Inaction de l’Arcom face à Bolloré : RSF saisit le Conseil d’Etat

Pour dénoncer « l’inaction de l’Arcom face aux manquements de CNews à ses obligations », Reporters sans frontières – association dont la CFDT-Journalistes est adhérente – annonce saisir le Conseil d’État.

Avec cette saisine, RSF souhaite que le Conseil d’État saisisse le Conseil constitutionnel pour une QPC (Question préalable de constitutionnalité) sur la conformité de la loi de 1986 sur l’audiovisuel à la Constitution… Explications.

« Les pratiques de l’homme d’affaires Vincent Bolloré dans le secteur des médias créent un précédent dangereux pour la démocratie, par sa conception d’un journalisme aux ordres et d’une télévision d’opinion », estime RSF qui constate « le refus de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle (Arcom) d’agir contre les manquements de CNews ». Et de développer : « Dès novembre 2021, RSF avait formellement demandé au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) – devenu l’Arcom en janvier 2022 – de mettre en demeure CNews de respecter ses obligations légales. Dans un courrier du 5 avril 2022, l’Arcom reste silencieuse sur des éléments majeurs de la demande, en particulier sur l’ingérence de l’actionnaire de CNews, et tend même à justifier son inaction en renvoyant à la loi de 1986. L’Arcom ne donne pas de contenu véritable aux obligations d’indépendance, de pluralisme et d’honnêteté de l’information dont elle est garante. Elle n’a pas développé de critères précis à ces dispositions prévues dans les conventions avec les chaînes de télévision et ne se donne pas les moyens de le faire. Ces principes ressemblent à des incantations voire à des vœux pieux. »

Un manque de pluralisme mesuré

Pourtant, pour le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, « l’Arcom a un rôle éminent à jouer pour la préservation de la liberté de communication, y compris face aux demandes incessantes de censure de tel ou tel (…) Mais la loi lui impose aussi de garantir l’indépendance, le pluralisme et l’honnêteté de l’information, conditions nécessaires du droit à l’information. »

RSF reproche notamment à la chaîne de Bolloré un manque de pluralisme et s’appuie notamment pour le démontrer sur une étude de François Jost, sémiologue et professeur émérite en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne-Nouvelle dont il ressort que l’information stricto sensu n’occupe que 13 % du temps d’antenne et qu’en plateau, « alors que les invités de gauche représentent 10 % et ceux de LREM 4 %, les invités de droite et d’extrême-droite représentent plus des 3/4 des présences (78 %). »

Avec sa QPC, RSF entend aussi faire valoir qu’il convient de revoir le cadre légal pour imposer et permettre à l’Arcom d’exercer la plénitude de son rôle. Et de conclure : « La révision en profondeur de la loi de 1986 est l’une des 10 propositions soumises par RSF aux candidats à l’élection présidentielle de 2022. Seul un cadre légal rénové permettra en effet de garantir effectivement le droit du public à une information libre, pluraliste et indépendante. »

Appel STOP BOLLORE : Pour une information libre !

Les actualités

  • Schéma national des violences urbaines : les journalistes doivent pouvoir exercer leur mission

    COMMUNIQUE INTERSYNDICAL SNJ / SNJ-CGT / CFDT-Journalistes / SGJ-FO Depuis quelques jours, l’ensemble de la profession dénonce le Schéma national des violences urbaines (SNVU), publié cet été en catimini par le ministère de l’Intérieur et la police nationale. Alors que la liberté de la presse est sacralisée dans la Constitution, le SNVU  enfonce un sérieux…

  • Les journalistes, persona non grata lors de violences urbaines !

    Les journalistes ne seront plus protégés ! Les journalistes ne pourront plus exercer leur métier ! Les journalistes risquent d’être évacués par la force ! Oui, sur le terrain de la contestation populaire, celle qualifiée par les autorités comme « violences urbaines », ils sont devenus indésirables. Le ministère de l’Intérieur vient en effet de dégainer en catimini un nouveau texte applicable dans le cadre des « violences urbaines ». Il s’agit d’un guide destiné aux seuls policier et nommé SNVU (schéma national des violences urbaines),…

  • Des aides à la presse qui n’emploie pas de journalistes, c’est grave !

    Le ministère de la Culture a publié le 2 septembre un décret modifiant une partie des critères de reconnaissance des titres de presse (print et web) par la CPPAP, reconnaissance qui donne droit à des avantages postaux, fiscaux, et à postuler à certaines aides directes à la presse. Alors qu’avait été introduite en 2022 l’obligation…

  • Minima conventionnels de salaires des journalistes entrés en vigueur au 1er septembre : Agences et Spiil

    Le 1er septembre 2025 sont entrés en vigueur les revalorisations des barèmes des salaires minimum dans le secteur des agences de presse ainsi que le barème nouvellement créé dans la presse indépendante (surtout pure players) avec le Spiil. Le résumé en quelques slides ! Relire notre communiqué au moment de la signature de l’accord avec…

  • ÇA PRESSE ! Albert Ritzenthaler : « La CFDT est légitime sur les sujets environnementaux »

    Depuis peu en retraite, Albert Ritzenthaler, était auparavant secrétaire confédéral CFDT. Il revient sur son expérience de président du groupe CFDT au CESE. En tant que membre de la commission Environnement, il a notamment rendu des avis sur les politiques de transition, dont, le 9 juillet, la résolution «Transition écologique : la société civile organisée…