IA générative et reprises de contenus : stop au plagiat !  

La CFDT-Journalistes a été alertée sur la mise en place, par Paris Normandie, d’un dispositif de curation et de reprises massives de contenus produits par d’autres médias ou institutions, en dehors de sa zone de couverture, reposant sur l’utilisation de l’IA générative.

De nombreux articles issus notamment du réseau actu.fr seraient concernés par ces pratiques, qui consistent à republier des contenus réécrits automatiquement, sans travail journalistique propre, sans recoupement, sans enquête complémentaire et, surtout, sans citation explicite des sources d’origine.

Une dérive juridique manifeste

Il ne s’agit pas de « reprises » au sens du Code de la propriété intellectuelle, qui autorise la publication de contenus réalisés par d’autres journaux dans le cadre d’accords négociés et rémunérés. Nous sommes face à des plagiats, exécutés hors de tout cadre juridique, reprenant des informations existantes en les reformulant et parfois en les extrapolant, comme sait le faire l’IA.

Cette pratique, venant d’un acteur historique de la presse fondé en 1944, inaugure une prédation entre confrères. Jusqu’ici, ce type de procédés relevait surtout d’acteurs troubles de la désinformation. Le groupe Rossel opère ici un virage gravissime, dans la continuité de son refus de payer les droits voisins des journalistes sur un autre de ses titres, 20 Minutes.

Une dérive déontologique majeure

La CFDT-Journalistes rappelle qu’en journalisme, si l’information n’est pas une propriété privée, sa reprise ne peut s’affranchir des règles fondamentales de la profession.

Réécrire un article à l’aide d’une IA générative sans vérification, sans contextualisation, sans valeur ajoutée éditoriale revient à produire un texte hors-sol, dénué de responsabilité journalistique. Certains contenus publiés adoptent un ton de « communication » qui édulcore la réalité, bien loin de l’exigence de rigueur et de proximité avec les faits.

Ces procédés ne relèvent ni du travail d’agence, ni de la concurrence éditoriale classique, ni d’un usage responsable de l’IA en rédaction. Ils brouillent la traçabilité de l’information, affaiblissent la crédibilité des contenus et participent à une confusion préjudiciable pour le public.

Un modèle économiquement prédateur

Au-delà des questions éthiques, la CFDT-Journalistes dénonce une logique commerciale profondément déséquilibrée. Ces contenus automatisés captent audience, référencement et recettes publicitaires au détriment des rédactions qui ont financé, produit et assumé le travail journalistique initial. L’IA devient ici un outil d’optimisation économique permettant de monétiser le travail des autres sans en supporter les coûts humains, sociaux et éditoriaux. Ce modèle fragilise l’ensemble de l’écosystème de l’information, déjà sous forte tension.

L’IA peut être un outil d’assistance. Elle ne doit jamais devenir un substitut à l’enquête, à la vérification et à la responsabilité éditoriale.

Un cadre public dangereusement permissif

Paris Normandie perçoit des aides publiques à la presse. Or les évolutions récentes du cadre réglementaire, pilotées par le ministère de la Culture et mises en œuvre par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), risquent de favoriser la généralisation de pratiques similaires.

La CFDT-Journalistes demande que la CPPAP 

  • réexamine le dossier de Paris Normandie,
  • redéfinisse beaucoup plus strictement les possibilités de reprises et d’usages de l’IA, 
  • intègre les syndicats de salariés dans une commission aujourd’hui dépourvue de véritable parité, afin de garantir un regard journalistique sur les reconnaissances accordées.

À l’heure où la confiance du public dans l’information est un enjeu démocratique majeur, la CFDT-Journalistes appelle les éditeurs à faire le choix de la responsabilité éditoriale plutôt que celui du volume automatisé.

Ce n’est pas une question de technologie.

C’est une question de choix éditoriaux et de respect du journalisme.

Paris, le 12 janvier 2026


Les ambiguïtés coupables du ministère de la Culture

Début septembre, un décret modifiant les critères d’attribution des aides à la presse, suivi de lignes directrices de la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP), a profondément affaibli les exigences en matière d’originalité des contenus.

Désormais, un titre peut être reconnu comme « presse » avec jusqu’à 50 % de contenus produits par d’autres journaux, à condition d’en citer la source — sans obligation de mentionner l’auteur, ni même de démontrer que les autorisations nécessaires ont été obtenues. Ce seuil augmente encore lorsque s’y ajoutent des contenus « maison » simplement rediffusés d’une déclinaison à l’autre d’un même titre.

Quant au recours massif à l’IA générative, que la CPPAP affirme ne pas reconnaître, il n’est contrôlé que par une attestation sur l’honneur des éditeurs, sans dispositif de vérification réel.

Depuis six mois, la CFDT-Journalistes n’a cessé d’alerter le ministère sur les risques majeurs de ces orientations : banalisation du pillage éditorial, contournement du droit d’auteur, affaiblissement du journalisme professionnel.

Ces alertes sont restées sans réponse.

Les actualités

  • EGI : Redonner confiance aux citoyens et goût en l’info

    Dans le cadre des actuels Etats Généraux de l’Information, CFDTJournalistes publie régulièrement des contributions. Voici la troisième, portant sur la façon de redonner confiance aux citoyens et goût en l’information. Elle vise à répondre à un certain nombre d’interrogations portées par les groupes de travail des Etats Généraux de l’Information, des députés qui nous ont…

  • Les jeunes journalistes au centre de notre dernier « Profession journaliste »

    Dans ce numéro d’avril 2024, un grand entretien avec quatre jeunes récemment entrés dans la profession, un vademecum pour les chefs de pigistes, une rencontre avec le DS d’Altice ⁨Lionel Dian⁩, un point sur les bas salaires minima de branche en presse écrite, un portrait de reconversion vers le journalisme à 50 ans, nos revendications…

  • EGI : le rapport du CESE soutient les journalistes

    Après plusieurs mois de travaux, le CESE a remis le 13 mars son avis « Agir pour une information fiable, indépendante et pluraliste au service de la démocratie », visant à contribuer au débat des Etats généraux de l’information. Nous avions été auditionnés, et une partie de nos demandes a été écoutée. La question des conditions de…

  • La CFDT veut encadrer l’utilisation de l’IA dans les rédactions

    Dans un communiqué commun à CFDT Cadres et CFDT Journalistes diffusé ce mercredi 6 mars 2024, il est rappelé l’impérieuse nécessité d’avoir un encadrement de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les rédactions. Les nouvelles technologies liées à l’intelligence artificielle (IA) gagnent du terrain dans les métiers de l’information. Les capacités des logiciels d’IA se développent…

  • Lundi 26 février : rassemblement à Paris en soutien aux journalistes palestiniens

    Appel FIJ – SNJ – SNJ-CGT – CFDT Journalistes – SGJ-FO – Reporters Solidaires. Lundi 26 février : journée internationale de soutien aux journalistes palestiniens. Rassemblons-nous pour une minute de silence RDV à 11h30 place Ghislaine Dupont, Claude Verlon, Camille Lepage (Paris) Quatre mois après le début de la guerre à Gaza en Palestine, le 7…