CFDT-Journalistes est signataire d’une tribune publiée le 8 octobre 2026 dans L’Obs.
A quelques jours de la publication du plan national pour l’accès à l’information sur l’environnement et le climat, plus de vingt grandes organisations appellent le gouvernement à lutter contre la désinformation climatique en mettant en place un cadre garantissant une information accessible, fiable et indépendante.
Canicules, incendies, orages violents… Cet été, impossible de passer à côté des événements climatiques extrêmes qui ont fait la une, avec une intensité qui rend toujours plus tangible une réalité que les scientifiques documentent et annoncent depuis des décennies. Mais les records de couverture médiatique ont été suivis de creux tout aussi marqués. Les catastrophes sont racontées lorsqu’elles surviennent, puis disparaissent de l’agenda médiatique. Face à cette réalité qui, elle, ne connaît pas de pause, une autre bataille se joue : celle de l’information.
En mai dernier, à l’issue du Conseil national de planification écologique, l’Elysée a placé l’accès à l’information sur l’environnement et le climat parmi les nouvelles mesures prioritaires. Un plan national est alors annoncé pour la rentrée et doit permettre de « préserver les bases d’un débat démocratique sain sur la transition écologique ». Il s’inscrit dans la lignée d’engagements déjà pris par la France au niveau international.
A la COP 30 en novembre 2025, Emmanuel Macron alerte sur la menace que fait « peser la désinformation climatique sur les démocraties, l’agenda de Paris et donc sur nos sécurités collectives ». La France rejoint alors les premiers signataires de la Déclaration sur l’intégrité de l’information relative aux changements climatiques. Il y a urgence à traduire ces engagements en actes. A l’heure où la crise climatique s’accélère, une information environnementale fiable et indépendante est indispensable à la compréhension des enjeux, au débat démocratique et à la lutte contre la désinformation.
Une information environnementale accessible, fiable et indépendante
Après la première vague de chaleur de mai dernier, plusieurs journalistes météo ont dénoncé les menaces et insultes dont ils faisaient l’objet. Cet épisode illustre des pressions et fragilités plus larges, documentées par la société civile : cyberharcèlement des journalistes, scientifiques et ONG, discours contestant les connaissances scientifiques, manipulations de l’information autour du climat ou pendant des événements climatiques extrêmes, ingérences étrangères ou encore pratiques publicitaires trompeuses. Face à ces attaques, protéger l’information environnementale ne peut plus relever de la seule bonne volonté des acteurs.
Ces mêmes organisations ont déjà formulé des propositions pour y répondre. Il appartient désormais au gouvernement de les traduire en mesures précises, financées et, lorsque le droit existant ne suffit pas, d’en faire évoluer le cadre. Cela passe d’abord par l’effectivité du droit d’accès à l’information environnementale consacré par la Charte de l’environnement et par un alignement avec la Convention d’Aarhus. Cela suppose aussi de mieux mesurer les phénomènes à l’œuvre et de renforcer la recherche sur l’information et la désinformation climatique ; de protéger réellement les journalistes, scientifiques et défenseurs de l’environnement exposés aux menaces, au cyberharcèlement et aux procédures-bâillons ; de développer l’éducation aux médias et à l’environnement ; de renforcer les pouvoirs de l’Arcom et d’agir sur les conditions de production et de circulation de l’information.
Le gouvernement a une responsabilité majeure
La France doit également prendre toute sa part dans la mise en œuvre des nouveaux cadres européens : révision de la directive audiovisuelle (SMA), pleine application du règlement sur les services numériques (DSA), transposition du règlement européen sur la liberté des médias (EMFA). La transposition de la directive contre les procédures-bâillons (SLAPP) reste par ailleurs incomplète pour garantir une protection réelle à celles et ceux qui enquêtent, alertent et documentent dans l’intérêt général. Enfin, la régulation des pratiques publicitaires environnementales doit être renforcée pour lutter contre les allégations trompeuses et le « greenwashing ».
A quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement a une responsabilité majeure : faire de ce plan, la feuille de route d’une politique publique durable en faveur d’une information environnementale accessible, fiable et indépendante, et non une déclaration de principes supplémentaire. Une telle politique doit être portée au plus haut niveau de l’Etat, dotée de moyens et assortie d’objectifs mesurables. La France peut aujourd’hui être parmi les premiers pays à traduire concrètement ses engagements en faveur de l’intégrité de l’information climatique. Lorsque les impacts de la crise sont minimisés ou mal documentés, c’est aussi la capacité à demander des comptes et à agir qui s’affaiblit. La France, scrutée à l’international, a les moyens d’être à l’avant-garde. Elle doit maintenant choisir de l’être.
Signataires :
QuotaClimat ; Reporters sans frontières (RSF) ; France Nature Environnement (FNE) ; Amnesty International France ; Action Justice Climat Paris ; Action non-violente COP21 ; Agir pour l’environnement ; Alternatiba ; Bloom ; CFDT-Journalistes ; Climat Médias ; CliMates ; Data for good ; Générations Futures ; Greenpeace France ; JAC – Jeunes Ambassadeurs pour le Climat ; Les Amis de la Terre ; Ligue pour la Protection des oiseaux (LPO) ; Notre Affaire à Tous ; Oxfam France ; Reporters d’Espoirs ; RESES ; Syndicat national des Journalistes (SNJ) ; WWF France ; Zero Waste France
