La liberté de la presse en France au cœur de la mission organisée par les partenaires du MFRR et RSF à Paris du 9 au 11 juin

Communiqué de la Fédération européenne des journalistes

La Fédération européenne des journalistes (FEJ) et ses organisations partenaires du Media Freedom Rapid Response (MFRR), en collaboration avec Reporters sans frontières (RSF), se rendront à Paris du 9 au 11 juin 2026 afin d’évaluer l’état actuel de la liberté de la presse en France, à moins d’un an de l’élection présidentielle.

Si le cadre juridique et réglementaire français est globalement favorable à la liberté de la presse, on constate depuis quelques années une forte augmentation du nombre et de la gravité des attaques visant des journalistes et des médias. Au 3 juin 2026, 376 violations de la liberté de la presse touchant 590 professionnels des médias ont été documentées sur la plateforme Mapping Media Freedom depuis 2023.

En 2025, les agressions verbales (40,6%) constituaient le type d’attaque le plus fréquent, suivies par les ingérences (26%), les menaces judiciaires (19%), les agressions physiques (18%) et les atteintes aux biens (12%). En l’absence d’une législation adéquate, la concentration des médias continue de s’accroître et les garanties destinées à assurer une véritable protection des sources journalistiques se sont révélées insuffisantes.

De multiples partenaires européens pour un diagnostic partagé

Portée par la Fédération européenne des journalistes (FEJ), en collaboration avec Reporters sans frontières (RSF), ARTICLE 19 Europe, le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF), Free Press Unlimited (FPU) et l’Institut international de la presse (IPI), la mission consultera des journalistes, des responsables gouvernementaux, des experts et des organisations de la société civile, dont l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (OFALP) partenaire officiel du consortium Media Freedom Rapid Response (MFRR), afin d’évaluer les menaces majeures qui pèsent sur la liberté de la presse. La mission est organisée avec le soutien de partenaires locaux, les syndicats de journalistes SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes.

Principaux sujets de préoccupation

La mission se concentrera sur les principaux sujets de préoccupation suivants:

  • Attaques contre les médias de service public. France Télévisions a été confrontée à des coupes budgétaires sans précédent en 2025, entraînant des licenciements, une réduction de la programmation et des craintes d’ingérence politique sur le contenu éditorial, alors que le financement faisait l’objet d’un débat de plus en plus vif. Une enquête parlementaire sur «la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public» a donné lieu à 70 recommandations qui ont été vivement critiquées comme une tentative politique visant à discréditer et à affaiblir le rôle des médias de service public.
  • Transposition de l’EMFA à la peine. La France peine à mettre en œuvre le règlement européen sur la liberté des médias (EMFA), entré en vigueur en août 2025. Ce texte vise à protéger l’indépendance et la pluralité des médias. Certaines dispositions clés, telles que les exigences en matière de transparence concernant la gouvernance et le financement des médias, les garanties contre l’ingérence politique dans la nomination et la destitution des dirigeants des services publics de médias, ainsi que les protections de l’indépendance éditoriale, n’ont pas encore été mises en œuvre.
  • Un paysage médiatique fortement concentré entre les mains de milliardaires. Le multimillionnaire Vincent Bolloré, en particulier, a bâti un empire médiatique qui s’est considérablement développé à l’approche des élections présidentielles de 2027, exerçant un contrôle direct sur une part prépondérante des chaînes de télévision françaises (CNews, première chaîne de télévision en termes d’audience en 2025), de la radio (Europe 1), des maisons d’édition et de la publicité, avec une ligne éditoriale alignée sur l’extrême droite. La législation actuelle est considérée comme obsolète et inefficace pour empêcher une telle concentration.
  • Les « procédures-bâillon » en hausse. Des affaires récentes de poursuites pour diffamation ont montré que les procédures abusives, appelées «procédures bâillon» (SLAPPs), sont de plus en plus utilisées pour réduire les journalistes au silence et affaiblir les médias. Le 7 mai, un nouveau décret transposant la directive anti-SLAPP de l’Union européenne a été adopté avec des garanties minimales, sans débat parlementaire, traduisant ainsi un manque d’ambition dans la protection des journalistes contre le harcèlement judiciaire.
  • Une législation insuffisante en matière de protection des sources. La formulation vague de la loi de 2010, combinée à des garanties insuffisantes, a ouvert la voie à des poursuites judiciaires abusives à l’encontre de journalistes. Deux affaires récentes ont suscité des inquiétudes quant à la protection des sources: celles d‘Ariane Lavrilleux, de Disclose, et de Philippe Miller, de Warning Trading.
  • Risques encourus par les journalistes lors des manifestations. La sécurité physique des journalistes reste une préoccupation constante. Au 3 juin, vingt journalistes ont été agressés par des agents des forces de l’ordre depuis 2025, alors qu’ils étaient clairement identifiés comme membres de la presse. Sept journalistes ont été blessés, dont la photojournaliste Anna Margueritat, qui a été frappée au visage lors d’une charge de la police le 1er mai. Plus récemment, le journaliste indépendant Enzo Rabouy a été frappé à coups de matraque et a été laissé inconscient alors qu’il filmait les violents affrontements qui ont suivi la finale de la Ligue des champions à Paris – un autre rappel brutal des risques auxquels sont exposés les journalistes lorsqu’ils couvrent des manifestations. Gravement blessé, il a reçu les premiers soins de la part des agents de police.

Un communiqué détaillant les conclusions préliminaires sera publié après la mission. Le MFRR et RSF publieront également un rapport s’appuyant sur les conclusions de la mission et incluant des recommandations.

Contact presse:

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