Lanceurs d’alerte : « Trois semaines plus tard, je perdais mon travail »

La Maison des lanceurs d’alerte, que la CFDT-Journalistes vient de rejoindre en ce printemps 2021, organisait le 2 juin une conférence en ligne de lancement de la campagne qui vise à obtenir de la France la transposition en droit français de la législation européenne de 2019 sur les lanceurs d’alerte. Nous y étions, et la relatons ici.

« Lux Leaks, Mediator, Dépakine, chambres d’agriculture, contaminations et fraudes alimentaires, pollutions environnementale… Derrière ces affaires, il y a des hommes et des femmes qui décident de prendre la parole pour dénoncer des dysfonctionnements et éviter des crises sanitaires, écologiques ou économiques.» Comme l’a rappelé Laurent Mauduit, reporter d’investigation et écrivain, un des piliers de la MLA, et modérateur de la conférence, « ces lanceurs d’alerte nous protègent, donc protégeons-les ! ».

7 mois pour gagner la bataille

Pourtant, les lanceurs d’alertes sont encore trop rarement entendus. Lorsquils sont salariés, ils sont licenciés, harcelés, mis au placard. Ils peinent à identifier à qui sadresser pour que les abus quils dénoncent cessent. Leurs soutiens – journalistes, associations, syndicats – mais aussi leurs proches en paient les frais.

Pour Anna Myers, qui dirige la fédération de lanceurs d’alerte WhistleBlowing International Network (WIN), « la directive européenne de 2019 est un jalon dans la protection des lanceurs d’alerte mais nous savons que la transposition en droit national dans les 27 pays est essentielle. Et le diable sera dans les détails ! Nous avons 7 mois, jusqu’au 17 décembre 2021 pour gagner la bataille. Celle-ci passe par la faculté de la société civile de presser le gouvernement ».

Une proposition de loi en préparation pour octobre

En 2016, la loi Sapin II a tenté de régler ce problème. Elle a interdit de licencier ou de rétrograder les lanceurs dalerte. Mais obtenir ce statut relève encore du parcours du combattant et cette loi comporte de nombreuses lacunes. Elle noffre, par exemple, aucune garantie que les alertes soient traitées. C’est là que la transcription de la directive prend toute son importance. « La directive européenne de 2019 met fin à lobligation, pour un salarié, dalerter dabord au sein de son entreprise – obligation qui lexpose bien souvent aux représailles ou qui fait courir le risque de destruction de preuves », rappelle Jean-Philippe Foegle, chargé du plaidoyer à la MLA. Mais il se souvient que l’actuel ministre de la Justice estimait, lorsqu’il était encore avocat, que les lanceurs d’alerte étaient « des balances ».

Pourtant, il reste optimiste. « Nous nous appuyons depuis deux ans sur le député Sylvain Waserman, député LREM/Modem du Bas-Rhin, qui présentera une proposition de loi en octobre 2021 et en 2e lecture en février 2022. Ce projet de loi sera ambitieux. Et puis, il faut profiter du fait que la France va prendre la présidence tournante du Conseil de l’Europe pour six mois à partir de début 2022 et sera sous pression », estime Jean-Philippe Foegle.

La priorité, un fonds de soutien

Les douze propositions que la MLA formule dans sa campagne rejoignent les objectifs élevés de la proposition de loi Waserman. Elles abordent la question dun fonds de soutien pour accorder des aides durgence aux lanceurs dalerte en difficulté ; la simplification des procédures avec la mise en place dun guichet unique auquel adresser une alerte et qui sassure quelle soit suivie deffets ; ou encore le renforcement des sanctions contre les “étouffeurs dalerte” ou le rôle dappui des syndicats sur les lieux de travail. « Empêcher les procédures baillons est une nécessité absolue ainsi qu’apporter une aide financière et psychologique aux lanceurs d’alerte », résume Laurent Mauduit.

Pour Antoine Deltour, qui a révélé les LuxLeaks, un système d’avantages fiscaux pour les grandes entreprises mondiales initié par le Luxembourg, « le fonds de soutien est une priorité. Moi, ma défense m’a couté 95 000€. Sans la solidarité, c’était impossible ».

« On devient radioactif »

Marine Martin, elle, a dénoncé les effets dramatiques d’un antiépileptique, la Dépakine, sur les grossesses. « J’ai dû laisser tomber mon boulot. Et puis, personne ne m’a donné les clés pour me défendre ou pour travailler avec les médias alors que je subissais le harcèlement de Sanofi. J’étais et je suis toujours la tête de la pieuvre qu’il fallait couper ».

Hervé Casse, ancien directeur général de la chambre d’agriculture de la Vienne a suivi les règles pour lancer l’alerte après avoir constaté les dérives de son institution publique : voie hiérarchique puis article 40 (dénonciation au procureur). « Trois semaines plus tard, j’ai perdu mon travail. Quand on est directeur général, on devient radioactif. Et toute la famille subit les répercussions de l’histoire. Je crois qu’il faut qu’il y ait une autorité auprès de qui lancer l’alerte et des emplois réservés aux lanceurs d’alerte ».

Les actualités

  • Une première mobilisation massive contre la réforme des retraites

    Avec une fourchette comprise entre 1,7 et 1,8 million de manifestants dans toute la France contre le projet de réforme des retraites, ce jeudi 19 janvier 2023, la mobilisations a été très forte, et même au-delà des attentes de l’intersyndicale. Preuve, s’il en fallait, que ce projet est massivement rejeté par les Français de toutes…

  • #19 janvier : appel intersyndical à la mobilisation, carte des rassemblements, modalités pratiques…

    La F3C CFDT et CFDT-Journalistes appellent les salariés des entreprises de presse et de l’audiovisuel à rejoindre les grèves et manifestations contre le projet de réforme des retraites. Un appel intersyndical SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes et SGJ-FO Dans un appel intersyndical lancé par le SNJ, le SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et le SGJ-FO, les journalistes sont…

  • Agences de presse : revalorisation des grilles au 1er janvier 2023 pour les journalistes

    A l’issue de la Négociation annuelle obligatoire, les partenaires sociaux ont trouvé un accord de revalorisation des grilles de salaires des journalistes applicable au 1er janvier 2023. Si les montants actés sont loin des revendications initiales des organisations syndicales, la conclusion de ces accords, à défaut d’assurer le maintien du pouvoir d’achat des salariés des…

  • Réforme des retraites : 64 ans, c’est non. Le 19, tous en grève

    Le Gouvernement vient d’annoncer officiellement que les Françaises et Français devront désormais travailler jusqu’à 64 ans ! Concrètement, cela signifie : Né(e)s en 1961 > 3 mois de travail en + pour rien ! Né(e)s entre 1962 et 67 > de 6 à 21 mois en + pour rien ! Né(e)s en 1968 et plus…

  • Nous exigeons la libération immédiate de la journaliste biélorusse Larysa Shchyrakova

    Communiqué FEJ, SNJ-CGT, SNJ, CFDT-Journalistes  La journaliste biélorusse Larysa Shchyrakova a été placée en détention dans la ville de Gomel, a rapporté RFE/RL Belarus le 7 décembre 2022. Les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et la Fédération européenne des journalistes (FEJ) demandent sa libération immédiate. « Les raisons et les circonstances de sa détention…