Mission parlementaire sur l’IA : non à la banalisation de l’extrême droite

Communiqué intersyndical SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes

Ce jeudi 2 avril, les trois principaux syndicats français de journalistes (SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes) n’ont pas souhaité participer à une table ronde organisée à l’Assemblée nationale, intitulée « Création, diffusion et acquisition des connaissances : comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture ». Cette table ronde était organisée par une mission d’information que préside un député du

Rassemblement national. Le SNJ et CFDT-Journalistes ont choisi de ne pas envoyer de délégation, et les représentants du SNJ-CGT ont quitté la salle dès l’ouverture des débats.

Le thème de cette table ronde est pourtant au cœur de nos préoccupations et de nos luttes. Non seulement l’IA bouleverse le travail des journalistes dans les rédactions, mais elle déstabilise les modèles économiques de nos entreprises. Chat GPT et ses concurrents détournent déjà les lecteurs de nos journaux et sites web vers une prétendue information produite à partir du pillage de sources éparses. Leurs technologies sont aussi utilisées pour truquer des images et des sons, générer de la désinformation, dévoiler les sources des journalistes, voire usurper leur identité. Les conséquences éditoriales, sociales et déontologiques du déploiement de l’IA dans les médias sont colossales.

Cependant, nous ne rejetons pas l’IA en bloc : elle peut rendre des services quand elle est bien utilisée, encadrée, dans un cadre construit. Notre propos n’est pas sans nuances, et nous œuvrons chaque jour dans nos rédactions pour ne conserver que le meilleur et rejeter le pire.

Nous avons donc beaucoup de choses à dire et revendiquer sur ce sujet crucial. Mais nous ne le ferons pas dans une instance présidée par le Rassemblement national.

Le RN liberticide

Il n’y a là aucun déni du verdict des urnes, que nous respectons. Mais nous, organisations syndicales de journalistes, savons ce que l’extrême droite, une fois au pouvoir, réserve aux rédactions : le mépris de la liberté de la presse -derrière une apparence tout autre, de séduction des médias- qui est de fait le corollaire de son projet politique. Un projet liberticide, xénophobe, et qui s’attaque aux fondements de notre démocratie et de notre État de droit.

Alors qu’une meilleure répartition des aides à la presse s’impose pour soutenir l’indépendance des médias et la survie du pluralisme, le RN veut les couper drastiquement. Alors que l’audiovisuel public est déjà fragilisé par des coupes budgétaires massives, le RN veut l’achever. Les entraves à l’exercice de notre profession sont aujourd’hui très nombreuses, et le RN n’est certainement pas la formation politique qui nous protégera contre les procédures-bâillons, les atteintes au secret des sources, ou la précarisation des rédactions.

Ne pas banaliser

Il est donc particulièrement choquant de voir le RN présider une mission d’information consacrée à la culture et l’éducation, avec à ses côtés une rapporteure issue du groupe macroniste Ensemble pour la République.

Nous déplorons ce choix, qui participe à la banalisation de l’extrême droite. Nous refusons de le cautionner en participant à cette audition.

Nous continuerons, comme nous le faisons depuis toujours, de défendre le droit d’être informé et les intérêts des journalistes. Nous le ferons aussi face à la déferlante de l’intelligence artificielle. Et nous n’aurons de cesse de lutter contre les projets de l’extrême droite, qui menacent la liberté de la presse et nos démocraties.

Paris, le 2 avril 2026

Les actualités

  • Reporters d’Envoyé Spécial agressés : le propriétaire terrien condamné, une victoire pour la profession

    Communiqué CFDT-Journalistes et SNJ-CGT du 23/02/2022   Reporters d’Envoyé Spécial agressés: le propriétaire terrien condamné, une victoire pour la profession   Le tribunal de police de Tarascon a condamné en première instance lundi 21 février 2022 Didier Cornille, patron influent du secteur agricole, poursuivi pour l’agression de journalistes de France 2 (Envoyé Spécial) qui enquêtaient sur…

  • Droits voisins : les journalistes ne doivent pas être les dindons de la farce

    Deux ans après transposition dans la loi de la directive européenne instaurant un droit voisin pour la rémunération des entreprises de presse par les plates-formes internet pour la reprise de leurs contenus, les géants du numérique traînent encore des pieds. C’est ce qu’il ressort d’un colloque organisé lundi 14 février 2022 à l’Assemblée nationale, à…

  • Adoption de la loi Alerte : une victoire collective décisive

    Le Parlement a adopté mercredi 16 février une proposition de loi visant à mieux protéger les lanceurs d’alertes. Le texte a fait l’objet d’un ultime vote favorable, bouclant trois mois de parcours législatif et une mobilisation des ONG et des syndicats, dont la CFDT-Journalistes, depuis deux ans. La France est le 8ème pays (sur 26…)…

  • Appel STOP BOLLORE : Pour une information libre !

    La CFDT-Journalistes est signataire de l’appel « Stop Bolloré : Pour une information libre ».   Presse écrite, radios, chaînes de télévision, maisons d’édition de livres, agences de communication, jeux vidéo, instituts de sondage, salles de spectacle… en quelques années, Vincent Bolloré a constitué un empire médiatique tentaculaire au service de ses ambitions idéologiques réactionnaires. Rien que…

  • Le 8 du mois – Les filles en force dans les médias lycéens !

    Car l’égalité, ça doit être toute l’année, la CFDT-Journalistes publie le 8 de chaque mois une info inspirante pour faire progresser la place des femmes dans les médias. Ce 8 février, un grand coup de chapeau  aux lycéennes, au rôle moteur dans les médias de leurs établissements. L’Observatoire des pratiques de presse lycéenne, animé par…