Journée internationale contre les crimes commis contre les journalistes : Mettons fin à l’impunité !

La CFDT-journalistes s’associe à la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, ce 2 novembre 2022, à l’initiative de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) dont notre syndicat est membre en demandant l’adoption d’une Convention internationale. Nous rappelons également la trop longue liste des victimes françaises depuis plus de 30 ans.

En 20 ans, le nombre de journalistes tués dans le monde est supérieur à 1600, selon l’ONG Reporters sans frontières. En 2021, 48 journalistes et collaborateurs des médias ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier. En cette fin d’année 2022, La FIJ a déjà recensé 59 meurtres de professionnels des médias en 2022, soit 12 de plus qu’en 2021.

Neuf meurtres sur dix sans justice

La Fédération internationale pointe notamment des pays tels que l’Afghanistan, la RDC, Haïti, l’Inde, le Mexique, le Kosovo, le Pakistan, la Palestine, les Philippines, la Russie, la Turquie, l’Ukraine et le Yémen, où les niveaux de violence contre les journalistes restent les plus élevés.

Malgré les nombreux protocoles, directives et propositions pour enrayer l’impunité, neuf meurtres de journalistes sur dix restent impunis.

Une convention pour renforcer la protection des journalistes

La FIJ et plus de 60 syndicats de journalistes et de médias, associations, médias et ONG du monde entier, dont la CFDT-Journalistes, appellent les gouvernements à soutenir l’adoption d’une Convention internationale des Nations Unies sur la sécurité et l’indépendance des journalistes et autres professionnel.le.s des médias pour répondre aux faiblesses et les lacunes du droit international humanitaire et des droits humains, ainsi que l’absence de mécanismes d’application efficaces.

La campagne a été officiellement lancée lors de la 51ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève le 30 Septembre.

Lire le projet de Convention internationale  

Nous prenons part à la campagne vidéo de la FIJ (notre intervention à 2mn55) :

Frédéric Leclerc-Imhoff tué en Ukraine

En France, ce 2 novembre 2022 est immanquablement marqué la guerre en Ukraine  et le décès de Frédéric Leclerc-Imhoff,mortellement touché au cou par un éclat d’obus. Après l’annonce de sa mort, le parquet national antiterroriste (Pnat) français avait annoncé l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre. Pierre Zakrzewski, qui travaillait pour Fox News, a aussi payé de sa vie le fait de couvrir l’invasion russe de l’Ukraine.

Nous avons choisi de dresser la liste des journalistes français tués (ci-après) depuis trente ans, comme la photographe Camille Lepage, Ghislaine Dupont et Claude Verlon de RFI ou encore le photoreporter Rémi Ochlik.

Les journalistes CFDT-Journalistes dirigent leurs pensées vers ces collègues, dont beaucoup étaient pigistes et précaires. Ils ne doivent pas être oubliés.

Changer la loi en France

Toujours en France, depuis la loi travail de 2016, lors de la révolte des Gilets jaunes en 2018 – 2019 ainsi qu’au quotidien ou lors d’enquêtes de fond, tout récemment, de nombreux journalistes ont été blessés. La CFDT-Journalistes demande un durcissement de la loi pour mieux protéger les confrères et travaille sur une proposition de loi depuis le printemps 2021, qui sera redéposée lors des Etats généraux du droit à l’information en décembre.

Les journalistes français tués depuis 1989 :

– 14 mars 2022 – UKRAINE – Pierre Zakrzewski, 55 ans, journaliste reporter d’images franco-irlandais spécialiste des théâtres de guerre et qui travaillait pour Fox News, est mort le 14 mars 2022 à Horenka, dans l’oblast de Kiev pendant l’invasion russe de l’Ukraine.

30 mai 2022 – UKRAINE –  Frédéric Leclerc-Imhoff, 32 ans, qui travaille pour BFMTV, se trouve dans un camion humanitaire près de Lyssytchansk dans l’est de l’Ukraine lorsqu’il est mortellement touché au cou par un éclat d’obus ayant transpercé le blindage du véhicule.

– 12 mai 2014 – CENTRAFRIQUE – La photographe Camille Lepage, 26 ans, est tuée dans une embuscade dans l’ouest du pays.

– 2 nov 2013 – MALI – Ghislaine Dupont et Claude Verlon, journalistes français de RFI âgés de 57 et 55 ans, sont tués à Kidal (nord) après avoir été enlevés alors qu’ils effectuaient un reportage.

– 24 fév 2013 – SYRIE – Olivier Voisin, reporter indépendant de 38 ans, meurt des suites de blessures, alors qu’il couvrait les opérations d’une katiba (groupe armé d’opposition) dans la région d’Idlib (nord).

– 17 janv 2013 – SYRIE – Yves Debay, 59 ans, journaliste français d’origine belge fondateur de la revue spécialisée Assaut, est tué par un tireur embusqué à Alep, dans le nord de la Syrie, où il était en reportage.

– 26 mars 2012 – SYRIE – Un journaliste indépendant franco-algérien Nassim Terreri, 32 ans, est tué au cours d’une attaque des forces syriennes à Darkush, à la frontière syro-turque.

– 22 fév 2012 – SYRIE – Le reporter photographe indépendant Rémi Ochlik 29 ans, est tué lors du bombardement d’une maison servant de centre de presse à Homs en même temps que la journaliste américaine Marie Colvin.

– 11 jan 2012 – SYRIE – Gilles Jacquier, 43 ans, grand reporter à France 2, est tué par un obus de mortier, à Homs, dans le centre du pays, lors d’un voyage encadré par les autorités syriennes.

– 17 jan 2011 – TUNISIE – Le photographe franco-allemand, Lucas Dolega, 22 ans, blessé le 14 janvier à Tunis par un tir de grenade lacrymogène par un policier tunisien alors qu’il couvrait les émeutes pour l’agence EPA, décède de ses blessures.

– 21 oct 2003 – COTE D’IVOIRE – Le correspondant de RFI, Jean Hélène, 50 ans, est abattu d’une balle dans la tête par un policier à Abidjan, alors qu’il attendait à proximité du siège de la police nationale la libération de onze opposants.

– 22 déc 2002 – KOWEIT – Patrick Bourrat, 50 ans, envoyé spécial de TF1, meurt au Koweit après avoir été blessé la veille lors de manoeuvres américaines, dans le cadre des préparatifs de guerre contre l’Irak.

– 11 nov 2001 – AFGHANISTAN – Johanne Sutton, 34 ans, de RFI et Pierre Billaud, 31 ans, de RTL, sont tués dans une embuscade des talibans, au nord-est de l’Afghanistan.

– 1er fév 1994 – ALGERIE – Olivier Quémeneur, 33 ans, travaillant pour la chaîne de télévision américaine ABC News, est tué dans un attentat perpétré dans la Casbah d’Alger, considérée comme un fief du Groupe islamique armé (GIA).

– 18 juin 1993 – SOMALIE – Un ingénieur du son de TF1, Jean-Claude Jumel, est tué par balle à Mogadiscio par des francs-tireurs.

– 5 oct 1993 – RUSSIE – Un caméraman de TF1, Yvan Skopan, 34 ans, blessé de plusieurs balles dans des affrontements deux jours plus tôt devant l’immeuble de la télévision russe, meurt à Paris, où il avait été rapatrié.

– 20 sept 1991 – CROATIE – Pierre Blanchet, 46 ans, du Nouvel Observateur, est tué par une mine qui explose sous sa voiture à Petrinja, près de Zagreb. Damien Ruedin, journaliste pour une radio suisse, trouve également la mort dans l’accident.

– 22 déc 1989 – ROUMANIE – Jean-Louis Calderon, 31 ans, grand reporter à Europe 1 puis à La Cinq, est écrasé par un char à Bucarest alors qu’il couvre le soulèvement en Roumanie.

Deux Français toujours disparus

On reste enfin sans nouvelles du caméraman Fred Nérac, 62 ans, et du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, 73 ans, portés disparus depuis 2003 en Irak pour le premier, 2004 en Côte d’Ivoire pour le second.

Un Français toujours otage

Olivier Dubois, 48 ans, était correspondant au Mali pour Le Point et Libération quand il a été enlevé le 8 avril 2021par le groupe djihadiste Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin.

 

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Crédit photo : Famille Leclerc-Imhoff

Communiqué. Le journaliste syrien Hussam Hammoud doit être protégé

Le journaliste syrien Hussam Hammoud a appris lundi que sa demande de visa humanitaire avait été refusée par la France. Il travaille sur des sujets cruciaux, comme le terrorisme pour plusieurs médias français. Sa vie est aujourd’hui menacée en Turquie et en Syrie. Syndicats et sociétés de journalistes attendent que les autorités reviennent sur leur décision.

Depuis des années, le journaliste syrien Hussam Hammoud collabore avec des médias français et étrangers, dont Radio France, Mediapart, Le Monde, France 24, The Guardian ou la BBC. Il a signé des enquêtes remarquées sur le terrorisme et les crimes de Daech, organisation contre laquelle il a toujours lutté, et a dû fuir Raqqa en urgence, en octobre 2019, après le retrait de la coalition internationale de cette zone. Il est depuis réfugié en Turquie, où il a poursuivi son travail de journaliste, notamment sur les financements de l’Etat Islamique. Et où il est à nouveau menacé par des groupes terroristes.

Lundi 5 septembre, Hussam Hammoud s’est vu refuser sa demande de visa humanitaire par la France dans un mail type lapidaire. Il espérait, si celle-ci avait été acceptée comme ce fut le cas pour d’autres journalistes syriens, pouvoir demander l’asile et mettre à l’abri sa famille. A 30 ans, il estime que sa vie et ses rêves sont « détruits ». Lui refuser ce visa, c’est le maintenir sous la menace des groupes armés et mettre sa vie en péril.

Au printemps 2019, il a fourni, avec l’aide de la journaliste française Céline Martelet, des documents inédits sur Daech au Parquet national antiterroriste français, qui a alors reconnu « un travail très important ». Comme des milliers de réfugiés syriens en Turquie, Hussam Hammoud risque l’expulsion vers la Syrie, où la mort l’attend – il a d’ailleurs déjà été torturé par des djihadistes étrangers.

La France ne peut rester silencieuse et indifférente à son sort, alors qu’elle a le pouvoir d’agir et de protéger un journaliste qui a risqué sa vie pour informer nos concitoyens, et qui est aujourd’hui plus que jamais menacé en raison du métier qu’il exerce. En 2021, déjà, le journaliste afghan Elyaas Ehsas avait frôlé l’expulsion (vers la Suède) car la France refusait d’étudier sa demande de protection, alors que ses proches avaient été évacués par les autorités françaises après la chute de Kaboul. Après des mois de clandestinité et de mobilisation, il avait finalement été autorisé à déposer sa demande d’asile en France.

Nous, syndicats et sociétés de journalistes signataires de cet appel,demandons instamment augouvernement, et en particulier aux ministères de l’Intérieur et de la Culture, d’accorder un visa humanitaire à Hussam Hammoud, au nom de la liberté d’informer et d’être informé, piliers de notre démocratie, et d’accorder à Hussam Hammoud la reconnaissance élémentaire pour son concours à la défense de nos valeurs et de notre sécurité.

N’abandonnons pas un journaliste ainsi exposé en Turquie, qui peut à tout moment le remettre aux autorités d’un pays qu’il a quitté parce qu’il y était menacé de mort. Notre État de droit ne peut se permettre une telle indignité.

Le congrès de la Fédération internationale des journalistes en quelques tweets

Une délégation de la CFDT-Journalistes est présente à Oman, au congrès de la Fédération internationale des journalistes où les rencontres sont fructueuses. Petit résumé de ce congrès en quelques tweets :

 

Communiqué : Le journaliste Frédéric Leclerc-Imhoff (BFMTV) tué en reportage en Ukraine

Les organisations syndicales de journalistes SNJ – SNJ-CGT – CFDT-journalistes – SGJ-FO ont appris avec douleur la mort de leur confrère Frédéric Leclerc-Imhoff, tué ce lundi 30 mai en Ukraine.

Ils présentent leurs plus sincères condoléances à sa famille et ses amis, et partagent l’immense peine des collègues de Frédéric.

Journaliste reporter d’images, Frédéric Leclerc-Imhoff, âgé de 32 ans, travaillait pour la rédaction de BFMTV en tant que pigiste. Envoyé spécial en Ukraine sous contrat CDD, il effectuait un reportage dans la région de Severodonetsk quand il a été mortellement touché par un éclat d’obus. Il était accompagné par notre confrère Maxime Brandstaetter, qui travaille pour la même rédaction, et par Oksana Leuta, leur fixeuse. Maxime Brandstaetter a été blessé mais ses jours ne sont pas en danger.

Les syndicats SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes – SGJ-FO exigent que les autorités mettent tout en oeuvre pour éclaircir au plus vite les circonstances précises de ce drame.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, en février, au moins 8 journalistes ont été tués en reportage. Cette spirale meurtrière contre les professionnels de l’information est insoutenable.

Réunis au 31e congrès mondial de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) à Mascate (Oman) du 31 mai au 3 juin, le SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes et SGJ-FO demandent donc de soutenir le projet de convention internationale des Nations Unies pour la protection des journalistes et des professionnels des médias, présenté par la FIJ, forte de ses 600 000 adhérents dans 150 pays.

Les auteurs des crimes qui visent des reporters de guerre ne peuvent rester
impunis.

Paris, le 30 mai 2022.

Aller le 7 mars au Panthéon, et 5 autres choses à faire pour la libération d’Olivier Dubois

Le 8 mars, cela fera 11 mois que le journaliste Olivier Dubois est otage au Mali, enlevé alors qu’il était en reportage à Gao. Vous vous sentez impuissant ?  

Voici 6 idées simples et faisables, pour contribuer à sa libération, à le faire connaitre, à soutenir ses proches, à faire monter vers lui l’espoir de le revoir, en espérant que cette rumeur lui parvienne. Chacun peut faire quelque chose, journaliste ou citoyen… ou les deux !

1. Aller devant le Panthéon le lundi 07 mars de 20h à 22h

Le portrait d’Olivier y sera projeté par Reporters sans frontières et un rassemblement organisé. Quiconque peut s’y rendre. Venez seul.e, avec vos proches, amis, collègues, contacts, faire masse ! Rendez-vous place du Panthéon, côté bibliothèque Sainte-Geneviève.

2. Suivre et partager les publications de son comité de soutien

Facebook : https://www.facebook.com/FreeOlivierDubois2021

Twitter : https://twitter.com/FreeOlivierDub1

Instagram : https://www.instagram.com/freeolivierdubois/?hl=fr

et utiliser le #FreeOlivierDubois

3. Diffuser cette vidéo

Elle est parfaite pour sensibiliser ceux qui n’ont jamais entendu parler d’Olivier Dubois.

3. Mieux le connaître pour mieux en parler

De nombreux articles ont été écrits sur lui, mais une émission musicale passée sur RFI en janvier – Couleurs Tropicales – l’a vraiment décrit de manière très vivante, grâce à sa compagne Déborah, qui nous raconte son parcours, ses valeurs et ses goûts éclectiques, de IAM à Joe Dassin, de Terry Gilliam à Albert Londres, en passant par la marche, les voyages, la cuisine, la Martinique, et bien-sûr le Mali.

4. Lui écrire un mail

Il lui sera remis à sa libération, et pour le moment fera chaud au coeur à ses proches, et les aidera à tenir le coup.

      freeolivierdubois@gmail.com

4. Etre solidaire aussi des deux autres journalistes otages au Mali

En lisant et diffusant ce communiqué commun d’organisations syndicales de journalistes malienne (Union nationale des journalistes du Mali – Unajom), françaises (SNJ, SNJ-CGT et CFDT-journalistes), et internationale (Fédération internationale des journalistes), ainsi que la Maison de la presse du Mali, au sujet d’Hamadoun Nialibouly et Moussa M’Bana Dicko, journalistes de radios locales également captifs actuellement.

MERCI !

Reporters sans frontières s’inquiète du sort des journalistes après l’invasion de l’Ukraine par la Russie

« Alors que les chars russes sont entrés sur le territoire ukrainien, les journalistes, premiers témoins, risquent d’être pris pour cibles », rappelle Reporters sans frontières. RSF appelle dès lors les belligérants et les organisations internationales « à assurer la protection des journalistes ».

En plus des journalistes locaux, plus de 1 000 correspondants étrangers seraient sur le terrain, selon les chiffres de l’armée ukrainienne qui délivre des accréditations. Cette situation inquiète RSF qui écrit, citant Jeanne Cavelier, la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF : « Nous connaissons les méthodes du pouvoir russe : les journalistes en sont des cibles privilégiées, comme c’est le cas en Crimée depuis l’annexion en 2014 et dans les territoires occupés par les séparatistes du Donbass soutenus par Moscou ».

En cas de conflit armé, les journalistes doivent être protégés au même titre que les civils, mais dans le cas de le cas russe, « la bataille se joue aussi sur le terrain de l’information », note RSF. « Au moins deux médias ukrainiens ont été la cible de cyberattaques : le site web de Kanal 5, chaîne de télévision détenue par l’ancien président Petro Porochenko, et le Kiyv Post, journal anglophone.

Lire l’intégralité du communiqué de RSF : Invasion de l’Ukraine par la Russie : les journalistes ne sont pas des cibles | RSF

Enfin, en Ukraine, l’ambassade de France a ouvert une cellule de crise – Conflit avec la Russie, à destination des Français se trouvant en Ukraine, comprenant une cellule de réponse téléphonique. La cellule de réponse téléphonique est joignable au +380 44 590 36 39.

A la suite des bombardements, l’espace aérien ukrainien a été fermé à compter du 24 février. « Il est recommandé jusqu’à nouvel ordre de rester à l’abri compte tenu des risques entraînés par tout déplacement à l’intérieur du pays », indique l’Ambassade.

Le journaliste afghan Elyaas Ehsas enfin reconnu « réfugié » en France !

Sept ans après avoir dû fuir son pays, le journaliste afghan Elyaas Ehsas obtient enfin l’asile en France et peut désormais envisager d’y reconstruire sa vie.

« J’ai reçu hier une réponse positive de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides, NDLR). Je suis officiellement réfugié en France. Je ressens une joie immense, et, après tout ce temps d’attente et d’inquiétude, un incroyable sentiment de tranquillité. Le cauchemar est terminé, et c’est à vous, amis, collègues, soutiens, que je dois ça. »

En 2015, le jeune journaliste, membre de l’ethnie Hazara, honnie par les talibans, est menacé de mort pour ses reportages et notamment pour avoir qualifié les talibans de « terroristes ».

Les appels téléphoniques des islamistes étant de plus en plus inquiétants, il quitte alors Kaboul pour l’Europe, traversant,souvent à pied, le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Grèce, pour arriver en Suède au bout de deux mois. Elyaas Ehsas a finalement gagné la France en 2020. Mais, en raison des accords de Dublin, l’Hexagone a refusé de lui accorder asile, puisqu’il avait déjà formulé une première demande en Suède, qui lui avait cependant été refusée.

Bras de fer

S’ensuit alors un bras de fer avec la préfecture de police et le ministère de l’Intérieur. Se sentant menacé, le journaliste est contraint de se cacher. Il redoutait que la France l’expulse vers la Suède, d’où il aurait été renvoyé vers l’Afghanistan, le conduisant vers une mort certaine.

Durant des mois, le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, la Fédération internationale des journalistes et l’avocat d’Elyaas ont fait pression à tous niveaux pour qu’Elyaas obtienne le statut de réfugié. Le ministère de l’Intérieur a finalement accepté de réexaminer son dossier, à la demande
notamment de plusieurs parlementaires.

Le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes, membres de la FIJ, se félicitent de ce dénouement, qui a néanmoins nécessité une obstination de tous les instants d’Elyaas Ehsas.

Nous espérons qu’il pourra bâtir son avenir professionnel en France. Mais nous n’oublions pas pour autant le sort de nos consœurs et confrères afghans. Celles et ceux qui ont dû s’exiler en France doivent bénéficier de l’asile politique. Et avec la FIJ, nous demandons instamment aux autorités
françaises de rapatrier les journalistes qui, traqués au quotidien par les talibans – tout particulièrement nos consœurs – aspirent à quitter en urgence l’Afghanistan. Leur vie en dépend.

Paris, le 3 février 2022.

45 journalistes ont été assassinés à travers le monde en 2021, déplore la Fédération internationale des journalistes

En 2021, 45 journalistes et professionnels des médias ont été assassinés   dans 20 pays.

« Les journalistes sont ciblés de manière croissante par ceux qui veulent faire taire les messagers », rappelle la Fédération internationale des journalistes (FIJ, dont CFDT Journalistes est membre) à l’heure de dresser, comme tous les ans, sa triste liste annuelle de journalistes et de professionnels des médias tués dans l’exercice de leur métier.

Ce chiffre représente l’un des plus bas bilans depuis que la FIJ a commencé à publier des rapports annuels sur les journalistes tués dans l’exercice de leur profession. On déplorait ainsi 65 journalistes tués en 2020.

L’Asie en tête de la liste macabre

On y constate que la région Asie-Pacifique est en tête de la macabre liste régionale avec 20 assassinats, devant les Amériques (10), l’Afrique (8), l’Europe (6) et le Moyen-Orient et le Monde arabe (un seul). Un accident mortel a également coûté la vie à deux journalistes en Iran.

« Si cette diminution est une bonne nouvelle, elle n’est qu’un maigre réconfort face à la violence continue qui a coûté la vie à des journalistes dans des pays comme l’Afghanistan (9), le Mexique (8), l’Inde (4) et le Pakistan (3) », souligne encore la FIJ.

« Cela apporte également une preuve supplémentaire à un constat récurrent : les journalistes et les travailleurs des médias sont le plus souvent tués pour avoir dénoncé dans leurs médias la corruption, la criminalité et les abus de pouvoir dans leurs communautés, villes et pays. »

« Ces 45 collègues que nous avons perdus cette année nous rappellent le terrible sacrifice que les journalistes du monde entier continuent de faire pour servir l’intérêt public et nous leur restons à jamais redevables, ainsi qu’aux milliers d’autres qui ont payé le prix ultime », souligne pour sa part Anthony Bellanger, le secrétaire général de la FIJ.

Une violence qui monte en France

Si aucun meurtre de journaliste n’a – heureusement – été commis en France contre des journalistes, on ne peut que déplorer – et s’inquiéter – de la violence qui monte dans le pays envers les professionnels de l’information qui se retrouvent confrontés, quasi quotidiennement, aux insultes, aux menaces, voire aux coups de la part d’une minorité d’extrémistes agités par la propagande de populistes adeptes des « fakes news ».

Une situation que ne cesse de dénoncer CFDT-Journalistes, qui soutient une proposition de loi visant à aggraver les peines pour les auteurs d’agressions envers les journalistes.

Victoire de la solidarité : le journaliste afghan Elyaas Ehsas éligible au droit d’asile en France

Communiqué intersyndical SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes avec la Fédération internationale des journalistes.

Ça y est ! Elyaas Ehsas, journaliste afghan, a enfin obtenu, après une année de lutte, de pouvoir déposer une demande d’asile en France, alors qu’il était jusque-là menacé d’expulsion du territoire français.


La forte solidarité des syndicats de journalistes français (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes), afghan et suédois, l’engagement sans relâche de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), les multiples recours de son conseil, le soutien de nombreux parlementaires, mais aussi les incessantes adresses aux ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ont eu raison d’un situation kafkaïenne.

Elyaas Ehsas, reporter de guerre menacé dans son pays par les talibans, risquait d’être reconduit en Suède, pays par lequel il était officiellement entré dans l’espace Schengen et qui comptait l’expulser vers l’Afghanistan.

Un paradoxe d’autant plus incompréhensible que la famille d’Elyaas, évacuée en France après la prise du pouvoir par les talibans, allait pouvoir demander l’asile car doublement menacée par les talibans, du fait de sa proximité avec le reporter de guerre et parce que la jeune sœur du journaliste est une sportive, membre de l’équipe nationale afghane de basket.

Cette victoire d’Elyaas est le résultat de son long combat mené depuis 2015, date à laquelle il a gagné l’Europe après avoir fui à pied l’Afghanistan, où il était menacé de mort par les talibans en raison de son métier de journaliste et du fait de son appartenance à la minorité hazara, particulièrement ciblée par les talibans.

Sa demande d’asile en Suède ayant été rejetée et craignant que la Suède, selon ses pratiques habituelles, l’expulse vers l’Afghanistan, il a quitté ce pays en 2020 et a rejoint la France.

La lutte et la solidarité envers notre confrère doivent se poursuivre jusqu’à ce que soit officiellement reconnu son statut de réfugié. Un signe fort dont s’honorerait la France, face aux exactions des talibans contre nos consœurs et confrères et contre la liberté de la presse.

Avec la FIJ, poursuivons notre aide et notre soutien aux journalistes afghans qui cherchent à quitter leur pays pour échapper aux menaces dont ils font l’objet.

Paris, le 19 novembre 2021.

Réfugiés afghans : « Face à l’horreur, face à l’urgence, un changement de politique s’impose »

Dans une tribune collective publiée par « Monde », les représentants des principales organisations de défense des droits humains et de syndicats de journalistes et de magistrats dénoncent le traitement que la France réserve aux citoyens afghans, qu’ils soient déjà arrivés en Europe ou en attente d’une évacuation.

« C’était en plein mois d’août. Kaboul venait de tomber entre les mains des talibans. Cela a commencé par quelques coups de fil : des collègues, des amis nous demandaient d’aider un de leurs proches, confrères ou consœurs afghans, de les évacuer au plus vite d’ Afghanistan, avant que les troupes américaines se retirent, le 31 août.

Alors nous nous sommes mobilisés. Nous, c’est-à-dire des artistes, des journalistes, des avocats, des chercheurs, des magistrats, des défenseurs des droits humains regroupés dans des associations ou des syndicats basés en France.

Chacun de notre côté, nous avons travaillé sans relâche, souvent avec peu d’effectifs et de moyens, pour identifier et établir des listes des personnes en danger qui nous contactaient, désespérées. Ces listes, nous les avons remises au gouvernement français, pour demander une évacuation, le soutien et l’aide de la France.

Une aide sur laquelle certains d’entre nous ont compté au premier abord, forts des mots que vous avez prononcés, monsieur le président, lors de votre allocution du 16 août : « De nombreux Afghans, défenseurs des droits, artistes, journalistes, militants, sont aujourd’hui menacés en raison de leur engagement. Nous les aiderons parce que c’est l’honneur de la France d’être aux côtés de celles et ceux qui partagent nos valeurs. »

Car depuis le 31 août, malgré l’horreur, malgré l’urgence, seule une poignée de citoyens afghans a été évacuée par la France. Un nombre dérisoire malgré les engagements pris…

Car depuis le 31 août, malgré l’horreur, malgré l’urgence, notre pays continue de réserver aux citoyens afghans le même traitement qu’auparavant, quitte à bafouer ses engagements internationaux.

Pourchassés, placés en rétention, menacés d’expulsion

A 7 000 kilomètres de Kaboul et de Kandahar, ici, en France, des Afghans continuent d’être pourchassés, placés en rétention, menacés d’expulsion. Pour quoi ? Pour être remis entre les mains des talibans, un régime non reconnu par la France ? D’autres continuent d’être refoulés à nos frontières ou attendent la délivrance de visas, « gelée » parfois depuis plus d’un an. Des visas auxquels leurs proches ont pourtant droit au titre du rapprochement familial !

Il y a longtemps que ces pratiques ruinent la réputation de terre d’asile et d’accueil de la France. Aussi, face à l’horreur, face à l’urgence, un changement de politique s’impose. Vous l’avez dit vous-même le 16 août : « Nos liens d’amitié sont anciens et profonds » avec le peuple afghan. Aujourd’hui, ce peuple attend de la France autre chose qu’inaction et dérobade.

Bien sûr, les conditions d’évacuation sont difficiles. Bien sûr, tous les Afghans ne s’exileront pas. Mais ceux et celles, parmi les plus en danger, que nous représentons doivent être protégés : ils sont dans la ligne de mire des talibans.

A quand le respect de la dignité, de nos lois ?

Certains ont travaillé pendant des décennies pour informer au sujet des talibans. D’autres ont dénoncé leurs agissements, les ont portés devant la justice ou les ont condamnés. Certains symbolisent tout ce que ce régime rejette : les arts, les libertés, la culture, la démocratie, l’Etat de droit. D’autres font partie de minorités, persécutées, exclues de la société conçue par les talibans.

Aujourd’hui, parmi ceux et celles qui lancent un appel à la France, certains sont activement recherchés, leurs noms inscrits sur des listes noires. D’autres sont victimes d’agressions et d’exactions quotidiennes. Tous et toutes sont des cibles, vus comme des traîtres, des espions ou des ennemis. Tous et toutes sont pris au piège des talibans, les femmes étant doublement visées.

Que fait la France pour leur venir en aide ? A quand la mise en place d’une procédure d’évacuation claire et la délivrance rapide de visas humanitaires ? A quand le respect du droit au rapprochement familial, l’arrêt des placements en rétention et des expulsions ? A quand le respect de la dignité, de nos lois, de nos engagements internationaux ? A quand l’arrêt du double langage ?

Y a-t-il une réelle volonté politique de mettre en œuvre tous les moyens – certes complexes mais possibles – pour évacuer et accueillir dignement ces personnes en danger ?

Monsieur le président, le 16 août, vous avez déclaré : « Un tournant historique est à l’œuvre ». Quel rôle la France, pays des droits humains, réputée pour sa tradition d’accueil et d’asile, veut-elle jouer dans ce tournant ? Va-t-elle être à la hauteur de l’enjeu de l’histoire, ou va-t-elle se contenter de beaux discours ?

Vous avez le devoir, monsieur le président de la République, de respecter vos engagements. Vis-à-vis des principes que vous affirmez défendre. Vis-à-vis des Afghans. Et vis-à-vis des Français qui vous ont écouté.

Le contraire serait une honte et une indignité.

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