NABIL DIAB, JOURNALISTE PALESTINIEN ÉVACUÉ EN FRANCE

Le souvenir le hante encore quand il nous le raconte depuis l’appartement du XIVe arrondissement de Paris où il vit désormais enfin en sécurité. À l’été 2024, journaliste et fixeur pour plusieurs médias francophones (LCI, RFI, Radio France, CBC Canada, Alger 24…), Nabil Diab a regardé la maison de Gaza-City, qu’il avait bâtie et entretenue pendant 27 ans, détruite en quelques heures par les bombardements. S’ensuivent des mois à être déplacé sans cesse, comme le reste des habitants. Il raconte ce jour où il s’est retrouvé pris au piège avec un collègue dans une maison à moitié détruite, visée par des chars. « Dans ces moments, la première chose que tu te dis c’est que, dans quelques secondes, tu seras mort, souffle-t-il, la voix tremblante. Alors, je suis sorti dans la poussière, j’ai enlevé mon gilet presse, j’ai jeté mon casque et j’ai levé les mains en l’air car, pour moi, il n’y a rien de pire que de perdre la vie sous les décombres. »

Les enfants, vrais résistants

Parce que des cadavres sortis des ruines écroulées, il en a vu à Gaza. « Quand tu as senti la mort, c’est une odeur qui rentre par ton nez et qui reste collée partout dans tout corps », décrit le journaliste qui fut pendant deux ans « les yeux et les oreilles » des médias étrangers, et que l’on a souvent vu à l’antenne dans nos médias français, interdits d’accès par Israël à l’enclave palestinienne. « C’est la première fois dans une guerre que les journalistes étrangers n’ont pas eu le droit de voir ce qui se passe et cela a duré pendant plus de 800 jours », s’indigne-t-il. Alors il a documenté la souffrance des Palestiniens aussi longtemps qu’il a pu. « Quand tu te lèves le matin, tu dois d’abord te préoccuper de trouver de l’eau pour te laver, de quoi manger, puis chercher de la connexion pour pouvoir travailler. Il y a eu un moment où nous n’avons pas eu accès à internet pendant six jours d’affilée. Cela a été l’enfer, nous entendions des bombes mais nous n’avions pas de nouvelles les uns des autres », se remémore-t-il en tirant sur une cigarette blonde. Depuis octobre 2023, selon les décomptes de différentes organisations internationales, entre 220 et plus de 300 journalistes et travailleurs des médias palestiniens ont perdu la vie lors des opérations militaires israéliennes à Gaza. « Je portais le gilet marqué « press » quand je devais paraître à l’écran mais, le reste du temps, je portais une veste par-dessus, pour ne pas être visé. »

Nabil est en colère. Mais il s’emporte avant tout contre le Premier ministre, Netanyahou. « Il y a des journalistes palestiniens et des journalistes juifs qui ont travaillé ensemble ! », rappelle-t-il. Le Hamas ? « Je ne le considère pas comme la Résistance », balaye-t-il immédiatement. Et d’ajouter « la vraie Résistance, les vrais héros ce sont les enfants qui essayent de continuer à vivre sous les bombes : un jour, j’ai vu une fillette de cinq ans s’occuper de ses deux petits frères dont un bébé ».

Tout recommencer en France

À l’automne 2025, l’un de ses principaux employeurs, Radio France, l’aide à organiser son exil, via la Jordanie, et à s’installer à Paris. Alors que 18 journalistes palestiniens ayant travaillé pour des chaînes françaises, et leurs familles, devaient initialement être évacués par la France, il sera l’un des rares à pouvoir le faire, après que la France ait considérablement durci ses conditions, à l’été 2025, malgré l’intense lobbying notamment des syndicats de journalistes. C’est grâce à un regroupement familial avec sa fille aînée, Nowar, étudiante à Paris-Dauphine, précédemment arrivée avec une bourse, que Nabil a pu venir, en novembre, avec sa femme et ses deux autres enfants : Karam, qui commence ses études, et Bana, la petite dernière, qui entre ce mois de septembre en cinquième.

Nabil salue l’élan de solidarité dont sa famille a fait l’objet. Mais ce n’est pas encore la fin des difficultés : la famille vit dans l’attente d’un logement et d’une situation administrative durables. Malgré cette précarité, Nabil a son badge de la Maison de la Radio où il termine actuellement un CDD à la rédaction internationale de Radio France. Il fait aussi l’objet d’un podcast sur son histoire, en cours d’écriture par Radio France, utilisant notamment les vocaux qu’il envoyait quand il était à Gaza. A découvrir sur les ondes, à partir de septembre. ●Véronique Hunsinger

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