Propos tenus par Raphaël Enthoven au sujet des journalistes à Gaza : nous contestons devant le parquet général le classement de notre plainte

Mi-août dernier, suite à une frappe israélienne ayant tué volontairement six journalistes palestiniens devant l’hôpital Al-Shifa à Gaza-city, le philosophe français Raphaël Enthoven repostait sur ses réseaux sociaux une vidéo mensongère visant une trentaine de journalistes palestiniens assassinés, qualifiés de terroristes et affirmait qu’il n’y avait « aucun journaliste à Gaza, uniquement des tueurs, des combattants ou des preneurs d’otages ». Quelques jours plus tard, il réitérait ces propos, suite à un autre bombardement visant et tuant d’autres journalistes. 

Ces déclarations ne sont pas des « opinions », comme s’en défend Mr Enthoven, mais des propos  relayant de fausses informations qui offensent toute une profession. M. Enthoven se repose-t-il sur la seule lecture de la « Legitimization Cell » du gouvernement israélien, chargée de fournir des éléments de langage visant à discréditer les journalistes gazaouis et en faire des cibles de guerre légitimes, pour se forger son « opinion » ?  Sait-il que l’immense majorité des journalistes de Gaza ont dénoncé de façon anonyme les pogroms perpétrés par le Hamas et le Jihad Islamique ? Sait-il qu’en dénonçant ainsi la dictature du Hamas, ils risquent leur vie et celle de leur famille ?

Ces journalistes ont reçu la confiance réitérée de nombre de médias internationaux, en raison de la qualité de leur travail, et encourent des risques immenses pour nous informer, dans un contexte extrêmement précaire et alarmant. Au moins 245 journalistes palestiniens ont été tués par Israël depuis près de deux ans. Jamais une telle hécatombe n’a meurtri notre profession.

Les propos de Raphaël Enthoven sont graves. Rappelons qu’en droit international, il est interdit de cibler des journalistes en temps de guerre, et de porter atteinte à la dignité humaine. Ils contribuent à jeter le discrédit sur toute une profession et à libérer la parole déshumanisante de certains responsables politiques, notamment récemment l’élue de Paris Isabelle Nizard, selon laquelle « il n’y a aucun journaliste qui ne soit pas impliqué dans des actes criminels » à Gaza.

Nous, organisations syndicales de journalistes – Fédération Internationale des journalistes (FIJ), Syndicat des journalistes palestiniens (PJS), SNJ-CGT et CFDT-Journalistes avons donc porté plainte le 23 septembre 2025, par l’intermédiaire de nos avocats Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth contre Raphaël Enthoven pour « provocation à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée », faits réprimés par l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 ; mais aussi pour « diffusion et reproduction de fausses nouvelles, susceptibles de troubler la paix publique ». 

Le 29 septembre, soit moins d’une semaine après le dépôt de la plainte, cette dernière a été classée sans suite au motif que les faits ou les circonstances des faits de la procédure n’auraient pu être clairement établis par l’enquête et que les preuves ne seraient donc pas suffisantes pour que l’infraction soit constituée et les poursuites pénales engagées. Pourtant, aucune enquête n’a manifestement eu lieu. Nous avons donc contesté cette décision devant le parquet générale pour lui demander de revenir sur cette décision de classement et afin qu’une enquête soit ouverte dans les meilleurs délais.

Le génocide en cours, les crimes de guerre multiples et répétés dont les civils palestiniens et les otages israéliens sont les principales victimes et la nécessité de construire un avenir respectueux de la justice et du droit international exigent de nos responsables politiques et de nos figures intellectuelles sérieux, responsabilité et vérité. Faire le choix de la désinformation n’est pas à la hauteur de l’enjeu humanitaire, géopolitique et démocratique. Ce choix contribue au développement de la pensée unique, sans nuance, à la censure et à la répression des opinions voulues minoritaires au-delà des frontières israélo-palestiniennes.

Le 29/09/2025

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