Procédures-bâillon : comment renforcer notre droit pour y résister

Paris, le 17 avril 2026 – La France doit transposer d’ici moins de trois semaines une directive européenne contre les procédures-bâillons. Dix organisations syndicales et de la société civile appellent à se saisir de cette opportunité et détaillent à cette fin les cinq priorités qui doivent guider l’action des pouvoirs publics pour rendre cette transposition ambitieuse et efficiente.

Les procédures-bâillons sont des poursuites judiciaires exercées abusivement par des entreprises, institutions ou personnalités publiques dans le seul but de faire taire les voix critiques (médias, journalistes, lanceurs d’alertes…). Pour lutter contre ce phénomène, l’Union européenne a adopté le 11 avril 2024 une directive prévoyant plusieurs outils procéduraux. Comme les autres États membres, la France doit la transposer dans son droit d’ici au 7 mai 2026. Dans cette perspective, cinq points-clés doivent figurer dans toute réforme à intervenir.

Premièrement, les outils prévus par la directive devraient s’appliquer à toute la diversité des procédures-bâillons, en incluant, par exemple, les poursuites en diffamation, classiquement utilisées pour faire taire leurs cibles. Une lecture restrictive de la directive pourrait conduire à n’appliquer ses avancées qu’aux procédures civiles ou commerciales transfrontières : les organisations appellent à dépasser cette limite, la directive autorisant les Etats membres à aller au-delà du minimum qu’elle prévoit.

Deuxièmement, suivant cette logique, il est nécessaire de prévoir un mécanisme de rejet rapide des poursuites-bâillons avec un renversement de la charge de la preuve, applicable notamment en droit de la presse, qui permettrait, sous certaines conditions, d’écarter la procédure à un stade précoce.

Troisièmement, pour réduire l’asymétrie financière caractéristique de ces procédures, un mécanisme de provision devrait être créé, à l’instar de ce qui est déjà prévu pour les lanceuses et lanceurs d’alerte. Les cibles des procédures-bâillons pourraient ainsi voir leurs frais de justice pris en charge par l’auteur des poursuites, dès le début de la procédure, sur décision du juge saisi de l’affaire.

Quatrièmement, pour alléger la pression que font peser ces poursuites sur leurs cibles, les personnes morales de droit privé à but non lucratif (associations, syndicats…) devraient pouvoir soutenir la cible d’une procédure-bâillon, avec son accord, ou fournir toute information utile à la juridiction saisie des poursuites.

Cinquièmement, il est indispensable de renforcer les sanctions afin de dissuader les auteurs de poursuites-bâillons. Pour cela, un relèvement du plafond des amendes civiles encourues en cas d’action abusive ou dilatoire pourrait notamment être envisagé, ainsi qu’un assouplissement des conditions prévues par l’article 800-2 du code de procédure pénale, pour que les personnes ayant été abusivement poursuivies au pénal puissent obtenir le remboursement de leurs frais d’avocat.

Ces pistes sont détaillées dans ce document de positionnement commun.

Face aux procédures-bâillons, la société-civile résiste.

Communiqué de :
Sherpa, la Maison des Lanceurs d’Alerte, Greenpeace France, Anticor, Transparency International France, le Syndicat National des Journalistes, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, Reporters Sans Frontières, le Fonds pour une Presse Libre

Les actualités

  • Emilie Rosso, lauréate du prix L’Alerte à la Une

    CFDT-Journalistes a pris part au jury du prix L’Alerte à la Une, de la Maison des lanceurs d’alerte, qui récompense une enquête journalistique réalisée avec un·e ou des lanceurs d’alerte. Emilie Rosso, journaliste à France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, a reçu ce prix des mains de Marie Lemire-Verdier, notre représentante à la MLA. Bravo à elle !…

  • Quand notre livret « Face à l’extrême droite » attire l’attention de CNews et Europe 1

    Suite à la publication de son livret « Face à l’extrême droite, plus que jamais journalistes », CFDT-Journalistes a été attaquée de façon virulente sur les antennes de CNews (émission « Morandini Live ») et d’Europe 1 (émission « Praud et vous ») jeudi 4 décembre, sur des plateaux des plus variés (Gilbert Collard, Jordan Florentin, de Frontières, Karim Maloum, directeur…

  • Pour Noël, les correspondants locaux de Sogemedia veulent juste être payés

    Zéro paiement depuis onze mois… Voilà le sort que subissent des dizaines de correspondants locaux de presse (CLP) du groupe de presse hebdomadaire régionale (PHR) Sogemedia. Une situation inacceptable, que dénoncent vigoureusement le Collectif national des CLP (CNCLP), le SNJ, le SNJCGT, la CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, L’Union des clubs de la presse de France et…

  • De nouveau condamné lourdement en appel par la justice algérienne, notre confrère Christophe Gleizes doit être libéré

    C’est un choc, d’autant plus dur que les dernières semaines étaient porteuses d’espoir. Christophe Gleizes a été condamné le 3 décembre 2025 par une cour d’appel algérienne à sept années de prison, notamment pour « apologie du terrorisme ». Le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et le SGJ-FO tiennent à lui…

  • Face à l’extrême droite, plus que jamais journalistes ! Un livret pour jouer notre rôle démocratique

    CFDT-Journalistes publie un livret de ressources et conseils pour accompagner les journalistes dans leur rôle démocratique face à l’extrême droite. Objectif : donner des clés nécessaires à la compréhension de ce qu’est l’extrême droite aujourd’hui (son histoire, ses acteurs, son danger, sa stratégie de dédiabolisation) afin de ne pas se laisser berner, susciter des bonnes pratiques…