En reportage, conduire = travailler

Tes déplacements comptent dans ton temps de travail

Tes déplacements en voiture pour te rendre en reportage, ou en conférence de presse par exemple, comptent dans ton temps de travail (article 3121-1 du Code du travail : « La durée du travail effectif est le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur et se conforme à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles. »).

En règle générale, tu travailles 10 heures maximum par jour (sauf dérogation exceptionnelle), 35 heures par semaine (c’est la référence légale) mais tu peux aller jusqu’à 48 heures maximum. Les dépassements doivent donner lieu à des récups (comme des forfaits jours de repos compensateur) ou le paiement des heures sup’. Il est possible de dépasser les durées maximales, mais pas sans compensation ni respect des temps de repos. Même si ton travail reste souvent imprévisible, même si les dépassements, fréquents, sont autorisés, tu dois soit récupérer soit être payé. Ces règles sont impératives.

Et le trajet domicile-travail ?

Précision : le temps de trajet domicile-rédaction ou lieu de travail habituel n’est pas du temps de travail. Le temps du déplacement professionnel, c’est-à-dire la conduite vers le lieu du reportage, compte comme du travail effectif. Et s’il dépasse le temps de trajet habituel, il doit compter dans le temps de travail et être compensé (repos ou argent). En clair : si tu commences ta journée par un reportage à deux heures de chez toi, ton employeur ne peut donc pas estimer que ta journée commence une fois arrivé sur les lieux.

Ton employeur doit garantir ta sécurité

Quant à la sécurité routière, contrairement aux routiers, il n’existe pas de limite spécifique en kilomètres ou en heures pour les journalistes. Cependant, ton employeur a une obligation de sécurité envers toi. Il doit t’éviter une fatigue excessive et des journées trop longues, supérieures à 10 heures, conduite comprise. Sinon, tu prends un risque professionnel. Tu dois faire des pauses, même en déplacement, même en reportage, elles restent obligatoires pour des questions essentielles de santé et de sécurité : une pause de 20 minutes minimum après 6 heures de travail (article L3121-16 du Code du travail), 11 heures de repos minimum (Art. L. 220-1) entre 2 journées et 2 jours de repos hebdomadaire en principe consécutifs. Enfin, les frais de reportage (carburant, repas, hôtel) doivent évidemment t’être remboursés !

Un cas concret

Dans une journée sur le terrain, entre les trajets aller et retour et le reportage, on arrive, facilement, à 12h de travail. Le tout avec un retour tardif et une reprise tôt le lendemain. Voici un exemple de reportage (un peu irréaliste car sans imprévus) :

7h : départ de chez toi.
07h–9h30 (2h30) : conduite vers le lieu du reportage.
09h30–13h30 (4h) : reportage, vidéos, interviews.
13h30–14h (30 min) : pause déjeuner.
14h–17h (3h) : montage vidéo, rédaction du papier…
17h–19h30 (2h30) : retour en voiture.
Total : 12 heures de travail.

Problème : dépassement de la limite légale de 10h/jour. Ton employeur doit soit justifier une dérogation exceptionnelle, soit accorder des heures supplémentaires ou un repos compensateur. Le tout en veillant au respect de la sécurité ! ●Frédérique Guiziou

Et le temps de transport des pigistes ?

Dernièrement, lors d’une réunion de négociation de barème minimum conventionnel de piges en presse quotidienne nationale, CFDT-Journalistes a défendu que le temps de trajet pour se rendre sur le lieu de reportage soit rémunéré en plus des feuillets. Car à longueur équivalente, réaliser un sujet en se rendant sur le terrain, ne prend pas du tout le même temps que si on fait tout par téléphone ! Le seul remboursement des frais de carburant, de péage ou de train ne suffisent pas, il faut aussi que le temps des pigistes passé en transports donne lieu à une bonification. Pour l’instant nous n’avons pas été entendus, mais nous réitérerons !

Les actualités

  • Appel des pigistes contre l’extrême-droite

    Appel à une assemblée générale des pigistes contre l’extrême droite Le pire est devant nous. L’extrême droite s’apprête à gravir la dernière marche vers le pouvoir, peut-être l’a- t-elle déjà franchie au moment où vous lisez ces lignes. Raciste, xénophobe, sexiste, LGBTIphobe, validiste, inégalitaire, le projet du Rassemblement national et de ses alliés menacent aussi…

  • Lettre ouverte des journalistes de 20 Minutes

    Le texte suivant a été signé par un collectif de 62 journalistes de la rédaction de 20 Minutes, avec le soutien du SNME-CFDT et du SNJ-CGT Alors que le Rassemblement national est aux portes du pouvoir, nous, journalistes de 20 Minutes, demandons un engagement clair de notre média contre l’extrême droite. A quelques jours du second…

  • Libertés ! Rassemblement place de la République jeudi 27 juin à 18h

    Médias indépendants, syndicats, dont la Confédération CFDT et la CFDT-Journalistes, associations de défense des droits et mouvements citoyens, nous vous appelons à participer à un grand événement public ce jeudi 27 juin à 18h, Place de la République, à Paris. VENEZ REMPLIR LA PLACE DE LA REPUBLIQUE ! Libertés ! au pluriel, parce que le…

  • Face au RN, une campagne vidéo des auteurs de documentaires

    Dans la continuité de la tribune et en collaboration avec la Ligue des Droits de l’Homme, la GARRD lance une campagne de mobilisation « FACE AU RN, LA LIBERTÉ D’INFORMER N’A PAS DE PRIX » composée de vidéos.  Ces vidéos sont des extraits des reportages, des films d’investigation, des films documentaires qui ont marqué l’histoire…

  • Edito de Ouest-France. Il n’y a qu’un danger : l’extrême droite !

    Communiqué des sections SNJ et CFDT d’Ouest France du 26 juin 2024. Pour nombre de collègues, le réveil a été difficile, ce dimanche 23 juin. Un nouvel édito a encore manié amalgames réducteurs et considérations choquantes. A l’heure où noustraversons la plus grande crise politique de la Ve République, nous, journalistes d’Ouest-France, considérons que ce texte…