envoyé Spécial agressés par un propriétaire terrien : les syndicats de journalistes parties civiles au procès

A l’audience, le prévenu a refusé obstinément de reconnaître des violences pourtant filmées par les journalistes victimes et ne s’est pas excusé, expliquant son geste par un accès  « de colère » !

Son avocat a comparé les faits à d’autres violences légères comme celles qui consistent « à arroser une personne avec un tuyau d’arrosage » ou  « ébouriffer quelqu’un sans son consentement (sic) ».

Le président du tribunal, qui a visionné les images du reportage d’Envoyé Spécial  a, lui, donné une tout autre vision de l’agression, la décrivant comme « violente tant physiquement que verbalement. Si vous vouliez faire peur aux journalistes, et bien vous avez réussi votre coup, ils ont eu très peur », a t’il estimé.

Ne plus tolérer de tels actes de violence

Pour le représentant du ministère public, qui a réclamé 700 € d’amende contre l’exploitant agricole soit quasiment le maximum prévu par la loi (750€), ce dossier aurait dû être jugé devant un tribunal correctionnel car le fait de foncer sur les journalistes avec un véhicule 4X4 de 2 tonnes qui représente une arme par destination aurait pu blesser plus grièvement notre confrère.

L’avocat des syndicats de journalistes (SNJ – CFDT-Journalistes – SNJ-CGT)  a demandé au tribunal de condamner l’intéressé à 1 € symbolique et aux entiers dépens de l’instance au nom des agressions répétées contre une profession de plus en plus menacée en France et de l’atteinte intolérable faite à la liberté de la presse.

Nous syndicats de journalistes, dénonçons ces violences inadmissibles et nous demandons à la justice de les considérer comme des délits qui sont susceptibles d’être poursuivis devant un tribunal correctionnel et non comme des contraventions de simple police.

Le nombre dagressions ne cesse de croître et nous ne pouvons plus tolérer de tels actes de violence à l’égard des journalistes qui ne font que leur métier, celui dinformer et d’éclairer légitimement les citoyens.

Dans une démocratie, la liberté dinformer librement est une garantie de progrès. La bafouer, cest interdire le libre accès à une information éclairée et certifiée.

Campagne présidentielle : la violence n’a pas le droit de cité

Dans un communiqué, Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT, rappelle que « la violence n’a pas le droit de cité » et fait part de sa solidarité avec les militants de SOS Racisme et les journalistes de Quotidien et de Médiapart qui ont été frappés :

« La campagne présidentielle s’engage sur de bien mauvaises bases. La violence, quelle que soit sa nature, ne peut être tolérée dans un débat démocratique. Les images de ce week-end nous le rappellent tristement.

Les candidats et les candidates à la fonction de Président ou de Présidente de la République doivent tous respecter deux droits fondateurs de notre démocratie : la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Il est inadmissible que des journalistes soient empêchés d’exercer leur mission d’information, qu’ils soient violentés ou exfiltrés d’un meeting, que des militants soient roués de coups lors d’un rassemblement.

La CFDT exprime toute sa solidarité avec les militants de SOS Racisme et les journalistes de Quotidien et de Médiapart qui ont été frappés dimanche lors du meeting d’Éric Zemmour.

La CFDT a toujours défendu le respect dans le dialogue et la confrontation des idées. Elle rejette toute forme de violence et de contraintes. Encore plus lors d’une campagne politique à l’issue de laquelle les Français désigneront celle ou celui qui sera le garant de la démocratie. »

A Paris, le 6 décembre 2021

Nouveau schéma national du maintien de l’ordre : des avancées pour les journalistes

Le nouveau Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) a été présenté aux organisations syndicales de journalistes par les ministères de la Culture et de l’Intérieur ce lundi 6 décembre 2021.

CFDT Journalistes se félicite des avancées concrètes contenues dans ce document pour faciliter le travail et la protection des journalistes lors des manifestations.

Télécharger ici : le chapitre du SNMO concernant les journalistes.

Ce nouveau SNMO est l’une des suites du rapport Delarue, sur les relations entre la presse et les forces de l’ordre. Des relations qui s’étaient fortement dégradées ces dernières années, l’ancien SNMO ne prenant guère en compte les spécificités de la profession, assimilant les journalistes aux manifestants sitôt l’ordre de dispersion donné par les forces de l’ordre. Une situation inacceptable, les journalistes étant particulièrement fondés à documenter et témoigner à la fois de la tenue des manifestations, mais aussi des opérations de maintien de l’ordre.

Totalement réécrit par le ministère de l’Intérieur, grâce notamment à la contrainte d’un arrêt du Conseil d’État, le nouveau schéma rétablit les journalistes dans leurs prérogatives de témoins, mais missionne aussi les forces de l’ordre pour assurer leur protection si nécessaire.

Très concrètement, le SNMO rappelle aux autorités administratives la place particulière qu’occupent les journalistes en matière d’information et de libertés publiques, sachant qu’ils sont là pour rendre compte de la situation de terrain. Dès lors, des droits particuliers sont à leur accorder :

• l’identification par signes distinctifs : le port d’un brassard ou d’un équipement « presse » doit être considéré comme une présomption d’identification ; l’identification des journalistes passant d’abord par la carte de presse de la CCIJP (dont la primauté est réaffirmée), mais aussi par la carte de presse internationale délivrée par la Fédération internationale des journalistes ; où pour les journalistes non-titulaires de la carte de presse et leurs accompagnants, d’une attestation « employeur » dont le formulaire entrera en application au 1er janvier 2022.

• la mise en place d’un canal dédié d’information : lors des rassemblements les plus importants, un officier sera chargé des relations avec les journalistes ; les journalistes n’ont en revanche aucune obligation de se faire connaître à cet officier.

• la liberté de circuler librement : les journalistes présents lors des rassemblements peuvent se déplacer librement dans la manifestation, se trouver entre forces de l’ordre et manifestants, ou se placer du côté des forces de l’ordre. Ils peuvent continuer à exercer leur mission lorsque l’ordre de dispersion est donné aux manifestants, mais devront se positionner de façon à ne pas être assimilé aux participants à l’attroupement et ne devront pas gêner l’action des forces de l’ordre. Ils ont en outre le droit d’être présents pour documenter une manifestation interdite ou non déclarée.

• la liberté de porter des protection : il est reconnu aux journalistes le droit de porter des protections, comme par exemple des lunettes de plongées ou un casque siglé « presse », à l’exclusion de protections qui ne seraient pas en vente libre (comme par exemple les masques à gaz militaires).

• le droit à la protection : les journalistes peuvent être aussi la cible de manifestants violents. En cas de besoin, ils pourront ainsi passer derrière les lignes des forces de l’ordre qui leur doivent une protection.

• droit à l’image : il est rappelé que policiers et gendarmes ne peuvent s’opposer à la captation d’images et de sons sur la voie publique, sauf concernant certaines unités spéciales. La publication de ces clichés n’est pas non plus interdite dans les limites de la loi ; serait ainsi une infraction la publication sur les réseaux sociaux d’une image de policier ou de gendarme en vue de son identification.

En marge du SNMO, le ministère de l’Intérieur prévoit aussi de « renouer le dialogue avec les journalistes » en organisant des points réguliers avec leurs représentants, mais en ouvrant aussi aux journalistes de terrain des cessions de formation des policiers et gendarmes aux maintien de l’ordre, afin de renforcer la compréhension mutuelle. Il est également prévu de former les policiers et gendarmes au droit de la presse.

Pour CFDT-Journalistes, cette prise de position forte du ministère de l’Intérieur va dans le bon sens et il était important de renouer le dialogue, après quelques épisodes difficiles. Il n’en reste pas moins que le chantier reste ouvert en ce qui concerne l’identification des journalistes. Car si cela ne pose pas de problèmes pour les titulaires de la carte de presse, de la carte de presse internationale ou les journalistes bénéficiant d’une commande (qui pourront obtenir l’attestation employeur), la question reste en suspend pour la « zone grise » du journalisme, englobant les reporters et photo-reporteurs sans commande ni carte de presse, ainsi que les vidéastes documentaristes.

Pour ceux-ci, il a été proposé de mettre en place un système d’auto-déclaration sur le modèle de l’attestation de sortie en vigueur lors des confinements. Une idée à creuser pour CFDT-Journaliste qui rappelle toutefois que si tout citoyen est légitime à documenter et à témoigner d’une manifestation, cela n’en fait pas pour autant un journaliste qui, lui, se doit d’agir avec neutralité et dans le respect d’un statut et de chartes déontologiques.

A Paris, le 6 décembre 2021

 

Lire aussi :

Mai 2021 : Relations entre la presse et les forces de l’ordre : la Commission Delarue rétablit les équilibres

Mars 2021 : Journalistes et forces de l’ordre : constats et propositions à la Commission Delarue

 

Victoire de la solidarité : le journaliste afghan Elyaas Ehsas éligible au droit d’asile en France

Communiqué intersyndical SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes avec la Fédération internationale des journalistes.

Ça y est ! Elyaas Ehsas, journaliste afghan, a enfin obtenu, après une année de lutte, de pouvoir déposer une demande d’asile en France, alors qu’il était jusque-là menacé d’expulsion du territoire français.


La forte solidarité des syndicats de journalistes français (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes), afghan et suédois, l’engagement sans relâche de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), les multiples recours de son conseil, le soutien de nombreux parlementaires, mais aussi les incessantes adresses aux ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ont eu raison d’un situation kafkaïenne.

Elyaas Ehsas, reporter de guerre menacé dans son pays par les talibans, risquait d’être reconduit en Suède, pays par lequel il était officiellement entré dans l’espace Schengen et qui comptait l’expulser vers l’Afghanistan.

Un paradoxe d’autant plus incompréhensible que la famille d’Elyaas, évacuée en France après la prise du pouvoir par les talibans, allait pouvoir demander l’asile car doublement menacée par les talibans, du fait de sa proximité avec le reporter de guerre et parce que la jeune sœur du journaliste est une sportive, membre de l’équipe nationale afghane de basket.

Cette victoire d’Elyaas est le résultat de son long combat mené depuis 2015, date à laquelle il a gagné l’Europe après avoir fui à pied l’Afghanistan, où il était menacé de mort par les talibans en raison de son métier de journaliste et du fait de son appartenance à la minorité hazara, particulièrement ciblée par les talibans.

Sa demande d’asile en Suède ayant été rejetée et craignant que la Suède, selon ses pratiques habituelles, l’expulse vers l’Afghanistan, il a quitté ce pays en 2020 et a rejoint la France.

La lutte et la solidarité envers notre confrère doivent se poursuivre jusqu’à ce que soit officiellement reconnu son statut de réfugié. Un signe fort dont s’honorerait la France, face aux exactions des talibans contre nos consœurs et confrères et contre la liberté de la presse.

Avec la FIJ, poursuivons notre aide et notre soutien aux journalistes afghans qui cherchent à quitter leur pays pour échapper aux menaces dont ils font l’objet.

Paris, le 19 novembre 2021.

CFDT Journalistes soutient la proposition de loi du député Sylvain Waserman sur les lanceurs d’alerte

REACTUALISATION : Le 17 novembre le texte a été adopté par 52 voix pour et aucune contre en première lecture à l’assemblée nationale. Lire le compte-rendu de cette séance. Le texte est maintenant à suivre au Sénat.


 

Ce mercredi 17 novembre 2021, les députés examinent une proposition de loi portée par Sylvain Waserman (MoDem) visant à améliorer la protection des lanceurs d’alerte.

Membre de la Maison des lanceurs d’alerte, CFDT-Journalistes appelle l’ensemble des parlementaires à soutenir cette initiative et à transposer la directive européenne sur les lanceurs d’alerte adoptée en octobre 2019.

Ce serait un signal fort envoyé aux lanceurs d’alerte ainsi qu’aux organisations qui les accompagnent.

Comme le souligne la Maison des lanceurs d’alerte :

« la proposition de loi maintient la définition large du lanceur d’alerte mise en place par la loi « Sapin 2 ». Elle protège l’ensemble des personnes morales facilitatrices d’alerte, et supprime l’obligation d’agir « de manière désintéressée », notion floue et génératrice d’insécurité juridique. Elle supprime l’obligation actuelle de lancer l’alerte d’abord en interne, et permet conformément à la directive, de saisir directement les autorités compétentes, voire la presse. »

Les mesures de protection prévoient aussi une immunité pénale pour l’ensemble des poursuites dont peuvent faire l’objet les lanceurs d’alerte, y compris les poursuites pour vol d’information. Elles prévoient également l’instauration d’une mesure décourageant les poursuites-bâillons, puisqu’il appartiendra à ceux qui les intentent de prendre intégralement en charge les frais de justice du lanceur d’alerte.

Avec la Maison des Lanceurs d’Alerte, CFDT-Journalistes appelle le gouvernement et le Parlement à garantir son adoption rapide.

La lutte contre la corruption, la préservation de la santé et de l’environnement et la défense de l’intérêt général exigent des actes politiques clairs, forts et courageux pour protéger les lanceurs d’alerte. La Maison des Lanceurs d’Alerte appelle le gouvernement et le Parlement à soutenir cette proposition de loi et ses dispositions les plus ambitieuses pour franchir un cap historique et enfin doter la France d’une législation de référence.

La France doit soutenir la convention FIJ contre l’impunité des assassins de journalistes

 

Ce mardi 2 novembre 2021 est célébrée la Journée mondiale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes.

Dans un communiqué commun, les syndicats CFDT-Journalistes, SNJ et SNJ-CGT estiment que la France doit soutenir la convention FIJ contre l’impunité des assassins de journalistes.

Ce 31 octobre, deux journalistes sont morts parce qu’ils exerçaient leur mission d’informer.

Orlando Dinoy, reporter pour le site en ligne Newsline Philippines et présentateur sur Energy FM, a été tué ce 31 octobre de six balles par un homme armé qui a fait irruption dans son appartement à Bansalan, sur l’île de Mindanao aux Philippines. Le même jour, le journaliste Alfredo Cardoso Echeverria a succombé à ses blessures. Fondateur du site d’information Las Dos Costas, il avait été enlevé puis retrouvé blessé par balles à bord de son véhicule à Acapulco, dans le sud du Mexique.

Depuis le début de l’année, 37 journalistes ont été tués dans le monde dans l’exercice de leur mission d’information.

Le Mexique ou les Philippines comptent parmi les pays les plus dangereux pour les journalistes et les professionnels des médias, tout comme la Somalie, la Syrie, l’Irak, le Soudan du Sud, l’Afghanistan, ou encore le Brésil qui détiennent le record de meurtres non élucidés de journalistes. La Turquie, elle, reste la plus grande prison de journalistes au monde avec quelque soixante détenus.

Les journalistes français ont eux aussi payé un lourd tribut puisque plus de vingt consœurs et confrères ont été assassinés dans l’exercice de leur fonction depuis le début du siècle, dont huit dans l’attentat terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo.

Le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes n’oublient pas leur confrère Olivier Dubois, seul otage français dans le monde. Ce journaliste de 46 ans a été enlevé le 8 avril au Mali par le groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Alliance djihadiste au Sahel). Depuis, malgré les nombreuses mobilisations, aucune nouvelle de lui de la part des autorités françaises.

Le prix Nobel de la paix 2021 a été attribué à deux journalistes, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dmitri Mouratov, pour « leur combat courageux pour la liberté d’expression » : le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes rappellent que le combat pour la liberté de la presse dans le monde ne doit jamais cesser. Les Etats doivent protéger les journalistes car il n’y a pas de démocratie sans presse libre.

A l’occasion de la Journée internationale des Nations-Unies contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes ce 2 novembre 2021, le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes, membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ, 600 000 adhérents à travers le monde), demandent à la France de soutenir la Convention FIJ contre l’impunité des assassins de journalistes et de leurs commanditaires afin qu’elle soit soumise à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes appellent les journalistes, les médias et tous les citoyens à soutenir la campagne mondiale de la FIJ contre l’impunité (#EndImpunity) intitulée : « We want justice. We want the truth ».