Huit ans après l’assassinat de Jamal Khashoggi, le régime saoudien reçu en grande pompe par Emmanuel Macron

Le président de la République française reçoit le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane en grande pompe, dimanche 23 et lundi 24 août 2026 à Paris. Les organisations syndicales de journalistes SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et SGJ-FO, membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), condamnent cette visite officielle.

Après un précédent en juillet 2022, cette nouvelle invitation du prince héritier par Emmanuel Macron sonne comme une provocation pour les défenseurs de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. La responsabilité directe de Mohammed ben Salmane dans la capture, les actes de torture et l’assassinat particulièrement abject du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, avait été pointée par les services de renseignement américains. La communauté internationale avait alors provisoirement mis au ban le dirigeant, relégué au rang de paria.

Une plainte pour tortures et disparitions forcées a été déposée en France en 2021 contre le prince héritier saoudien par les associations Trial International et Reporters sans frontières (RSF). En mai dernier, le Parquet national antiterroriste a mandaté un juge d’instruction du pôle crimes contre l’humanité pour qu’il enquête sur la disparition de notre confrère, connu pour sa couverture critique du régime saoudien.

Aujourd’hui l’Élysée insiste sur sa volonté de “renforcer les liens bilatéraux” avec l’Arabie saoudite dans un contexte international tendu au Moyen-Orient. Au menu des discussions, la diplomatie, l’économie, l’énergie, les investissements, un parc d’attractions, mais nulle part il n’est question des droits humains fondamentaux dans un pays où les dissidents sont emprisonnés et où les exécutions sont quasi quotidiennes (356 recensées en 2025, un record).

Actuellement, 18 journalistes sont emprisonnés en Arabie saoudite, selon le décompte de RSF, sans oublier la condamnation à mort et l’exécution en juin 2025 du journaliste Turki al-Jasser sous de fausses accusations de “terrorisme” et “haute trahison”.

La France doit-elle sacrifier les libertés, et notamment celles d’informer et d’être informé, sur l’autelde certains intérêts financiers et diplomatiques ?

Le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et le SGJ-FO appellent tous les journalistes, et au-delà tous les citoyens, à rappeler qui est vraiment Mohammed ben Salmane et à manifester par tout moyen leur réprobation contre cette visite provocatrice.

Paris, le 23 août 2026

Les actualités

  • Recours contre la censure : les syndicats de journalistes et la FIJ aux côtés de Mediapart

    Le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et la Fédération internationale des journalistes (FIJ) se portent, ce vendredi 25 novembre 2022, intervenants volontaires aux côtés de Mediapart. Le site d’information en ligne demandera en effet aujourd’hui devant le tribunal judiciaire de Paris l’annulation de l’interdiction de publier de nouvelles révélations sur Gaël Perdriau, le maire de…

  • Mediapart : Une attaque sans précédent contre la liberté de la presse

    Suite à la censure de Médiapart, voici une tribune que CFDT-Journalistes et la F3C-CFDT cosignent ce mardi 22 novembre : Nous, sociétés de journalistes, associations de défense du droit à l’information, organisations et collectifs de journalistes, médias, dénonçons avec force la décision du tribunal judiciaire de Paris de faire injonction à Mediapart de ne pas publier…

  • Censure: la CFDT-journalistes solidaire de Médiapart, victime d’une procédure-bâillon

    Le tribunal judiciaire de Paris interdit à Médiapart, « sous astreinte de 10 000 euros par extrait publié », de publier la suite de son enquête sur le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau.Fin août 2022, le site d’information et d’investigation en ligne avait révélé un chantage à la sextape contre le premier adjoint au maire.  Ce dernier, le centriste Gilles Artigues, ancien député, avait été filmé à son…

  • Inadmissible : un journaliste de La Montagne essuie des propos racistes de la part d’un élu

    Alors qu’il était en reportage, Malik Kebour, journaliste à La Montagne, a fait l’objet de réflexions racistes de la part d’un élu local, mercredi 16 novembre 2022, rapporte son journal. Sur le ton de ce qu’il estime être « une plaisanterie », le maire d’une commune lui a en effet demandé s’il avait bien ses…

  • Producteurs, journalistes : c’est une précarité structurelle que nous combattons à Radio France

    Le 8 novembre, Noëlle Bréham, productrice de l’émission Les P’tits bateaux sur France Inter, révélait dans Télérama qu’elle était en CDD d’Usage (CDDU), avec donc un statut d’intermittente du spectacle, depuis 40 ans. Refusant d’en signer un énième, car elle demandait un CDI, la collaboration s’arrêtait donc là. Jetant une lumière assez crue sur l’arrière-cuisine de…