Baisse de l’indemnisation Sécu : double peine pour les pigistes en maladie

C’est une dure conséquence du budget 2025 : à partir du 1er avril, l’indemnisation des arrêts maladie par la Sécurité sociale connaît une baisse importante pour les salariés du privé. Le plafond des salaires pris en compte – ceux qui servent à calculer ce que la personne doit toucher en maladie – passe de 1,8 SMIC (3243,24€ brut) à 1,4 SMIC (2522,52€ brut). Les indemnités journalières (IJSS), égales à 50% du salaire habituel, passent donc de maximum 1621,62€/mois à maximum 1261,26€/mois.

Les journalistes rémunérés à la pige vont être doublement pénalisés. On vous explique pourquoi.

Un calcul inadapté aux revenus irréguliers

Les pigistes ont des revenus irréguliers, avec des gros mois et des petits mois, voire des mois sans revenus. Cela peut s’expliquer par une activité en dents de scie, avec des périodes de creux professionnel ou de vacances, mais surtout parce qu’une fiche de paie peut représenter un travail s’étant étalé sur plusieurs mois. À cela s’ajoutent des délais de paiement variant d’un employeur à l’autre, sans que le pigiste n’ait de prise sur la date de versement. Ainsi, par malchance, un pigiste peut être payé pour plusieurs travaux, de divers employeurs, le même mois, et ne recevoir aucune paye le mois suivant. Les pigistes ont l’habitude de gérer ces fluctuations. Mais pas la Sécurité sociale. Chaque gros mois n’est pris en compte dans le calcul qu’à concurrence de 1,4 SMIC. 

Le maintien de salaire mal appliqué par les employeurs

    Les employeurs de pigistes respectent mal leur obligation de maintien de salaire fixée à l’article 36 de la Convention collective des journalistes. Ce n’est pas normal, mais beaucoup de pigistes s’épuisent à expliquer à leurs employeurs qu’ils y ont droit au même titre que les permanents, et finissent par abandonner ces démarches fastidieuses, particulièrement pénibles quand on est malade. Alors que « la part Sécu » devrait être complétée par « la part employeur », ils sont donc nombreux à ne pouvoir compter que sur l’IJSS. Or avec la baisse du plafond, celle-ci est désormais encore plus faible. 

    Risque accru de non recours

    Résultat : de nombreux pigistes vont se retrouver, en maladie, avec au mieux 1261,26€/mois (50% de 1,4 SMIC), quand bien-même leurs revenus habituels, lissés sur l’année, seraient plus confortables. Le risque : aggraver leur renoncement à l’arrêt maladie, alors même qu’ils y ont déjà extrêmement peu recours, et qu’ils en ont besoin. À noter par ailleurs que ce phénomène est encore aggravé quand le pigiste choisit ou subit l’abattement sur les cotisations sociales (DFS).

    Nos revendications : le plafonnement annuel…

    … et le respect du maintien de salaire par les employeurs

    CFDT-Journalistes rappelle aussi aux employeurs de pigistes leurs obligations :

    • Leur verser le maintien de salaire sans rechigner ni aggraver leur charge mentale, dès lors qu’ils ont six mois d’ancienneté dans l’entreprise. C’est un droit et ne se discute pas. Par ailleurs, cela ne nécessite aucun calcul savant : si l’entreprise apparait dans le relevé d’IJ de la Sécurité sociale, elle doit verser le même montant au pigiste.
    • Ne pas leur appliquer l’abattement sur les cotisations sociales (la déduction forfaitaire spécifique) sans leur consentement annuel : l’abattement réduit encore l’IJ. 

    NB : le plafond à 1,4 SMIC/mois des revenus pris en compte ne concerne que l’arrêt maladie, pas l’arrêt maternité/paternité, pour lequel s’applique le plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS 2025 = 3925€). Dans ce cas, nous demandons également l’application d’un plafond annuel (PASS 2025 = 47100€).


    Un exemple pour bien comprendre

     Ici le pigiste a gagné 28200€ bruts sur les 12 mois précédant son arrêt débuté en janvier. Mais ses IJ seront calculées comme s’il n’avait gagné que 21113€ bruts, soit 7087 € de salaires cotisés « perdus », car les mois de février, avril, juin, juillet et octobre sont supérieurs à 1,4 SMIC. Il gagne pourtant à l’année moins de 1,4 SMIC*12. Son salaire mensuel de référence sera 1759,42 € au lieu des 2350 € que permettrait un plafonnement annuel. Il touchera maximum 879,71€/mois d’IJSS alors qu’un plafonnement annuel lui permettrait 1175 € d’IJSS/mois.

     Brut / pigeTotal mensuel brut cotiséPlafonnement à 1,4 SMIC pour le calcul de l’IJSS
    JanvierFiche de paie 1150015001500
    FévrierFiche de paie 1100038002522,52
    Fiche de paie 22100
    Fiche de paie 3700
    MarsFiche de paie 1900900900
    AvrilFiche de paie 1200032002522,52
    Fiche de paie 21200
    MaiFiche de paie 1120012001200
    JuinFiche de paie 1100054002522,52
    Fiche de paie 21900
    Fiche de paie 32500
    JuilletFiche de paie 1100030002522,52
    Fiche de paie 22000
    AoûtPas de paie000
    SeptembreFiche de paie 1100010001000
    OctobreFiche de paie 1180043002522,52
    Fiche de paie 22500
    NovembreFiche de paie 190024002400
    Fiche de paie 21500
    DécembreFiche de paie 1150015001500
    TOTAL cotisé2820028200 
    TOTAL pris en compte pour le calcul des IJ21113
    Salaires non pris en compte car supérieurs à 1,4 SMIC7087

    Et pour tout comprendre à l’arrêt maladie des pigistes, lisez notre fiche !

    Les actualités

    • Le journaliste afghan Elyaas Ehsas enfin reconnu « réfugié » en France !

      Sept ans après avoir dû fuir son pays, le journaliste afghan Elyaas Ehsas obtient enfin l’asile en France et peut désormais envisager d’y reconstruire sa vie. « J’ai reçu hier une réponse positive de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides, NDLR). Je suis officiellement réfugié en France. Je ressens une joie immense, et,…

    • Lanceurs d’alerte : une entente trouvée entre députés et sénateurs pour le renforcement de la loi

      Lundi 31 janvier 2022, une commission mixte paritaire s’est  accordée sur la proposition de loi relative à la protection des lanceurs d’alerte dont Sylvain Waserman (MoDem), député du Bas-Rhin et vice-président de l’Assemblée nationale, est l’auteur et le rapporteur. Alors que les inquiétudes étaient grandes face aux amendements proposés par les sénateurs, les négociations ont…

    • Un soutien sans réserve à Ophélie Meunier (M6), menacée après un reportage

      C’est un soutien sans réserve qu’apportent CFDT-Journalistes et la section CFDT de M6 à Ophélie Meunier, notre consoeur présentatrice de M6, placée sous protection policière après avoir reçu des menaces, suite à la diffusion d’un reportage de Zone Interdite sur l’emprise des islamistes sur Roubaix (Nord). Egalement menacé de mort, Amine Elbahi, lanceur d’alerte qui dans…

    • Des accompagnements à l’évolution de carrière existent pour les pigistes !

      Envie d’évoluer à la pige… mais dans quelle direction aller ? Envie de me former… mais quels sont mes droits ? L’AFDAS, opérateur de compétences des médias, a créé une nouvelle prestation, l’ « Appui-Conseil Carrière ». Un accompagnement par des pros, dédié aux journalistes rémunérés à la pige (travaillant pour la presse écrite, les agences…

    • Le Courrier Messin : et le droit du travail dans tout ça ?

      A Metz, la presse locale a récemment rapporté une polémique autour du nouveau bimensuel Le Courrier Messin, de la société Indola Presse, fortement soutenu financièrement par la municipalité, via l’achat d’espaces publicitaires, ce qui interroge sur l’indépendance du titre en question. La CFDT-Journalistes et le S3C-CFDT Lorraine s’étonnent qu’un journal reçoive de confortables subsides publiques…