Victoire de la solidarité : le journaliste afghan Elyaas Ehsas éligible au droit d’asile en France

Communiqué intersyndical SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes avec la Fédération internationale des journalistes.

Ça y est ! Elyaas Ehsas, journaliste afghan, a enfin obtenu, après une année de lutte, de pouvoir déposer une demande d’asile en France, alors qu’il était jusque-là menacé d’expulsion du territoire français.


La forte solidarité des syndicats de journalistes français (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes), afghan et suédois, l’engagement sans relâche de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), les multiples recours de son conseil, le soutien de nombreux parlementaires, mais aussi les incessantes adresses aux ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ont eu raison d’un situation kafkaïenne.

Elyaas Ehsas, reporter de guerre menacé dans son pays par les talibans, risquait d’être reconduit en Suède, pays par lequel il était officiellement entré dans l’espace Schengen et qui comptait l’expulser vers l’Afghanistan.

Un paradoxe d’autant plus incompréhensible que la famille d’Elyaas, évacuée en France après la prise du pouvoir par les talibans, allait pouvoir demander l’asile car doublement menacée par les talibans, du fait de sa proximité avec le reporter de guerre et parce que la jeune sœur du journaliste est une sportive, membre de l’équipe nationale afghane de basket.

Cette victoire d’Elyaas est le résultat de son long combat mené depuis 2015, date à laquelle il a gagné l’Europe après avoir fui à pied l’Afghanistan, où il était menacé de mort par les talibans en raison de son métier de journaliste et du fait de son appartenance à la minorité hazara, particulièrement ciblée par les talibans.

Sa demande d’asile en Suède ayant été rejetée et craignant que la Suède, selon ses pratiques habituelles, l’expulse vers l’Afghanistan, il a quitté ce pays en 2020 et a rejoint la France.

La lutte et la solidarité envers notre confrère doivent se poursuivre jusqu’à ce que soit officiellement reconnu son statut de réfugié. Un signe fort dont s’honorerait la France, face aux exactions des talibans contre nos consœurs et confrères et contre la liberté de la presse.

Avec la FIJ, poursuivons notre aide et notre soutien aux journalistes afghans qui cherchent à quitter leur pays pour échapper aux menaces dont ils font l’objet.

Paris, le 19 novembre 2021.

Réfugiés afghans : « Face à l’horreur, face à l’urgence, un changement de politique s’impose »

Dans une tribune collective publiée par « Monde », les représentants des principales organisations de défense des droits humains et de syndicats de journalistes et de magistrats dénoncent le traitement que la France réserve aux citoyens afghans, qu’ils soient déjà arrivés en Europe ou en attente d’une évacuation.

« C’était en plein mois d’août. Kaboul venait de tomber entre les mains des talibans. Cela a commencé par quelques coups de fil : des collègues, des amis nous demandaient d’aider un de leurs proches, confrères ou consœurs afghans, de les évacuer au plus vite d’ Afghanistan, avant que les troupes américaines se retirent, le 31 août.

Alors nous nous sommes mobilisés. Nous, c’est-à-dire des artistes, des journalistes, des avocats, des chercheurs, des magistrats, des défenseurs des droits humains regroupés dans des associations ou des syndicats basés en France.

Chacun de notre côté, nous avons travaillé sans relâche, souvent avec peu d’effectifs et de moyens, pour identifier et établir des listes des personnes en danger qui nous contactaient, désespérées. Ces listes, nous les avons remises au gouvernement français, pour demander une évacuation, le soutien et l’aide de la France.

Une aide sur laquelle certains d’entre nous ont compté au premier abord, forts des mots que vous avez prononcés, monsieur le président, lors de votre allocution du 16 août : « De nombreux Afghans, défenseurs des droits, artistes, journalistes, militants, sont aujourd’hui menacés en raison de leur engagement. Nous les aiderons parce que c’est l’honneur de la France d’être aux côtés de celles et ceux qui partagent nos valeurs. »

Car depuis le 31 août, malgré l’horreur, malgré l’urgence, seule une poignée de citoyens afghans a été évacuée par la France. Un nombre dérisoire malgré les engagements pris…

Car depuis le 31 août, malgré l’horreur, malgré l’urgence, notre pays continue de réserver aux citoyens afghans le même traitement qu’auparavant, quitte à bafouer ses engagements internationaux.

Pourchassés, placés en rétention, menacés d’expulsion

A 7 000 kilomètres de Kaboul et de Kandahar, ici, en France, des Afghans continuent d’être pourchassés, placés en rétention, menacés d’expulsion. Pour quoi ? Pour être remis entre les mains des talibans, un régime non reconnu par la France ? D’autres continuent d’être refoulés à nos frontières ou attendent la délivrance de visas, « gelée » parfois depuis plus d’un an. Des visas auxquels leurs proches ont pourtant droit au titre du rapprochement familial !

Il y a longtemps que ces pratiques ruinent la réputation de terre d’asile et d’accueil de la France. Aussi, face à l’horreur, face à l’urgence, un changement de politique s’impose. Vous l’avez dit vous-même le 16 août : « Nos liens d’amitié sont anciens et profonds » avec le peuple afghan. Aujourd’hui, ce peuple attend de la France autre chose qu’inaction et dérobade.

Bien sûr, les conditions d’évacuation sont difficiles. Bien sûr, tous les Afghans ne s’exileront pas. Mais ceux et celles, parmi les plus en danger, que nous représentons doivent être protégés : ils sont dans la ligne de mire des talibans.

A quand le respect de la dignité, de nos lois ?

Certains ont travaillé pendant des décennies pour informer au sujet des talibans. D’autres ont dénoncé leurs agissements, les ont portés devant la justice ou les ont condamnés. Certains symbolisent tout ce que ce régime rejette : les arts, les libertés, la culture, la démocratie, l’Etat de droit. D’autres font partie de minorités, persécutées, exclues de la société conçue par les talibans.

Aujourd’hui, parmi ceux et celles qui lancent un appel à la France, certains sont activement recherchés, leurs noms inscrits sur des listes noires. D’autres sont victimes d’agressions et d’exactions quotidiennes. Tous et toutes sont des cibles, vus comme des traîtres, des espions ou des ennemis. Tous et toutes sont pris au piège des talibans, les femmes étant doublement visées.

Que fait la France pour leur venir en aide ? A quand la mise en place d’une procédure d’évacuation claire et la délivrance rapide de visas humanitaires ? A quand le respect du droit au rapprochement familial, l’arrêt des placements en rétention et des expulsions ? A quand le respect de la dignité, de nos lois, de nos engagements internationaux ? A quand l’arrêt du double langage ?

Y a-t-il une réelle volonté politique de mettre en œuvre tous les moyens – certes complexes mais possibles – pour évacuer et accueillir dignement ces personnes en danger ?

Monsieur le président, le 16 août, vous avez déclaré : « Un tournant historique est à l’œuvre ». Quel rôle la France, pays des droits humains, réputée pour sa tradition d’accueil et d’asile, veut-elle jouer dans ce tournant ? Va-t-elle être à la hauteur de l’enjeu de l’histoire, ou va-t-elle se contenter de beaux discours ?

Vous avez le devoir, monsieur le président de la République, de respecter vos engagements. Vis-à-vis des principes que vous affirmez défendre. Vis-à-vis des Afghans. Et vis-à-vis des Français qui vous ont écouté.

Le contraire serait une honte et une indignité.

La France doit soutenir la convention FIJ contre l’impunité des assassins de journalistes

 

Ce mardi 2 novembre 2021 est célébrée la Journée mondiale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes.

Dans un communiqué commun, les syndicats CFDT-Journalistes, SNJ et SNJ-CGT estiment que la France doit soutenir la convention FIJ contre l’impunité des assassins de journalistes.

Ce 31 octobre, deux journalistes sont morts parce qu’ils exerçaient leur mission d’informer.

Orlando Dinoy, reporter pour le site en ligne Newsline Philippines et présentateur sur Energy FM, a été tué ce 31 octobre de six balles par un homme armé qui a fait irruption dans son appartement à Bansalan, sur l’île de Mindanao aux Philippines. Le même jour, le journaliste Alfredo Cardoso Echeverria a succombé à ses blessures. Fondateur du site d’information Las Dos Costas, il avait été enlevé puis retrouvé blessé par balles à bord de son véhicule à Acapulco, dans le sud du Mexique.

Depuis le début de l’année, 37 journalistes ont été tués dans le monde dans l’exercice de leur mission d’information.

Le Mexique ou les Philippines comptent parmi les pays les plus dangereux pour les journalistes et les professionnels des médias, tout comme la Somalie, la Syrie, l’Irak, le Soudan du Sud, l’Afghanistan, ou encore le Brésil qui détiennent le record de meurtres non élucidés de journalistes. La Turquie, elle, reste la plus grande prison de journalistes au monde avec quelque soixante détenus.

Les journalistes français ont eux aussi payé un lourd tribut puisque plus de vingt consœurs et confrères ont été assassinés dans l’exercice de leur fonction depuis le début du siècle, dont huit dans l’attentat terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo.

Le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes n’oublient pas leur confrère Olivier Dubois, seul otage français dans le monde. Ce journaliste de 46 ans a été enlevé le 8 avril au Mali par le groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Alliance djihadiste au Sahel). Depuis, malgré les nombreuses mobilisations, aucune nouvelle de lui de la part des autorités françaises.

Le prix Nobel de la paix 2021 a été attribué à deux journalistes, la Philippine Maria Ressa et le Russe Dmitri Mouratov, pour « leur combat courageux pour la liberté d’expression » : le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes rappellent que le combat pour la liberté de la presse dans le monde ne doit jamais cesser. Les Etats doivent protéger les journalistes car il n’y a pas de démocratie sans presse libre.

A l’occasion de la Journée internationale des Nations-Unies contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes ce 2 novembre 2021, le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes, membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ, 600 000 adhérents à travers le monde), demandent à la France de soutenir la Convention FIJ contre l’impunité des assassins de journalistes et de leurs commanditaires afin qu’elle soit soumise à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes appellent les journalistes, les médias et tous les citoyens à soutenir la campagne mondiale de la FIJ contre l’impunité (#EndImpunity) intitulée : « We want justice. We want the truth ».

Logement, soutiens bénévoles : voilà comment nous, journalistes, pouvons concrètement aider les journalistes afghans exilés en France

Après l’effroi, place à l’action. 

CFDT-Journalistes s’associe à la Maison des journalistes, structure unique au monde qui héberge et accompagne les journalistes contraints à l’exil et accueillis en France.  Face à la dramatique situation afghane, nous, journalistes et professionnels des médias, devons tous être solidaires avec nos confrères étrangers.

 

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La Maison des Journalistes, un partenaire expert

Depuis près de 20 ans, la Maison des journalistes soutient des journalistes exilés venus des quatre coins du monde. Plus de 400 professionnels des médias, originaires de plus de 80 pays différents, y ont trouvé un refuge et un nouveau départ pour leur vie en France.

Les journalistes accueillis à la MDJ viennent du monde entier.

Une actualité brûlante – Alors que les talibans au pouvoir menacent de représailles tous les défenseurs de la liberté de la presse et d’expression, la MDJ accueille en urgence 8 journalistes afghans dans ses locaux parisiens. D’autres attendent une place.

Un soutien concret – Faire un don à la Maison des journalistes (avec réduction d’impôt sur le revenu de 66 %), c’est s’engager pour le respect de la liberté de la presse et d’expression en France et dans le monde, et c’est contribuer à :

  • L’accueil et l’hébergement d’au moins 14 hommes et femmes journalistes à Paris pour une durée moyenne de 10 mois, dont 7 Afghans
  • L’accompagnement social et administratif durant toutes les étapes nécessaires à la demande d’asile politique en France.
  • Renvoyé Spécial, le programme de rencontres en collèges et lycées des journalistes de la MDJ afin de les sensibiliser à l’importance de la liberté d’expression et aux valeurs démocratiques.
  • Un programme d’activités culturelles, professionnelles et linguistiques visant leur intégration dans la société française pour une nouvelle vie.
  • Des projets culturels de grande envergure (notamment expositions) initiés par les journalistes de la MDJ.
  • L’Oeil de la MDJ, journal en ligne de l’association, qui offre aux anciens et actuels résidents un espace pour exercer leur liberté d’informer.
Hicham Mansouri, responsable du journal en ligne de la Maison des journalistes (L’Oeil), où s’expriment les journalistes accueillis.

Mobiliser les compétences et le réseau des journalistes en France 

La MDJ est fondée sur la solidarité confraternelle. Les journalistes en France peuvent aider leurs confrères afghans en France : 

  • Par de la traduction anglais-français ou arabe-français
  • En intégrant le comité d’accompagnement de L’Oeil de la MDJ (relecture)
  • En animant des ateliers pour transmettre une technique journalistique (l’interview, le podcast…)
  • En intervenant auprès de la direction de leur média pour qu’il devienne mécène de la MDJ ou pour qu’il donne la parole à ces journalistes en quête d’expression
  • En mettant en relation la MDJ avec des propriétaires d’appartements non occupés
  • En fournissant un équipement informatique et de prise de son non obsolète
  • En organisant une visite de leur propre rédaction
REPONDEZ A CE SONDAGE EN LIGNE

… pour apporter votre aide concrète ou simplement recevoir de leurs nouvelles. Vous serez recontactés.

La CFDT-Journalistes est l’instance chargée des mobilisations collectives autour de la profession de journaliste au sein du syndicat CFDT. Elle défend le rôle capital des journalistes en France et dans le monde.

Contacts : journalistes@f3c.cfdt.fr et camille.peyssard@maisondesjournalistes.org

 

De gauche à droite : Manuela Bermudez (trésorière de CFDT-Journalistes), Elise Descamps (secrétaire générale adjointe de CFDT-Journalistes) et Camille Peyssard (responsable des partenariats de la Maison des journalistes)

Télécharger notre appel :

Afghanistan : l’intersyndicale journalistes reçue au Ministère des Affaires étrangères

L’intersyndicale SNJ, SNJ-CGT et et CFDT-Journalistes a été reçue ce 31 aout 2021 au Quai d’Orsay par Stephen Marchisio, directeur adjoint pour l’Asie et François Delmas, porte-parole adjoint du MAE, pour évoquer l’urgence de la situation de nos consoeurs et confrères journalistes afghans, toujours présents sur le territoire et qui vivent sous la menace permanente.

A ce jour, nous avons recensé 137 journalistes et travailleurs des médias qui appellent à l’aide. La liste actualisée et vérifiée a été transmise au Ministre.

Objectif : réouverture de l’aéroport

Ses collaborateurs, très à l’écoute, nous ont confirmé accorder une attention particulière aux journalistes, profession dans le viseur des Taliban. Leurs efforts diplomatiques se concentrent sur la réouverture de l’aéroport, seule possibilité pour permettre l’évacuation des Afghans, journalistes, magistrats, médecins, qui ne peuvent plus demeurer dans le pays.

En esperant une solution rapide, nous sommes convenus d’adresser régulièrement au MAE la liste actualisée des confrères en danger.

Des échanges très concrets qui, nous l’espérons nous permettrons d’avancer.

Journalistes afghans : Rassemblement de soutien mardi 31 août à 12h30 à Paris

Rejoignez le rassemblement intersyndical du mardi 31 aout à 12h30 au métro Invalides, pour demander la poursuite de l’accueil en France des journalistes afghans !

Communiqué intersyndical SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes :

 

Afghanistan : Le Quai d’Orsay doit donner toutes les garanties

Le pont aérien militaire français au départ de Kaboul s’est arrêté ce vendredi 27 août.

Pour autant, la France ne peut pas faire de même. Les autorités doivent poursuivre leur mission d’aide à toutes celles et ceux qui, en grand danger, désirent quitter l’Afghanistan.

Les journalistes et travailleurs des médias font partie des cibles affichées des talibans, les femmes étant doublement visées.

Le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes appellent à un rassemblement ce mardi 31 août, à 12h30, au plus près du ministère des Affaires étrangères*, pour rappeler les engagements de la France et appuyer leur demande d’être, à cette occasion, reçus au Quai d’Orsay, afin d’échanger concrètement sur les dispositions nécessaires.

Paris, lundi 30 août 2021.

  • * Rendez-vous au métro Invalides.

Logiciel espion Pegasus : face aux ingérences, redoublons de vigilance !

La CFDT-Journalistes, membre de la Fédération international des journalistes, partage son communiqué :

Le logiciel espion Pegasus a ciblé plus de 180 journalistes, selon un rapport mondial

Bruxelles, 19 Juillet 2021 – Un rapport publié le 18 juillet par Forbidden Stories, une plateforme collaborative de journalistes, révèle qu’au moins 180 journalistes dans le monde ont été espionnés à l’aide du logiciel Pegasus développé par la société israélienne de cybersurveillance NSO et vendu à un certain nombre de clients, dont des États.  La Fédération internationale des journalistes (FIJ) condamne fermement toute tentative d’ingérence dans les communications privées des journalistes, encourage les journalistes à faire preuve d’une vigilance accrue pour protéger leurs données et appelle les gouvernements à inscrire dans leur législation nationale l’inviolabilité des communications des journalistes.

Parmi les personnes qui ont été la cible de ces opérations d’espionnage mondial figurent aussi des défenseurs des droits de l’Homme, des opposants politiques, des avocats, des diplomates et des chefs d’État, révèle le projet Forbidden stories.

La liste des 180 journalistes visés comprend notamment des reporters de plateformes médiatiques mondiales, ainsi que des journalistes indépendants qui semblent avoir été ciblés par des régimes déterminés à découvrir leurs sources, à saper leurs recherches et, dans certains cas, à mettre fin à leurs reportages.

Les révélations concernant l’utilisation du logiciel Pegasus de NSO pour espionner les journalistes montrent la profonde vulnérabilité de la liberté des médias et illustrent une grave violation du droit du public de savoir.

Tim Dawson, président du groupe d’experts de la FIJ sur la surveillance, a déclaré : « Le logiciel Pegasus est utilisé comme un algorithme pour saper la démocratie. Les contacts confidentiels constituent la base du bon journalisme – celui qui dénonce le gaspillage, l’incompétence et la corruption. La confidentialité des communications des journalistes, que ce soit par courriel, messagerie ou téléphone, devrait être sacro-sainte. Permettre aux tyrans, aux despotes et aux ennemis de la liberté d’accéder à des outils tels que Pegasus est l’équivalent au XXIe siècle de la destruction des rotatives et de la prise d’assaut des chaînes de télévision« .

Le secrétaire général de la FIJ, Anthony Bellanger, a déclaré : « Nous saluons le travail incroyable de plus de 80 journalistes à travers le monde qui ont pu faire la lumière sur les tentatives irrégulières d’interférence avec les communications privées des journalistes. Le devoir des journalistes de protéger leurs sources est le fondement de notre métier dont dépendent les sociétés démocratiques. Le fait qu’une telle fuite soit possible souligne toutefois les dangers inhérents à des logiciels aussi puissants. Si les organisations de médias peuvent obtenir une série d’informations aussi importante et détaillée, il est évident que ceux dont les intentions sont moins honorables le peuvent aussi. Sans une réglementation solide, l’accès d’acteurs malhonnêtes à nos informations les plus intimes est inévitable. »

La FIJ lance une série de recommandations :

– Les journalistes doivent redoubler d’efforts pour sauvegarder leurs propres données. Ils doivent notamment utiliser plusieurs téléphones, y compris des « brûleurs » qui sont moins susceptibles d’être piratés par Pegasus, et adopter un « tradecraft » pour s’assurer que leurs téléphones n’ont pas le potentiel de trahir leurs moindres faits et gestes.

– Les gouvernements doivent inscrire dans leur législation nationale l’inviolabilité des communications des journalistes, tant de manière abstraite que dans le cadre de lois et de réglementations spécifiques, telles que celles relatives à la surveillance intérieure. Toute dilution de ces protections doit être combattue.

– La communauté internationale doit mettre en place un régime réglementaire permettant l’inspection et la réglementation de toutes les organisations fournissant des produits susceptibles de porter atteinte à ces libertés fondamentales.

International – Emprisonnement de Roman Protasevich en Biélorussie, mais aussi Palestine, Iran, Chine, Brésil… : les échos des syndicats de journalistes dans le monde

Voici une sélection des derniers communiqués de la Fédération internationale des journalistes et de la Fédération Européenne des Journalistes, organisations dont nous sommes membres. Ils reflètent les combats des syndicats de journalistes dans le monde, auxquels nous nous associons.

Biélorussie

25 mai – Un acte de terrorisme d’Etat pour arrêter un journaliste

25 mai – Libérez Roman Protasevich et tous les autres prisonniers politiques

14 mai – La répression biélorusse s’intensifie : 16 journalistes derrière les barreaux

Pologne, Hongrie… : en Europe, construire des médias indépendants pour contrer l’ingérence politique

Les 19 et 20 avril, la Fédération européenne des journalistes (FEJ), dont est membre la CFDT-Journalistes, a organisé deux webinaires sur la manière de créer des médias indépendants pour lutter contre l’ingérence politique. Nous avons pu suivre une partie des débats. Des médias indépendants sont ô combien importants dans le contexte d’une polarisation accrue, de la désinformation et des attaques contre les journalistes.

 

En Europe, la concentration des médias est un phénomène réel, mais elle a bon dos : à elle seule, elle ne peut expliquer les coups portés à l’indépendance des médias, et notamment l’offensive inédite contre les médias publics. Dans plusieurs pays, « les voix populistes ont désormais plus d’écho que les faits », s’alarme Renate Schroeder, directrice de la FEJ, qui ajoute : « L’interférence politique a toujours existé, mais notre suivi montre que c’est un phénomène croissant. Nous vivons un «tournant illibéral» en Europe ».

Reprise en main des médias de service public et fabrique de l’opinion

Selon l’étude menée par le chercheur spécialiste des médias Marc Gruber, les interférences et les pressions exercées sur les médias de service public sont de loin les menaces les plus inquiétantes, citant notamment les environnements répressifs, tels que la Biélorussie ou la Turquie. Mais pas seulement : l’exemple récent de l’éviction du Défenseur des droits polonais, et de son traitement à charge par la télé publique polonaise, est à ce titre aussi édifiant qu’inquiétant, comme le signalent nos confrères journalistes polonais.

Marc Gruber pointe néanmoins des initiatives positives des organisations de journalistes, par exemple la campagne « Hands off our BBC » du NUJ ou la création des nouveaux médias, comme Journo en Turquie.

Son homologue Vaclav Stetka présente justement un sombre tableau de la fabrique de l’opinion dans quatre pays : la République tchèque, la Serbie, la Pologne et la Hongrie. Son projet baptisé « Le virage illibéral : consommation d’informations, polarisation politique et démocratie en Europe centrale et orientale » montre une forte corrélation entre la consommation de médias d’information soumis à l’influence politique et les attitudes illibérales de leur public, sur des sujets tels que la démocratie, l’immigration ou le mariage gay…
L’universitaire pointe également que ces publics sont plus enclins à croire aux théories du complot. Dans ce contexte, explique-t-il, les personnes plus libérales ont tendance à se tourner vers les médias numériques et sociaux qu’ils considérent comme un contrepoids aux informations contrôlées par le gouvernement, au risque de tomber sur des informations manipulées.

« Alors que les plates-formes numériques restent une source importante de désinformation dans la région de l’Europe centrale et orientale, dans de nombreux pays, les plus grands risques pour la démocratie proviennent du gouvernement et des médias contrôlés par l’État», a conclu Stetka.

La sur-réglementation dans le cadre de la lutte contre les fausses informations pourrait même faire le jeu de gouvernements illibéraux. Par conséquent, a-t-il conclu, l’alliance des médias publics politiquement indépendants reste indispensable pour promouvoir les valeurs démocratiques et les normes de journalisme de qualité.

Chacun pense que « les autres » lisent de « fausses nouvelles »

Un constat partagé par l’eurodéputée hongroise Anna Donath. En Hongrie, explique-t-elle, la société est extrêmement polarisée, la concentration des médias est à la hausse tandis que l’éducation aux médias est faible. Il existe encore des médias indépendants, mais selon Anna Donath, la seule sphère publique gratuite se trouve sur les réseaux sociaux. « C’est pourquoi la loi européenne sur les services numériques est si importante et le contenu en ligne doit être surveillé et contrôlé. Maintenant, souligne-t-elle, tout le monde pense que les autres lisent de « fausses nouvelles.»

Sa collègue Yana Toom, ancienne journaliste et désormais eurodéputée estonienne, veut soutenir davantage les médias minoritaires. Elle pointe le danger des citoyens vivant dans des espaces d’information différents. « Ce n’est pas seulement une question d’inclusion sociale, mais c’est aussi un risque pour la sécurité », s’alarmant du cas de son pays où l’importante minorité russophone ne s’informe qu’auprès des médias russes officiels.

Une position relayée par l’eurodéputée roumaine Ramona Strugariu qui appelle à la mise en œuvre de programmes spécifiques pour aider les journalistes fragilisés par la concentration des médias.

Retrouvez le compte-rendu complet de la FEJ

Programme complet du webinaire passé

Monday, 19 April 2021

11:00 – 11:40: “Why does media independence matter to us?”

Anna Donath, MEP, Hungary / Ramona Strugariu MEP, Romania / Yana Toom, Estonia, MEP, Estonia / Moderator: Renate Schroeder, EFJ Director

11:40 – 12:55: “The status of media independence in Europe: An illiberal turn?”

Dr Vaclav Stetka, Loughborough University, UK / Marc Gruber, researcher and media consultant / Moderator: Maja Sever, President, Croatian Trade Union of Journalists

 

Tuesday, 20 April 2021

13:05 – 14:00: Case studies
“Building independent media to counter political interference in in challenging regimes”: Belarus, Turkey and Ukraine

Introduction and Moderation: Andrei Richter, Senior Adviser at OSCE / Alina Stepanovic Journalists’ Association of Belarus (BAJ) / Mustafa Kuleli, Journalists’ Union of Turkey (TGS) / Sergiy Tomilenko, National Union of Journalists of Ukraine (NUJU)

14:00 – 15:55: In EU and applicant countries: Austria, Macedonia and Spain

Gregor Kucera, Austria (GPA) / Marina Tuneva, North Macedonia, Press Council / Joan Barata Spain (PDLI)

16:00 – 16:30: “EU policies and instruments to ensure media independence”

Elda Brodi, Centre for Media Pluralism and Freedom / Marie Frenay, media pluralism and media freedom within EC cabinet of Vice-President Věra Jourová / Mogens Blicher Bjerregård, President, EFJ

Enlèvement du journaliste français Olivier Dubois au Mali : solidarité des syndicats de journalistes

Communiqué CFDT, SNJ, SNJ-CGT, FIJ et  FEJ du 5 mai 2021.

 

Le journaliste français Olivier Dubois a été enlevé le 8 avril à Gao, au Mali. L’information, gardée confidentielle jusqu’ici pour favoriser une libération rapide, a été rendue publique ce 5 mai par la diffusion d’une vidéo de 20 secondes sur les réseaux sociaux, où le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), principal groupe djihadiste malien, revendique l’enlèvement. 

 

« Je m’appelle Olivier Dubois. Je suis Français. Je suis journaliste. J’ai été kidnappé à Gao le 8 avril 2021 par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans. Je m’adresse à ma famille, à mes amis et aux autorités françaises pour qu’elles fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour me faire libérer », déclare-t-il, vêtu d’un costume traditionnel, dans une tente.

 

Olivier Dubois est journaliste rémunéré à la pige, collaborant à plusieurs journaux et télévisions français : Le Point, Libération, Jeune Afrique, notamment ; mais aussi, Journal du Mali, un journal local. Quelques jours avant son enlèvement, il avait publié dans le Point Afrique une interview du chef d’une organisation autonome de lutte contre les djihadistes en Pays Dogon.

 

Se présentant sur son compte Twitter comme « Tête chercheuse en mouvement, qui aime découvrir, tout le temps, toujours », Olivier Dubois connait très bien le Mali, pays où il vit depuis plus de cinq ans à Bamako avec sa compagne et ses deux enfants. « Il est extraverti, très humain, va toujours plus loin, tout en maîtrisant parfaitement les situations. C’est un des journalistes les plus connectés et les mieux implantés de la région. C’était sa dernière année avant de rentrer en France et il avait décidé de se consacrer au reportage terrain. Avant sa prise d’otage il partait rencontrer un commandant opérationnel du GSIM« , confie une source proche au Mali.

Journaliste très connaisseur

 

Le journal la Croix cite les militaires français qui ont pu le rencontrer sur le terrain : « un grand connaisseur de la région » du Sahel, avec « beaucoup de contacts ». « Il est très honnête, très correct, très impartial », affirme l’un d’eux.

 

Il s’agit du premier enlèvement d’un ressortissant français depuis la libération de la travailleuse humanitaire Sophie Pétronin le 8 octobre 2020, après quatre ans de détention.

 

Le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, la FIJ et la FEJ expriment leur solidarité avec la famille d’Olivier Dubois et leur espoir que tout soit fait pour permettre sa libération la plus proche et sûre. 

 

Nous, organisations syndicales représentatives des journalistes en France, en Europe et dans le monde, rappelons que la couverture de l’actualité internationale, notamment dans les zones dangereuses, repose en grande partie sur des journalistes pigistes, correspondants de plusieurs médias, et que ces professionnels méritent une pleine assistance financière, logistique, psychologique, et de la gestion des risques, de la part de leurs rédactions. 

 

Le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes demandent aux différentes directions des médias pour lesquels Olivier Dubois travaille, de tout mettre en œuvre pour sa libération.

 

Le 05 mai 2021 –