Wanted, les journalistes et médias « woke » ? Mais de quoi parle-t-on vraiment ?

Après la « Cartographie de l’extrême gauche » de Frontières, voici l’« Abécédaire du wokisme » du Figaro Magazine. Ces deux initiatives fichent, dans une catégorie méprisable et nuisible à leurs yeux, personnes et organisations, notamment médias et journalistes, traitant pour la majorité de sujets dans le champ de la justice sociale et de la lutte contre le changement climatique. En les dénigrant et en les diabolisant, ces deux médias entendent servir un projet politique d’extrême droite. Nous dénonçons fermement cette pratique tout sauf journalistique.

Début avril, le média d’extrême droite Frontières assurait faire œuvre publique en cartographiant, dans d’approximatives cases telles que “écologie radicale”, “néoféministes”, “sans-frontiéristes” … des personnes et organisations, et notamment journalistes et médias, qui adhèreraient, selon lui, à « un logiciel idéologique antifasciste ». Sic ! Frontières appelle sa communauté à l’enrichir. Quels faits si graves leur sont-ils reprochés ? Quelles preuves de leur caractère dangereux pour notre société et qui expliqueraient un tel fichage ? 

Et voilà que Figaro Magazine lui emboîte le pas, avec un non moins inventif “Abécédaire du wokisme”, listant les personnalités leaders, selon ce journal, par sphère d’influence. Plusieurs journalistes n’y échappent pas. Nos confrères et consœurs y sont à la fois injuriés, caricaturés, désignés comme cibles pour qui chercherait à se défouler.  

Mais de quoi ont-ils peur ? 

Quelle est donc cette vaste mouvance portant une idéologie si néfaste qu’il faudrait mieux la connaître pour la combattre ? En réalité, les médias, organisations et journalistes fichés contribuent, par leurs travaux, leurs articles ou leurs prises de parole, à la réflexion autour de ce qui bafoue la justice sociale (pauvreté, violences sexistes et sexuelles, racisme, rejet des identités de genre et sexuelles minoritaires…) et alertent sur la passivité face au changement climatique.

Les journalistes ont un rôle majeur pour traiter ces faits, et donner la parole aux victimes. Leurs contributions peuvent être débattues ou contestées, mais elles ont résolument leur place dans une démocratie. Ces sujets ne sont ni suspects, ni de gauche ou d’“extrême gauche”. Et les documenter relève bel et bien du journalisme et non de l’idéologie. 

Une dangereuse catégorisation

Assimiler des journalistes à un courant politique ou idéologique, les réduire à des appartenances supposées revient à nier la complexité de leur travail alors qu’ils ont pour principes clairs déontologie, vérification, indépendance. 

Cela constitue par ailleurs une dérive grave et dangereuse : en les exposant ainsi, ces publications compromettent leur sécurité, leur crédibilité professionnelle et leur liberté d’expression. Participer à l’alimentation d’un climat de suspicion idéologique ne peut qu’aggraver la défiance envers la profession, dans un contexte déjà très tendu.  

Bref, la « Cartographie de l’extrême gauche » et l’ »Abécédaire du wokisme » ne relèvent ni du journalisme, ni de l’enquête d’intérêt public. Nous sommes bien dans l’opinion et la stigmatisation, derrière du soi-disant journalisme d’investigation.

L’accusation de “wokisme”, nouvelle marotte

Utiliser le mot “wokisme” est bien commode. Fourre-tout, péjoratif depuis qu’il a été dévoyé par des conservateurs, il permet d’amalgamer des positions, pensées et travaux divers et variés, souvent en les caricaturant, pour mieux les discréditer. 

Même le terme “antifasciste”, qui défend l’égalité et la démocratie, est devenu suspect aux yeux de ces médias : Frontières en fait le point commun de toutes ses cibles. 

On le voit, à coup de mots, ils imposent une réalité parallèle, normalisent les discours de haine et conspuent les discours progressistes.

Un projet politique qui ne se cache plus

Ces ambiguïtés sont savamment orchestrées par des médias et des individus qui veulent imposer leurs idées, espérant déplacer et élargir ainsi progressivement la fenêtre d’Overton (le champ des idées acceptables) afin de faire gagner l’extrême droite et la droite la plus dure en 2027. S’attaquer à leurs ennemis politiques ne suffit plus : il leur faut désormais disqualifier et mettre une cible dans le dos de tous ces journalistes qui gênent leur projet. Souvenons-nous d’une certaine “presse” qui, sous le régime de Vichy, publiait régulièrement des articles dénonçant intellectuels et journalistes opposés au régime collaborationniste, en vue également de les avilir et de les exposer.

CFDT-Journalistes dénonce avec force les opérations de dénigrement, de caricature et de ciblage des individus, notamment des journalistes, par les médias Frontières et Le Figaro Magazine, et appelle le public à la plus grande vigilance face à ces manœuvres délétères.

CFDT-Journalistes appelle le public à la plus grande vigilance face à ces manœuvres délétères, visant à ériger des pans de la société contre d’autres, à force d’attiser l’égoïsme et la peur. Notre société a besoin de se resserrer autour des seules valeurs communes possibles : le respect de l’autre, de la planète, la lutte contre les inégalités et pour les libertés.

CFDT-Journalistes demande le retrait de la “Cartographie de l’extrême-gauche” et de l’“Abécédaire du wokisme”, sur le fondement que leurs auteurs ne respectent ni la déontologie journalistique, ni la dignité des personnes et qu’ils compromettent leur sécurité.

CFDT-Journalistes assure son soutien plein et entier aux journalistes désignés dans ces listes ainsi qu’aux très nombreux et nombreuses journalistes travaillant à faire de l’information non pas un instrument de division et de domination, mais un outil de compréhension, de réflexion et de progrès social.

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