Désastreuse dégradation de la liberté de la presse aux Etats-Unis

Samedi 3 mai, journée mondiale de la liberté de la presse, CFDT-Journalistes participait comme chaque année à la cérémonie organisée place Gislaine Dupont, Claude Verlon et Camille Lepage, en hommage aux journalistes assassinés et pour la défense de la liberté de la presse dans le monde. Notre militante Muriel Pomponne nous y représentait. Ci-après, extraits de son allocution consacrée à la dégradation de la situations aux Etats-Unis.

« La régression de la liberté de la presse aux Etats-Unis n’est pas seulement le problème des Etats-Unis.

Chaque attaque contre la liberté de la presse est un pas vers l’interdiction de penser librement, et finalement, un pas vers le totalitarisme. La démocratie est en danger quand on attaque la presse !  

Le premier amendement de la constitution américaine  interdit au Congrès  d’adopter des lois limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse ou le droit à « s’assembler pacifiquement ». Ce premier amendement est souvent cité comme étant la garantie  d’une presse libre et indépendante. Et l’affaire du Watergate, dévoilée par le Washington Post en 1974,  est souvent considérée comme la preuve de cette vitalité de la presse américaine. 

Mais en 2025, on est bien loin de 1974. 

Aujourd’hui, le président américain s’en prend à la presse, publique et privée pour l’empêcher de faire son travail. 

Hier, à la veille de cette journée mondiale de la liberté de la presse, Donald Trump a décidé de cesser le financement fédéral, des deux seuls médias audiovisuels publics américains : NPR (National Public Radio) et PBS (Public Broadcasting Service), les deux seuls réseaux de radio et télévision américains qui ne dépendent pas de financements privés. Chaque mois, 40 millions d’Américains écoutent NPR, et 36 millions regardent une télévision locale du réseau de PBS.  NPR et PBS ont d’autres financement que des financements fédéraux, et ils ne devraient pas disparaitre. Mais il leur sera plus difficile de remplir leur mission d’information.

Un des premiers gestes symbolique de Donald Trump contre la presse a été d’interdire l’entrée du bureau ovale et des cérémonies officielles à l’agence Associated Press parce qu’elle continuait d’utiliser le terme “Golfe du Mexique”, que le président Trump préfère appeler “Golfe d’Amérique”. Ca peut faire sourire, si ce n’est qu’il s’agit là de l’expression d’une volonté de contrôler la presse et de l’empêcher de travailler si elle n’obtempère pas ! 

Empêcher de travailler la presse passe aussi par des  poursuites judiciaires. Donald Trump réclame ainsi 20 milliards de Dollars à la chaine CBS, car il conteste le montage d’une interview. Et il a déjà obtenu le départ du producteur du magazine d’investigation phare de la chaine Bille Owens. Trump poursuit également un journal local de Des Moines, en raison de la publication d’un sondage pré-électoral qu’il conteste. Il s’en prend au grand groupe comme aux médias plus modeste, jusqu’au centre Pulitzer, connu pour le prix qu’il décerne, depuis 1917, pour les meilleurs travaux journalistiques. 

En revanche, Donald Trump a gracié les personnes qui avaient agressé des journalistes lors de l’insurrection du 6 janvier 2021 au Capitole. Une décision qui concorde avec son dénigrement systématique des journalistes sur les réseaux sociaux.  L’accès aux informations gouvernementales est bloqué pour certains medias, et ouvertes aux créateurs de contenu  qui  lui sont idéologiquement favorables. 

Ainsi par tous les moyens, la nouvelle administration américaine rogne la liberté de la presse, alors même que les médias américains, très dépendants du secteur privé, sont déjà bien souvent en difficulté financière. 

Enfin les USA ferment les medias internationaux qu’ils finançaient tels que Voice of America, Radio Free Europe, Radio Free Asia, Middle East Broadcasting Network, une aubaine pour les medias internationaux des Pays autoritaires tels que la Chine ou la Russie. 

Mais la liberté d’expression, la liberté de la presse font-elles encore partie des grands principes fondamentaux des Etats Unis ? Dans son rapport annuel,  Reporters Sans Frontières qualifie l’état de la presse aux Etats Unis de problématique, et le pays descend de la 55e à la 57 e place. 

Cette régression n’est pas seulement le problème des Etats Unis. L’influence des Etats-Unis  dans le monde,  le poids de son soft-power en matière culturelle, sociale, sont telles que l’on peut craindre que la norme américaine en matière de liberté de la presse, ne devienne la norme la norme dans le monde. 

Il est donc essentiel, pour les journalistes du monde entier, pour la liberté de la presse partout dans le monde, de surveiller de près ce qui se passe aux Etats Unis et de soutenir la presse libre de ce pays.  

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