Alerte sur la liberté de la presse

Du 9 au 11 juin 2026 le Media Freedom Rapid Response (MFRR) et Reporters sans frontières (RSF) ont mené une mission d’évaluation des atteintes à la liberté de la presse en France. CFDT-Journalistes a contribué à son organisation et pu apporter son regard.

En mission en France en juin, le MFRR (voir encadré) a rencontré des journalistes, des experts juridiques, des organisations de la société civile, l’ARCOM et des représentants du gouvernement, notamment des ministères de la Culture et de l’Intérieur. Se dessine une situation où la presse est juridiquement, économiquement et physiquement fragilisée, au moment même où la société aurait le plus besoin d’une information indépendante, pluraliste et robuste à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

La concentration extrême des médias entre les mains de quelques grands groupes industriels et de milliardaires permet une ingérence directe dans les lignes éditoriales. Le principal cadre législatif français régissant la concentration des médias – la loi du 30 septembre 1986 sur la liberté de communication (loi Léotard) – est largement considéré comme obsolète face à l’émergence des conglomérats numériques et multiplateformes d’aujourd’hui. En région, l’affaiblissement du pluralisme des médias et l’aggravation des déserts médiatiques est une autre conséquence de cette concentration, entre les mains de quelques grands groupes de presse (Ebra, Centre-France, Sud-Ouest, Ouest-France, Rossel France, La Dépêche) ce qui pourrait avoir des répercussions négatives sur les résultats électoraux.

Les médias de service public sont attaqués sur leur légitimité même. La commission d’enquête Alloncle a cherché à discréditer leur neutralité et leur valeur démocratique, dans un contexte qui était déjà celui de coupes budgétaires massives, de réduction de la programmation et de craintes d’ingérence politique. Aucun dispositif indépendant et officiel n’existe pour mesurer et contrer les menaces pesant sur l’audiovisuel public, pourtant central pour une information accessible et pluraliste.

Sur le terrain, la sécurité des journalistes se dégrade fortement, venant des forces de l’ordre comme des particuliers. La délégation a recensé des agressions répétées de journalistes par la police et a déploré que les sanctions administratives pour fautes professionnelles de la police ne soient prises qu’après jugement définitif des tribunaux. Bénéficiant de peu de protection de la part des rédactions et d’une aide insuffisante de la part de l’État, les pigistes sont souvent isolés face aux violences et aux traumatismes, ce qui accentue l’autocensure et la renonciation à couvrir certains sujets ou mouvements sociaux. Enfin, la protection des sources est insuffisante et contribue à dissuader des lanceurs d’alerte de parler aux journalistes. ●

Elise Descamps avec la FEJ

Le Media Freedom Rapid Response

Le MFRR est un consortium européen réunissant la Fédération européenne des journalistes (FEJ), ARTICLE 19 Europe, le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF), Free Press Unlimited (FPU), l’Institut international de la presse (IPI) et l’Osservatorio Balcani Caucaso Transeuropa. Il a pour partenaires Reporters sans frontières (RSF) et l’Observatoire français de la liberté de la presse (OFALP). En tant que membres de la FEJ, les syndicats de journalistes français SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes ont co-organisé cette mission d’évaluation sur la situation française.
http://www.mfrr.eu

Directives européennes : la France à la traîne

La France n’a toujours pas mis en œuvre l’article 22 du règlement européen sur la liberté des médias (European Media Freedom Act, EMFA) demandant aux Etats de mettre en place un mécanisme d’évaluation des acquisitions dans le secteur des médias susceptibles de porter atteinte au pluralisme. Raison invoquée : l’autorité de régulation de l’audiovisuel, l’ARCOM, ne dispose pas d’un mandat officiel pour réguler l’ensemble du secteur, notamment la presse écrite et les médias en ligne. Aucun calendrier clair n’a été établi pour l’adoption des lois nécessaires. De la même façon, les outils contre les procédures bâillons sont insuffisants. La transposition en France de la directive européenne anti‑SLAPP (pour “strategic lawsuits against public participation », c’est-à-dire les « poursuites stratégiques altérant le débat public ») s’est limitée à un décret minimaliste le 5 mai, qui ne couvre que les procédures civiles et laisse de côté la diffamation pénale. Elle ne renforce pas non plus les sanctions à l’encontre des plaignants.

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