Dans la presse indépendante en ligne, un « cadre social » déjà rattrapé par le SMIC

Communiqué SNJ – SNJ-CGT – CFDT-Journalistes

Il y a un an, les syndicats représentatifs des journalistes (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes) et les représentants du SpiiL, la presse indépendante en ligne, signaient un accord « historique » portant sur les classifications et les salaires minima des journalistes salariés des entreprises de cette « forme de presse ». A grands renforts de superlatifs, l’événement avait donné lieu à un communiqué commun, et pour la photo officielle, l’accord avait été paraphé dans le cadre des Assises du journalisme, à Tours, le 13 mars 2025. Il avait même donné lieu à une présentation au public.

C’était le résultat d’un processus de négociation ayant duré plus de deux ans, et pour le syndicat de la presse d’information indépendante en ligne (SpiiL), un marqueur fort de la volonté de ces éditeurs de doter enfin le secteur d’un « cadre social », à travers une grille de classifications et de salaires, et un barème de piges, neuf ans après avoir adhéré à la convention collective des journalistes. 

Pourtant, un peu plus d’un an plus tard, les représentants du SpiiL ont informé les organisations syndicales mi-mars qu’il n’y aurait aucune mesure salariale cette année, alors même que le premier niveau d’entrée dans la grille (1821€) a été dépassé par le SMIC, depuis l’augmentation du salaire minimum au 1er janvier (+1,18%, 1823€ mensuels).

Les syndicats ont rappelé les importantes concessions acceptées il y a un an pour permettre la naissance de cette grille, en tenant compte de la réalité économique du secteur :
– une entrée en vigueur décalée de six mois, au 1er septembre 2025 ;
– un sas de deux ans pour les médias nouvellement créés, leur permettant de différer l’application de la grille ; 
– la création d’un 5e échelon de salaire un peu artificiel (rédacteur en chef dans les plus de 10 ETP) pour afficher une grille un peu moins écrasée ;
– l’échelonnement jusqu’à 2027 du tarif de piges de 55€ à 57€ le feuillet.
– l’acceptation d’une « réduction » du montant de la pige texte sur les longs formats, limitée à une durée de deux ans.

Pour les organisations syndicales, il était clair que cette grille n’était « pas un aboutissement », mais au contraire le début d’une démarche et d’un engagement à respecter un cadre légal, dans un secteur très hétérogène. Tout en sachant que ce minimum même très bas était déjà un progrès pour certains journalistes, mais ne changeait rien pour beaucoup d’autres.

Le conseil d’administration du SpiiL ayant validé cette « stratégie », il faut donc croire que ça ne dérange personne, parmi les éditeurs de ce syndicat patronal (Mediapart, Médiacités, Arrêt sur Images, Blast, Indigo Publications, Contexte, Brief.me, Les Jours, entre autres) d’afficher sous le SMIC une grille de salaires créée il y a un an. Vous avez dit « cadre social » ? Le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes réclament une réelle négociation sur la réévaluation des minima de cette grille.

Tours, le 9 avril 2026

Les actualités

  • Mediapart : Une attaque sans précédent contre la liberté de la presse

    Suite à la censure de Médiapart, voici une tribune que CFDT-Journalistes et la F3C-CFDT cosignent ce mardi 22 novembre : Nous, sociétés de journalistes, associations de défense du droit à l’information, organisations et collectifs de journalistes, médias, dénonçons avec force la décision du tribunal judiciaire de Paris de faire injonction à Mediapart de ne pas publier…

  • Censure: la CFDT-journalistes solidaire de Médiapart, victime d’une procédure-bâillon

    Le tribunal judiciaire de Paris interdit à Médiapart, « sous astreinte de 10 000 euros par extrait publié », de publier la suite de son enquête sur le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau.Fin août 2022, le site d’information et d’investigation en ligne avait révélé un chantage à la sextape contre le premier adjoint au maire.  Ce dernier, le centriste Gilles Artigues, ancien député, avait été filmé à son…

  • Inadmissible : un journaliste de La Montagne essuie des propos racistes de la part d’un élu

    Alors qu’il était en reportage, Malik Kebour, journaliste à La Montagne, a fait l’objet de réflexions racistes de la part d’un élu local, mercredi 16 novembre 2022, rapporte son journal. Sur le ton de ce qu’il estime être « une plaisanterie », le maire d’une commune lui a en effet demandé s’il avait bien ses…

  • Producteurs, journalistes : c’est une précarité structurelle que nous combattons à Radio France

    Le 8 novembre, Noëlle Bréham, productrice de l’émission Les P’tits bateaux sur France Inter, révélait dans Télérama qu’elle était en CDD d’Usage (CDDU), avec donc un statut d’intermittente du spectacle, depuis 40 ans. Refusant d’en signer un énième, car elle demandait un CDI, la collaboration s’arrêtait donc là. Jetant une lumière assez crue sur l’arrière-cuisine de…

  • Presse spécialisée : un accord trouvé pour une hausse des salaires

    « Face à la crise économique exceptionnelle que subissent tant les salariés (hausse du coût énergétique, carburants, denrées alimentaires…) que les entreprises du secteur (hausse du coût énergétique, d’approvisionnement, environnemental…) les partenaires sociaux du secteur de la presse d’information spécialisée ont estimé essentiel de maintenir le dialogue social. » C’est ainsi qu’est rédigée l’introduction de l’accord…